De la couleur et du tempo !

MOREL,PIERRE

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Samedi 13 septembre 2008

Liège « Tempo Color », cinq semaines de fête pour le commerce équitable

Une exposition, un festival musical, un colloque, des fêtes, du cinéma, avec un fil rouge cette année : le « travail décent ».

Tempo Color, ce fut d’abord un festival musical lancé par le centre culturel des Chiroux. Puis en 2004 vint Renaud Keutgen, issu de la coopération et employé chez Miel Maya Honig, une ONG qui importe et distribue du miel équitable. Rassemblant autour de son projet les Chiroux, Miel Maya Honig, le Centre d’Action Laïque (CAL), les Jeunesses Musicales et le CNCD-11.11.11 (Centre National de Coopération au Développement), il a thématisé et étendu Tempo Color, devenu « Semaines du commerce équitable ».

Cinq semaines, exactement, qui viennent de débuter par le vernissage de l’expo Business is Business aux Chiroux (voir ci-contre) et qui suivront cette année le fil rouge d’une campagne menée par le CNCD, « Travail décent : les travailleurs ne sont pas des outils ».

Tempo Color, cinquième du nom, c’est surtout le festival musical gratuit, les 26 et 27 septembre prochains sur la place des Carmes, qui veut promouvoir des musiques peu diffusées venues des quatre coins du monde, au sein d’un village associatif mettant en valeur les acteurs du secteur du commerce équitable.

Ce sont aussi des concerts-animations du groupe Amalgama dans les écoles primaires et secondaires, fin septembre.

C’est encore un colloque « Et si l’économie était sociale ? », organisé par le CAL le 10 octobre à l’ULg, place du XX août.

C’est également une grande soirée, appelée « The Night You Change », sous un chapiteau installé place Saint-Lambert le samedi 11 octobre. Une soirée qui commence à… 16 heures (pour toucher même les plus jeunes) avec des DJ et du théâtre de rue et se poursuit en beauté avec le groupe Gomma Percussion et leurs invités.

C’est, pour ceux qui arriveront à se lever le lendemain, un petit-déjeuner multiculturel organisé au même endroit, de 8 à 12 heures par l’échevinat de la Culture.

C’est, encore, la projection le 16 octobre du documentaire de Philippe Diaz La fin de la Pauvreté ? au cinéma Le Parc à Droixhe, suivi d’une rencontre-débat avec son réalisateur.

C’est, aussi, un parrain : Fabrizio Borrini, qui a réalisé affiches, visuels et T-Shirts du Tempo Color. Colorés, ardents, rigolos et engagés, comme il se doit !

Et puis c’est, avant tout, quinze mille Liégeois qui vont joindre l’utile à l’agréable ! N’est-ce pas ?

www.tempocolor.be

Consommer moins, mais mieux

ENTRETIEN

Renaud Keutgen, employé chez Miel Maya Honig après trois années passées à mener des projets de développement à Haïti, est la cheville ouvrière de Tempo Color.

Où en est le commerce équitable aujourd’hui ?

Une étude récente du centre « Fair Trade » de la Coopération au Développement a montré qu’il avait 87 % de notoriété. Beaucoup savent donc de quoi il s’agit. Le problème, c’est que trop peu d’entre eux passent à l’acte en achetant des produits qui assurent une juste rémunération au producteur. C’est tout le sens de Tempo Color, qui veut encourager le passage à l’acte, notamment chez les plus jeunes. Car ils sont les consommateurs de demain, mais ils ont aussi une grande influence sur les achats de leurs parents.

Les produits issus du commerce équitable sont pourtant présents dans les supermarchés.

Oui, ils y sont arrivés en masse au début des années 2000. Pour certains dans le monde associatif, c’était « vendre son âme au diable », mais à mon sens, l’objectif reste de vendre les produits. C’est donc positif. Ce qui pourrait l’être moins, c’est le tournant auquel on assiste pour le moment : beaucoup d’enseignes de la grande distribution souhaitent désormais que ces produits soient vendus sous leur propre marque. Ce qui va rendre les petites marques actuelles invisibles. Difficile d’affirmer déjà que cela est dangereux, mais ce qui est sûr, c’est qu’on n’a pas vraiment le choix !

Consommer équitable, c’est possible pour tout le monde ?

Les produits labellisés sont plus chers, c’est vrai. Mais consommer équitable, c’est aussi consommer autrement : dans une ferme bio, on va acheter ce dont on a besoin, sans les tentations des grands magasins. C’est la devise d’Oxfam : consommer moins, mais mieux. Et puis, il faut comparer ce qui est comparable. Les produits, ne l’oublions pas, sont de meilleure qualité !

Le business ? C’est l’artiste qui en parle le mieux !

Business Is business : une exposition artistique sur le monde du travail à l’heure de la globalisation de l’économie de marché. Dit comme ça, ça peut laisser froid. Mais l’expo, visible gratuitement tous les après-midi au centre culturel des Chiroux mérite le détour. Un casque militaire frappé du logo « Shell » (Beejoir), un homérique combat d’aspirateurs (Sloan Leblanc), des logos et produits de grandes multinationales détournés pour dénoncer leurs pratiques douteuses (Minerva Cuevas, Jean-Luc Moulène), les Djellabas customisées Nike, Adidas ou Fila (François Curlet), les photos de Frank Breuer, avec leurs logos de grands magasins perchés au-dessus de paysages de désolation suburbaine : autant de coups de poings joliment assénés à la société de consommation. Et il ne faut pas manquer les hilarantes « Lettres de non-motivation » de Julien Prévieux, qui a répondu à des annonces pour… décliner le boulot. Les réponses mécaniques des employeurs abasourdis sont l’illustration imparable d’un effrayant décalage.