De Wever, le plus intelligent ?

MOUTON,OLIVIER

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Lundi 6 décembre 2010

Flandre La finale du « Slimste mens », émission culte de la VRT, débute ce lundi

Sur le plateau de Mise au point à la RTBF, dimanche midi, le vice-Premier ministre Open VLD Guy Vanhengel s’inquiète du blocage politique persistant en Belgique et dénonce le « manque de responsabilités de certains ». Principalement visé : Bart De Wever, président de la N-VA. « Vous ne trouvez pas cela déroutant, fulmine Guy Vanhengel, que celui qui a gagné le plus les élections va s’amuser les semaines à venir à passer dans une émission cocasse à la télévision sans prendre ses responsabilités ? »

La polémique qui fait rage en Flandre pour l’instant concerne la participation prochaine du leader nationaliste au jeu de la VRT « De Allerslimste Mens ter wereld », qui débute ce lundi. Elle a fait des vagues jusque dans les rangs de la N-VA. Le public aime le franc-parler, l’humour de Bart De Wever et cette émission a contribué à sa réussite, argumentait récemment Jaak Peeters, un membre démissionnaire du Conseil de la N-VA. Mais « les gens en ont marre de ces petits jeux », ils attendent surtout qu’il « obtienne des résultats pour la Flandre ».

« De Allerslimste mens ter wereld » n’est autre que la finale prestigieuse du « Slimste mens ter wereld » (« l’homme le plus intelligent du monde »), cette émission où défilent les « bekende Vlamingen » – les « Flamands connus » – depuis huit ans déjà. Le jeu, conçu par la maison de production Woestijnvis, a décroché le titre de meilleure émission de détente ces trois dernières années. Au fil des saisons, elle a fini par rassembler pas moins de 1,5 million de téléspectateurs. Le principe ? Il s’agit d’un quiz de culture générale, qui n’est pas basé sur le simple principe du questionnaire à choix multiples, mais bien sur des associations d’idées. Chaque soir, un vainqueur. Le but du jeu consiste à remporter un maximum de joutes consécutives.

« La polémique autour de la participation de Bart De Wever, c’est beaucoup de bruit pour rien, commente Yves Desmet, éditorialiste politique au quotidien flamand De Morgen. Les négociations politiques vont se faire en sourdine pendant les congés de Noël. Je ne pense pas que Johan Vande Lanotte fera le forcing pendant cette période-là. Or, Bart De Wever est programmé à ce moment, il doit commencer le 26 ou le 27. » Mais n’est-ce pas avant tout une question d’image ? « On peut effectivement se demander s’il est judicieux de participer à un show assez light alors que la crise est très grave. Chacun est à même de faire cette réflexion pour lui-même. Je pense qu’il y a une part de reconnaissance de la part de De Wever. Selon certains spécialistes du marketing, sa participation à l’émission lui aurait fait gagner 5 % de voix lors des dernières élections législatives. Mais si la situation se détériore, De Wever risque d’annoncer qu’il se retire. Il y a déjà un candidat de remplacement qui est en train de s’échauffer. »

Caroline Gennez, présidente des socialistes flamands, a pour sa part décider de tirer les conclusions de l’impasse politique actuelle. Elle devait y participer, elle aussi. Mais elle a annoncé son retrait jeudi. « Une telle participation nécessite un engagement, justifie-t-elle. Il n’est pas possible, dans ce cas, de se concentrer sur une formation de gouvernement. » « C’est une guerre d’image entre les deux », sourit Yves Desmet. Et le reflet des tensions actuelles entre la N-VA et le SP.A.

L’éditorialiste du Morgen, qui avait participé à la deuxième édition du « Slimste Mens », a vécu la croissance folle de cette émission. « C’est pratiquement devenu une affaire d’Etat, analyse-t-il. Toute la Flandre qui compte passe par là, ou alors on s’interroge pourquoi les gens n’y vont pas. C’est un peu exagéré. »

Erik Van Looy, un B.V. lui aussi qui mène l’émission, rappelait cette semaine dans Humo qu’il a invité Bart De Wever in tempore non suspecto : en février. « Avant les élections. Il avait accepté et il tient sa promesse. S’il avait changé d’avis, j’aurais évidemment respecté sa décision. C’est peut-être malheureux que nous n’avons toujours pas de gouvernement, mais je n’en peux rien si la compétition a lieu maintenant. »

les « slimste mens »

Bart De Wever

La participation du président de la N-VA, l’année dernière, a transformé son image. Et contribué à son carton électoral.

Caroline Gennez

Caroline Gennez

La présidente des socialistes flamands a finalement décidé de ne pas participer à l’émission en raison des négociations gouvernementales.

Ivan De Vadder

Ivan De Vadder

Ce journaliste de la VRT bouscule, que ce soit via l’émission Panorama consacrée à la fin de la Belgique ou son « clash » de dimanche avec Leterme.

Linda De Win

Linda De Win

Journaliste de la VRT, elle aussi, elle fut l’année dernière une participante très controversée. Qui a finalement remporté l’émission.

Rik Torfs

Rik Torfs

Ce professeur en droit canonique, devenu sénateur CD&V, fut l’un des membres du jury du « Slimste mens ». Il y a construit sa popularité.

Bert Kruismans

Bert Kruismans

Il fut le vainqueur de la deuxième édition de ce quiz télévisé, en 2004. Cet humoriste est aujourd’hui une voix bien connue des francophones.

Helmut Lotti

Helmut Lotti

Présente-t-on encore ce chanteur romantique ultra-populaire ? Il était de la première édition du « Slimste », en 2003 ; il y est revenu en 2007.

Yves Desmet

Yves Desmet

L’éditorialiste politique du quotidien flamand De Morgen est un habitué des plateaux télévisés. Pour faire de l’analyse, habituellement…