DE LA DIFFICULTE DE LUTTER SUR TOUS LES FRONTS SIDA ET TOXICOMANIE:QUEL DIAPASON?

MESKENS,JOELLE

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Samedi 17 octobre 1992

De la difficulté de lutter sur tous les fronts

Sida et toxicomanie: quel diapason?

S'il y a belle lurette qu'on ne parle plus de «groupes» mais de «comportements» à risques en matière de sida, cela ne signifie pas que les groupes identifiés dans le passé comme les «victimes privilégiées» de la maladie soient aujourd'hui à l'abri de tous dangers.

Pas besoin de faire un dessin: les toxicomanes courent toujours le risque de l'échange des seringues, même si la prévention fait lentement son chemin.

En matière de transmission sexuelle, les responsables des campagnes ont compris depuis longtemps qu'il ne suffisait pas de vanter les mérites du préservatif pour faire chuter l'épidémie. Pour les toxicomanes, il semble que l'on commence tout juste à comprendre qu'il ne faut pas parler que de seringues.

A l'initiative de l'Agence de prévention du sida, un colloque s'est tenu hier à Bruxelles pour tenter d'accorder les violons des campagnes contre la toxicomanie et le sida. A l'appui de cette réflexion: une enquête menée pendant près d'un an par Georges Bauherz (neurologue), Dan Kaminski (criminologue) et Serge Zombek (psychiatre) à la demande de la Communauté française. Lorsque nous avons commencé, on ne connaissait pas grand chose sur le sida en milieu toxicomane, si ce n'est que le taux de séroprévalence dans ce groupe était moins important en Belgique que dans les autres pays, expliquent les auteurs.

Leur première tâche a été de fixer les priorités. Pour ces trois spécialistes de la toxicomanie, la lutte antisida prime. Cela signifie qu'il va falloir rédiger des messages contradictoires, expliquent-ils. Jusqu'ici, on disait «Ne te drogues pas». Il faudra ajouter «Si tu te drogues, fais-le proprement.

Mais cette seule conclusion ne résume évidemment pas de longs mois de travaux. Un «mémorandum» a ainsi également été rédigé, qui trace les pistes d'une double prévention.

Parmi les recommandations: la création de projets-pilote de comptoirs d'échanges de seringues (unanimement préférés aux distributeurs automatiques comme au Danemark), la sensibilisation des médecins généralistes, la poursuite de projets tels que «Boule de neige» qui forme déjà certains toxicomanes à une fonction de relais pour la prévention, et, last but not least, l'encouragement de la méthadone comme produit de substitution.

Le rapport a été remis aux autorités politiques ainsi qu'aux parlementaires afin qu'ils puissent y puiser toute idée utile...

Jo. M.