Danse Africalia réunit une plateforme de onze compagnies en quatre jours L'Afrique contemporaine est en mouvements

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Mercredi 12 mars 2003

Danse

Africalia réunit une plateforme de onze compagnies en quatre jours

L'Afrique contemporaine est en mouvements

Danse contemporaine africaine : voilà un terme générique qui risque d'en surprendre plus d'un. Inauguré vendredi dernier, Africalia réunit cette semaine onze compagnies pour douze spectacles, répartis dans cinq théâtres bruxellois. Plus que de simples représentations, cette plateforme se veut un espace d'échanges, de rencontres, mais surtout de découvertes. Tous azimuts.

Ces chorégraphes venus de toute l'Afrique proposent leur version de la danse contemporaine. Encore à ses débuts, un fil rouge se dégage entre le nord et le sud du continent : C'est peut-être la question de l'identité, explique Faustin Linyekula, chorégraphe congolais et fondateur du studio Kabako. Quand quelqu'un décide de faire de la danse - danse qui a toujours fait partie du quotidien africain -, il y a tout de suite la question du positionnement par rapport à cette danse traditionnelle. Les réponses, elles, sont multiples. Il y a autant de réponses que de créateurs. Ce qui compte, c'est d'arriver à exprimer notre réalité, mais chacun avec notre sensibilité propre.

Dégager de grandes tendances serait périlleux. L'heure, en effet, est à l'expérimentation. Entre tradition et modernité, entre mouvance occidentale et culture africaine, les artistes cherchent un langage propre. Je dois et veux faire quelque chose qui intègre ces deux influences : européenne, de par ma formation à Rome puis à Londres, et nord-africaine, sans tomber non plus dans le folklore, précise la chorégraphe égyptienne Karima Mansour. Je recherche un langage entre ces deux influences. Je ne peux pas encore dire que j'ai un style propre. J'aime utiliser la technique européenne, mais en faisant intervenir aussi d'autres parties du corps, présentes dans les danses d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient.

Tous les chorégraphes invités ont un rapport particulier à la danse traditionnelle. Pour certains, elle est source d'inspiration. C'est ma base, confie Béatrice Kombé, Ivoirienne et fondatrice de la compagnie Tchétché. On parle de l'actualité mais avec des mouvements traditionnels. On ne sait pas parler de ce qu'on ne connaît pas, il faut d'abord parler du passé. C'est ce passé-là qui peut inspirer les gens du présent. Pour d'autres, tel Faustin Linyekula, les références à la danse traditionnelle, si elles sont parfois présentes, ne constituent pas la base de leur recherche : Pour moi, ce qui compte, c'est de dire : « Voilà ce que je suis et où je pense ! » C'est m'exprimer ici et maintenant.

Cette ère nouvelle de la danse africaine connaît bien des difficultés. La première, c'est le manque de structures : Nous n'avons pas d'écoles de danse contemporaine. J'ai donc dû travailler avec des acteurs, des danseurs traditionnels, des gens du cirque, raconte l'Egyptienne Karima Mansour. Etre femme africaine chorégraphe n'est pas non plus chose aisée : Une fille bien ne court pas le monde en dansant sur des scènes, explique Faustin Linyekula. Ce sont des prostituées qui font ça. Il n'y a que des femmes vraiment têtues qui tiennent le coup malgré les préjugés. C'est pour cela que, souvent, ces femmes chorégraphes sont beaucoup plus cohérentes dans leur travail que leurs homologues masculins du même âge. Quant aux problèmes politiques inhérents à la situation de nombreux pays africains, ils ne facilitent pas davantage la tâche des artistes, notamment dans l'octroi des visas.

C'est un voyage à la rencontre d'une Afrique moderne et résolue à faire changer les choses que nous propose donc Africalia avec cette plateforme de danse. Car, davantage qu'un simple espace d'expression artistique, ces quelques jours sont avant tout prétexte à l'échange, à la sensibilisation et à la collaboration. Entre le Nord et le Sud. Mais surtout entre les pays africains eux-mêmes. Une autre Afrique, souvent méconnue.·

F. L. C. (st.)

Plateforme de danse contemporaine, du 12 au 15 mars, à Bruxelles. Africalia : 170 bd Léopold II, 1080 Bruxelles, 02-412.58.81, www.africalia.be et africalia@africalia.be