DEBAT FERME MAIS POLI,ENTRE MINISTRES-PRESIDENTS FLAMANDS-WALLONS : TOUT LE CONTENTIEUX

EVENS,THIERRY

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Lundi 13 février 1995

Un débat ferme, mais poli, entre ministres-présidents

Flamands-Wallons: tout le contentieux

Face-à-face, dimanche sur RTL-TVi, entre les ministres-présidents Luc Van den Brande (Flandre) et Robert Collignon (Wallonie). Invités à passer en revue les points qui les opposent, ils ont évité toute agressivité, actant leurs divergences avec une extrême courtoisie. Van den Brande avait d'ailleurs accepté de parler en français, et Collignon salua sa présence en néerlandais!

Ces deux régionalistes convaincus confirmèrent que la ligne de fracture dans le pays ne passe plus toujours entre le Nord et le Sud, mais entre l'État fédéral et les entités fédérées, appelées à s'entendre entre elles de plus en plus souvent. On passa rapidement aux dossiers délicats.

Fourons. Avantage Collignon. Van den Brande veut éviter tout contact entre les Fouronnais wallons et des fonctionnaires francophones. Son collègue annonce que des fonctionnaires wallons seront à la disposition du commissaire d'arrondissement adjoint, et qu'ils se rendront à Fourons si... la Flandre ne ferme pas la frontière.

Subsides. Avantage Van den Brande. Collignon critique le recours flamand contre les dix millions dépensés en Flandre par la Communauté française; il trouve normal de promouvoir sa culture. Le Premier flamand le désarçonne: il est d'accord et l'invite à ouvrir une maison de la Wallonie à Anvers. Ce qui n'est pas acceptable, c'est de s'adresser aux seuls francophones de Flandre pour renouer des liens politiques.

Droit du sol. Affrontement raté. Les deux hommes sont d'accord: la Constitution affirme le principe de territorialité et accorde des garanties (facilités) aux personnes.

Sécurité sociale. Van den Brande plaide pour la scission des allocations familiales et des soins de santé. Ce n'est pas une position communautaire; c'est pour plus de cohérence et une meilleure gestion. Collignon réplique, en s'excusant, par un argument polémique: C'est la tactique flamande habituelle de régionaliser ce qui les avantage.

Bruxelles. Ce n'est pas une région à part entière, affirme Van den Brande. Collignon lui oppose la Constitution («La Belgique compte trois Régions»), et souligne que la Flandre a sa capitale en dehors de son territoire. Dans un fédéralisme parfaitement assumé, Bruxelles jouera seule en protégeant les droits de sa minorité flamande, et la Communauté française n'aura plus de raison d'être.

Amnistie. La nuance est étroite entre Collignon, opposé au principe, pas au traitement de cas individuels; et Van den Brande, opposé à une amnistie formelle, pas à une forme de pardon.

Confédéralisme. Je crois que nous évoluons inéluctablement vers un fédéralisme d'association entre la Flandre et la Wallonie, chacun mesurant la valeur ajoutée que la Belgique peut lui apporter, dit Van den Brande. Son vis-à-vis plaide pour un stop institutionnel.

Concurrence. Van den Brande déplore que des aides européennes servent à attirer en Wallonie des entreprises flamandes. Nous essayons d'attirer tous les investisseurs, flamands ou autres, réplique Collignon.

Th. E.