Coopération - Objectifs du Millénaire « Honte aux donateurs qui ne s'engagent pas assez »

KIESEL,VERONIQUE

Page 10

Lundi 7 mars 2005

Coopération - Objectifs du Millénaire

« Honte aux donateurs qui ne s'engagent pas assez »

Alors qu'en Belgique, la classe politique comme les organisations non gouvernementales doivent présenter ce lundi au Sénat leurs projets pour réussir à atteindre les Objectifs du Millénaire (qui visent à diviser par deux la pauvreté dans le monde d'ici 2015), les délégués d'une centaine de pays, dont les membres de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) se sont réunis la semaine dernière à Paris pour un « Forum de haut niveau » destiné à améliorer l'efficacité de l'aide publique au développement.

Quelle appréciation faites-vous de cette réunion ?

Ce genre de réunion a lieu tous les deux ans. La dernière, en 2003 à Rome, avait débouché sur un tas de promesses. Rien n'a évolué depuis. Et surtout pas durant celle qui vient de s'achever à Paris. C'est honteux, alors que 2005 devrait être une année charnière en termes de développement : c'est en septembre que les pays membres doivent faire le point sur l'état d'avancement des objectifs du Millénaire. Nous espérions que les pays donateurs en profiteraient pour s'engager concrètement : il n'en est rien.

L'aide fournie par les pays de l'OCDE manque trop souvent de coordination. Actuellement, 80 agences officielles d'occupent de coopération avec le Sud. La pression sur les pays du Sud est parfois énorme : en 2003, la Tanzanie a reçu 275 missions de donateurs, tandis que le Sénégal a reçu 50 visites de la seule Banque mondiale ! Alors que ces pays ne disposent pas toujours d'administrations efficaces, ils dépensent beaucoup d'énergie à ces rencontres. Il serait nettement plus efficace d'organiser une réunion annuelle où chaque pays du Sud expliquerait ses priorités à ses donateurs.

Par ailleurs, l'aide est trop souvent élaborée pour servir d'abord les intérêts des donateurs : 40 % de l'aide fournie par les pays de l'OCDE est liée, ce qui veut dire que le pays bénéficiaire est obligé d'utiliser cette aide pour acheter des marchandises provenant du pays qui paye, souvent à un prix trop élevé. Si cette pratique a disparu de la coopération belge, elle représente 70 % de l'aide de pays comme les Etats-Unis et l'Italie.

Enfin, cette aide est très souvent hypocrite : on aide d'un côté, et de l'autre, on pratique le dumping pour des produits agricoles largement subsidiés par les pays industrialisés. De plus, on impose souvent des conditions déplacées : le Ghana vient ainsi de se voir privé de 100 millions de dollars d'aide parce qu'il a refusé de privatiser son système de distribution d'eau, ce que voulait lui imposer la Banque mondiale. Ce type d'exigence est totalement déplacé.

Que pensez-vous de la volonté du commissaire européen au Développement Louis Michel de travailler de plus en plus via des aides budgétaires ?

C'est une très bonne idée. C'est un moyen concret de favoriser l'agenda local des pays en développement en matière d'éducation, de santé. Cela évite le développement de réseaux parallèles.

Que proposez-vous d'autre ?

Il faudrait que la plupart des pays doublent sans tarder le montant de leur aide au développement. Le tsunami a montré que le grand public est sensible à l'aide aux pays du Sud. Si l'on veut progresser vers les Objectifs du Millénaire, il est urgent d'agir.·

ENTRETIEN

Nom. Stefaan Declercq.

Fonction. Secrétaire général de

Oxfam Solidarité.

VÉRONIQUE KIESEL