DES ADEPTES DE L'ALLIANCE UNIVERSELLE DANS NOTRE PAYS, SECTES: LE CHRIST DE MONTFAVET VISITE LA BELGIQUE

LALLEMAND,ALAIN

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Mercredi 15 octobre 1997

Des adeptes de l'Alliance universelle dans notre pays

Sectes : le Christ de Montfavet visite la Belgique

Cette «secte»-là avait complètement échappé à notre commission d'enquête parlementaire sur les sectes. Et pourtant : depuis 1993 au moins, l'Alliance universelle, association française équivalente à nos ASBL, appelée parfois Église du Christ de Montfavet, dispose d'adeptes dans notre pays et la fille du fondateur Georges Roux, Jacqueline Roux, vient de clore un voyage dans notre pays. Un voyage discret : l'audience habituelle n'est prévenue que de bouche à oreille, et quelques tracts. Mais Jacqueline Roux était bien à Bruxelles en début de semaine dernière, à Verviers et dans la région liégeoise jusqu'à mardi.

Comment sont-ils organisés dans notre pays ? Ils disposent d'un relais personnel à Woluwe-Saint-Lambert, mais leur point de chute le plus évident est une société commerciale de Verviers, créée en 1995 et centrée sur la relaxation, le shiatsu, la gymnastique harmonique, etc.

Graines de lune SPRL, basée au domicile de l'une de ses fondatrices, prête sa ligne téléphonique pour les demandes de renseignements concernant les conférences liées au mouvement, et c'est à son siège social, rue des Minières, qu'ont été organisées ces dernières années les cérémonies de «communion», «ressourcement» ou les « journées pour toutes les personnes «nouvelles» sensibilisées au message». Précisons que le lien entre la société commerciale et le mouvement n'est pas fortuit, les deux cofondatrices sont ouvertement des relais de l'alliance.

L'histoire du Christ de Montfavet, alias Georges Roux, né en 1903, commence au tout début des années cinquante par la diffusion de trois livres épais (une sorte de roman intitulé «Journal d'un guérisseur», puis deux tomes de doctrine : «Paroles du guérisseur », et «Mission divine») qui forment la bible de ce qui allait devenir dès 1953 l'Eglise chrétienne universelle, de Roux. Exercant au départ de Montfavet, près d'Avignon, le Français se présente alors comme l'un des prophètes, l'un des «masques de Dieu», tout comme le Christ, Moïse ou Zarathoustra, et affirme qu'il dispose de pouvoirs de guérison. Il lancera dès la Noël 1951 une revue qui existe toujours, «Messidor. Revue de la vie totale», qui est restée leur publication de référence.

La mort du gourou, en 1981, pousse ses filles - dont Jacqueline van Gerdinge, alias Jacqueline Roux - à créer, en 1983, toujours à Montfavet, une association baptisée Alliance universelle, et qui aura, douze ans plus tard, les honneurs du rapport de la commission d'enquête parlementaire française sur les sectes : l'association y est reprise comme mouvement sectaire de 500 à 2.000 adeptes et sont définis comme un mouvement «évangélique» à tendance «guérisseur». Le rapport, basé en grande partie sur le travail des renseignements généraux français, précise en outre que l'Alliance universelle est l'un des mouvements sectaires où le danger de «rupture de l'adepte avec l'environnement d'origine» est le plus présent.

Une ancienne adepte belge nous a expliqué que le site de Montfavet, tel qu'aménagé par les deux filles van Gerdinge, est un des grands attraits de la «secte» : Il y a des chambres d'hôtes pour les séminaires, un encadrement très agréable, on y passe des journées conviviales, familiales, et, en plus, on mange «bio». C'est le côté attractif de l'alliance.

Mais, en pratique, la «secte» n'est pas exempte d'un certain hermétisme. Ainsi ne s'y salue-t-on pas par un «Bonjour !» mais par le mot «Amour»; ils invoquent leur dieu en le tutoyant, puis, entrant dans une sorte de transe, parlent sous la dictée céleste à la première personne. Une série de prières, récitées les paumes ouvertes, rythment leur vie : un «Notre Père» fort particulier, une «communion de la chair» avant chaque repas, etc. Certains pratiquent une sorte de guérison par les mains, par imposition sur ou devant la tête, ou sur le point douloureux, mais le mouvement se garde bien d'interférer directement avec la médecine traditionnelle.

Une de leurs particularités : la «croix de lumière», qu'ils signent en l'air de deux mouvements des bras en récitant : «De tout mon amour, de toute ma lumière, et cela est».

ALAIN LALLEMAND