DEBUT AOUT 1944, LES COLLABORATEURS AVAIENT TUE 67 CIVILS, UN ORADOUR FLAMAND A MEENSEL-KIEZEGEM

LAPORTE,CHRISTIAN

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Mercredi 10 août 1994

Début août 1944, les collaborateurs avaient tué 67 civils

Un Oradour flamand à Meensel-Kiezegem

Cérémonie particulièrement émouvante, il y a quelques jours, à Meensel-Kiezegem, une commune du Hageland, au nord de Tirlemont: en présence d'un représentant du Roi et de nombreuses délégations patriotiques, on a procédé solennellement à l'installation d'une urne contenant de la terre et des cendres du sinistre camp d'extermination de Neuengamme en souvenir de soixante-sept habitants de la localité qui furent victimes, voici exactement cinquante ans, d'actes de représailles de militaires allemands mais surtout de collaborateurs flamands.

Comme dans d'autres communes de Flandre et de Wallonie - Courcelles, par exemple, où vingt innocents otages furent abattus d'une balle dans la nuque suite à l'assassinat du bourgmestre rexiste Englebin -, les tensions s'étaient exacerbées entre l'occupant et ses séides et les populations locales dans les semaines qui ont précédé la Libération. Telle une bête traquée avant l'hallali, la collaboration se vengea, sans mesure au fur et à mesure de l'approche alliée. Le 24 août, le bâtonnier du barreau de Bruxelles, Me Louis Braffort allait être assassiné à Wambeek, près de Ternat.

À Meensel-Kiezegem, il y eut deux opérations de vengeance particulièrement sanglantes les 1er et 11 août 1944: un habitant sur huit fut déporté ou trouva la mort, 67 personnes ne connurent jamais la Libération...

Ces actes de vengeance ont laissé des traces indélébiles dans la région et si l'on semble aujourd'hui vouloir oublier les rancoeurs d'hier, le souvenir des événements marquera encore longtemps la chronique locale. D'autant plus que contrairement à ce qui s'était passé à Oradour-sur-Glane ou à Lidice (en Tchécoslovaquie), les bourreaux étaient pratiquement tous connus des habitants: c'étaient leurs propres voisins. Meensel n'avait pourtant pas la réputation d'être une cachette pour la Résistance même si un aviateur canadien (qui devait aussi être déporté) avait pu y trouver refuge.

Le 30 juillet 1944, Gaston Merckx, connu comme acquis à la cause allemande, était abattu par la Résistance. En guise de représailles, un détachement du corps de sécurité de «DeVlag» entamait la chasse aux résistants. Trois hommes furent abattus de sang-froid alors que neuf autres habitants étaient emmenés vers Louvain et Saint-Gilles. Plusieurs d'entre eux allaient être déportés vers l'Allemagne dans le dernier train de la mort.

Dix jours plus tard, Meensel et Kiezegem allaient connaître de nouveau l'enfer: les deux villages furent totalement encerclés et 88 civils furent emmenés dans les locaux de l'école où deux miliciens masqués triaient ceux qu'ils voulaient garder au village et les autres destinés à connaître une mort certaine. Auparavant, ils avaient incendié une ferme parce que le propriétaire des lieux n'avait pas ouvert sa porte! La plupart d'entre eux partiraient pour toujours à Neuengamme.

C'est en leur honneur mais aussi en celui des autres victimes des deux razzias que s'est déroulée une cérémonie plus solennelle que de coutume: trois rescapés du camp, le calot de détenu sur la tête, ont solennellement rapproché les restes de leurs camarades des tombes de leurs compagnons d'hier. À Meensel, la vie continue mais la tristesse habite encore les coeurs...

CHRISTIAN LAPORTE