Des aquarelles de la plus belle eau Jeannine Paul Aquarelliste Une passion et un salon

HERMANS,PIERRE

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Lundi 24 mars 2003

La fondatrice du Salon veut faire de Namur la capitale de l'aquarelle. Avec une trentaine de bénévoles, elle s'emploie à promouvoir l'artiste et l'oeuvre.

Des aquarelles de la plus belle eau

LE PORTRAIT

PIERRE HERMANS

Difficile de trouver un moment de relâche dans l'existence passée de Jeannine Paul. Et à 73 ans, elle continue à mener sa vie à un train d'enfer. Je suis attristée quand j'entends quelqu'un manifester de l'ennui, confesse-t-elle.

C'est évident, cette dame tirée à quatre épingles a de l'entrain et des idées à revendre. Un pouvoir mobilisateur aussi. Et ce n'est pas son mari et équipier qui nous contredira. Surtout à ce moment de l'année où le couple assure les derniers préparatifs d'une biennale renommée : le Salon de l'aquarelle de Belgique. Il se tiendra du 5 au 27 avril, à l'Arsenal, à Namur.

Des lots d'aquarelles, il y en a un peu partout dans leur maison blanche de Malonne, en attente de récupération par les artistes participant à l'événement. Des aquarelles, il y en a bien sûr aussi aux murs.

Entre Jeannine Paul et l'aquarelle, c'est une vieille affaire. Pourtant elle ne s'est mise aux pinceaux que tardivement. J'aimais beaucoup dessiner et j'ai toujours été sensible aux belles choses, confie cette Hutoise d'origine qui a passé une vingtaine d'années dans l'enseignement. Quant à l'aquarelle, elle m'a toujours séduite par sa finesse, sa luminosité, la poésie et l'ambiance qu'elle dégage.

Mais avant d'en arriver à créer une ASBL destinée à promouvoir et faire reconnaître l'aquarelle comme un art majeur, elle s'était exercée : que ce soit à Paris où elle a séjourné sept ans ou à La Plante où elle a résidé vingt-quatre ans, Jeannine Paul s'est toujours investie, avec son mari, dans des activités de loisirs. Elle a ouvert des bibliothèques, créé un club de ping-pong, proposé des bourses de jouets ou de vêtements, etc.

On a toujours mis sur pied des projets pour jeunes et adultes, explique-t-elle. On a aussi organisé des expositions à caractère artistique et artisanal, avec l'aide de tiers. En fait, cette activité servait à alimenter la bibliothèque. Pour trouver les exposants, elle a voyagé dans toute la Belgique.

Ça a démarré avec des oeuvres assez hétéroclites puis les peintures et sculptures ont pris le dessus,laisse entendre Jeannine Paul. Dans la foulée, face au manque de reconnaissance de l'aquarelle, l'idée d'un salon spécifique s'est imposée.

Appel aux candidatures, rassemblement d'une équipe porteuse de l'événement ou chacun met 10.000 F dans la caisse, constitution d'un jury pointu, structuration en ASBL, sollicitation de sponsors... et c'est parti ! Le critère de sélection : la qualité. Les participants : des amateurs beaucoup ; des professionnels un peu.

De toute évidence, un salon thématique manquait. Les aquarellistes attendaient d'être défendus dans leur art. Trois cent cinquante candidats postulent au 1er salon, en 1989. Cent sont sélectionnés. Le Salon accueille six mille visiteurs payants ! En 2001, il y en a eu dix-sept mille, glisse-t-elle. La cadence de la biennale est retenue.

Pendant le Ier Salon, j'ai pensé à la création d'une école de l'aquarelle. Il n'y avait rien à l'Académie. On a sondé le public, la réponse a été positive. Albert Danze, aquarelliste, et Bonnie Massinon, journaliste, ont quitté l'ASBL pour fonder cette école privée, en 91, à Jambes. Aujourd'hui, les cours se donnent en journée et en soirée. Il y a dix excellents professeurs et plus de deux cent cinquante élèves. Certains viennent de Mons, de Bruxelles, d'Arlon... Une certaine Jeannine Paul y a suivi les cours pendant quatre ans.

Mais entre-temps, le Salon s'est développé. National au départ, il devient international sous la pression des artistes eux-mêmes. Sa réputation franchit les frontières et on y vient parce qu'il fait figure de référence dans la discipline. Cette année, plus de quatre cents candidatures ont été rentrées. On en a retenu cent quarante. Les aquarelles exposées à Namur sont faites expressément pour le salon. Quatre cent vingt seront accrochées aux cimaises cette année. En 2001, les oeuvres vendues représentaient septante mille euros.

Lors des trois derniers salons, un catalogue a été édité. Cette année, il en sera de même.

Il y a donc du pain sur la planche pour Jeannine Paul, présidente de l'ASBL depuis le début, et son mari. C'est comme si on travaillait : le téléphone, les mails, les réponses aux questions, les recherches, la prospection, l'organisation de l'événement... Et les relations avec les artistes : ils viennent tous ici pour déposer et récupérer leurs oeuvres. Ce sont des contacts passionnants. Je ne les confierais à personne. Mais je consacre aussi deux demi-journées par semaine à mes petits-enfants.·

Aquarelliste

Une passion et un salon

Jeannine PaulPour qu'une aquarelle me plaise, elle doit provoquer chez moi une émotion. Jeannine Paul réagit avec sa sensibilité. Et agit avec détermination. Quand je fais quelque chose, je veux aller jusqu'au bout, sinon ce n'est pas sérieux. Le bénévolat, elle le cultive avec tous ceux et celles qui l'épaulent pour assurer le succès du Salon de l'aquarelle. On essaye de soulager l'artiste d'un maximum de frais. Sa contribution se limite à 80 euros pour trois semaines d'exposition, et à 10% sur la vente d'une oeuvre. Ce sont les visiteurs qui paient : cinq euros pour les adultes. Ce salon regroupera quatre cent vingt aquarelles et un catalogue sera publié pour la quatrième fois. La mobilisation de Jeannine Paul, de son mari et des administrateurs de l'ASBL a donc été intense. Quand je céderai les rênes, il faudra trouver quelqu'un de très motivé pour poursuivre le travail. Pour en savoir plus sur le salon qui durera du 5 au 27 avril, à l'Arsenal de Namur, 11 rue Bruno, et sera accessible tous les jours de 10 à 18 h, les samedis, dimanches et jours fériés de 10 à 20 h, téléphonez au 081/44.40.64 ou surfez sur internet http://users.swing.be/salonaquarelle. Des ateliers pour enfants ainsi que des activités spéciales (démonstrations de la technique de l'aquarelle) seront proposés durant

l'exposition. Cette année, un hommage sera rendu à Noël Leriche.Photo Geoffroy Libert.