Amnistie, ça suffit !

n.c.

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Jeudi 22 juillet 2010

Courrier

Des articles de presse ainsi que des rumeurs diverses permettent de penser que, dans le cadre des négociations en vue de la formation d’un nouveau gouvernement fédéral, la question de l’amnistie pour des citoyens belges qui ont collaboré avec les Nazis durant la Seconde Guerre mondiale, aurait été évoquée. Je pensais que cette affaire était définitivement close. Mais puisqu’on en parle, parlons-en.

De quoi et de qui s’agit-il ? La Loi Vermeylen de 1961 qui octroyait le pardon à ceux qui reconnaissaient leur crime et demandaient pardon, a permis aux inciviques qui acceptaient de l’appliquer de récupérer tous leurs droits. Ceux dont nous parlons ici, n’ont pas bénéficié de la loi parce qu’ils ont refusé de reconnaître leurs crimes.

Il s’agit de ceux qui ont porté l’uniforme nazi sur le Front de l’Est et il s’agit de leurs descendants qui aspirent à bénéficier des pensions et autres avantages financiers qui ont échappé à leurs parents à cause de leur passé criminel. Il s’agit de ceux qui, lors de la libération du territoire, ont porté les armes et tué des compatriotes dans les Ardennes en 1944-1945. Il s’agit de ceux que j’ai vu, de mes yeux, incendier plusieurs synagogues à Anvers en 1942 en hurlant ce slogan qui résonne encore à mes oreilles : « Les Juifs dehors ». De ceux qui ont démoli des magasins juifs et de ceux qui ont contribué aux massacres et aux tueries sur le Front de l’Est.

J’ai peine à croire qu’aujourd’hui encore, des responsables politiques osent évoquer la force majeure ou l’ignorance pour proposer de recourir à l’amnistie. De quoi parle-t-on ? Veut-on compenser des criminels qui refusent de reconnaître leurs crimes ? Parler de l’amnistie, c’est insulter la mémoire de ceux qui se sont battus pour notre liberté contre l’occupant nazi et c’est aussi insulter les survivants de la Résistance qui sont l’honneur de notre pays. Pour les membres de la communauté juive de notre pays, ces discussions sont inacceptables. La collaboration nous a fait trop de mal. Faut-il encore rappeler que l’immense majorité des Juifs de Belgique a été déportée et assassinée à Auschwitz ?

J’ose demander à ceux qui vont constituer le prochain gouvernement de renoncer définitivement à réveiller ces démons. Je leur demande de démentir toute idée de rouvrir ce dossier.

Co-Président du Comité national pour la Restitution des biens juifs spoliés pendant la Deuxième Guerre mondiale, Président d’honneur du CCLJ