DES CLUBS CONTRE LA SOLITUDE DU CREATEUR D'ENTREPRISES

SIMON,CHRISTINE

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Vendredi 17 février 1989

Des clubs

contre la solitude

du créateur

d'entreprises

C'EST en décembre 84 que le Club des créateurs d'entreprises de Wallonie a vu le jour. Régionalisme avant la lettre peut-être, mais en tous cas volonté exprimée par les membres des clubs de Charleroi et de Namur d'unir leurs forces pour s'affirmer comme interlocuteurs privilégiés des pouvoirs publics... et financiers.

Fondatrice du Club de Namur, Lucille Lambert s'est trouvée fondatrice du Club des créateurs d'entreprises de Wallonie dont elle a été désignée comme présidente.

- Les clubs sous-régionaux se sont multipliés entretemps?

- Effectivement. Aujourd'hui, outre les clubs de Namur et de Charleroi, il y a un club dans le Luxembourg, à Liège, à Mons-La Louvière et d'ici peu à Tournai et dans le Brabant wallon. Et tous ces clubs sont des sections du Club de Wallonie.

Si le Club flamand n'a pas encore été porté officiellement sur les fonts baptismaux, par contre, celui de Bruxelles existe depuis belle lurette ainsi d'ailleurs que le Comité national pour la création et le développement des entreprises qui chapeaute les Clubs des trois régions...

- Au total, cela représente combien de membres?

- Cent cinquante environ, en Wallonie. Une chose est importante, pour être membre du Club des créateurs d'entreprises, il faut être chef d'entreprise, c'est-à-dire avoir créé ou repris une entreprise depuis moins de huit ans. Pour nous, ce qui est essentiel, c'est que nos membres ne sont pas des directeurs de grosses boîtes mais des hommes et des femmes qui vivent de leur entreprise...

- En Wallonie, il y a autant d'hommes que de femmes qui osent entreprendre?

- (rires) Non. Il y a plus d'hommes qui créent leur entreprise, parce qu'aujourd'hui encore, il est plus facile d'être entrepreneur... qu'entrepreneuse. Face à un banquier par exemple, la femme chef d'entreprise paraît souvent non-crédible. Mais les choses sont en train d'évoluer. Doucement.

- La conjoncture économique n'est-elle pas favorable à la création d'entreprises?

- En tous cas, il y a une évolution des mentalités. Le chef d'entreprise n'est plus considéré comme un exploiteur, mais comme quelqu'un qui doit réaliser du profit. On reconnaît le rôle social de l'entreprise. Les banquiers aussi ont changé d'attitude: ils acceptent davantage d'aider les créateurs d'entreprises, de leur prêter de l'argent. Pour l'entrepreneur, ils deviennent plus partenaires que distributeurs de crédit.

Sans doute, le Marché unique de 1993 est-il une des raisons du changement d'approche des banquiers belges! Désormais, ils craignent de voir s'installer la concurrence. Ce n'est donc pas un hasard si la petite entreprise a droit aujourd'hui au respect des banquiers belges qui, il n'y a pas si longtemps, acceptaient de prêter 120 millions par téléphone à un patron d'une grosse boîte, mais obligeaient le chef d'une P.M.E. à se mettre à genoux pour un million.

- La création de certaines sociétés de service ne nécessite pas un capital de départ. Les entrepreneurs ne sont-ils pas tentés dès lors par de telles sociétés?

- La société de service est évidemment plus simple à mettre en place. On peut la mettre sur pied avec des moyens réduits, dans une partie de sa maison. D'aucuns ont cru que créer une société de service pouvait être une solution au chômage, ce n'est pas vrai!

Pour une société de production, il faut consentir des investissements pour les machines, pour les stocks à payer cash... car le jeune entrepreneur n'est pas encore crédible vis-à-vis de ses fournisseurs.

En tant que Club, nous estimons qu'il faut qu'il y ait un pourcentage important de nos membres qui soient chefs d'une entreprise de production. En Wallonie, nous comptons moins de la moitié d'entrepreneurs de sociétés de service. Et, de toutes manières, pour que notre crédibilité soit complète, nous ne pouvons accepter, comme président, un créateur d'une société de conseil en entreprises, par exemple.

- Quels sont les buts poursuivis par un club local?

- Vous savez, créer une entreprise est toujours une aventure nouvelle. Le créateur n'a pas de référence et ressent un vide énorme. La structure familiale ne peut combler cette espèce de vide. Le rôle premier du Club est donc de rompre l'isolement. Lors des réunions, les membres se retrouvent entre eux, entre personnes ayant les mêmes problèmes, rencontrant les mêmes difficultés, parlant le même langage. C'est la raison pour laquelle nous excluons toute personne non chef d'entreprise. De la même manière, il est exclu que l'on fasse des affaires entre membres d'un Club de créateurs d'entreprises. On ne vient pas au Club pour trouver un fichier client ou un potentiel d'affaires...

- Vous acceptez ceux et celles qui ont un projet à concrétiser?

- Bien sûr. Mais il faut que le projet soit mûr et près de se réaliser.

- A l'égard de certaines banques, le Club de Wallonie sert aussi de garantie?

- Notre Club des créateurs d'entreprises de Wallonie vient, en effet, de signer une sorte de convention avec la C.G.E.R. et la Générale de banque. Cette convention, c'est le prêt d'honneur. Le créateur pourra emprunter à titre personnel, une certaine somme à condition que la banquier ait la garantie du Club quant à la viabilité du projet. C'est un grand pas!

- Mais un long chemin reste à parcourir...

- Il suffit de comparer notre rôle à celui de nos homologues français. Dans l'Hexagone, l'association présidée par Thomas Pino Garcia regroupe quelque 80 clubs. Cette association est partie prenante des concertations politiques et économiques.

Les simplifications administratives sont aussi une réalité. Chez nous, on en est au balbutiement. La plupart des créateurs d'entreprises rencontrent rapidement des problèmes fiscaux. En France, si une entreprise réalise des bénéfices la première année, elle ne paie pas d'impôt car le ministère des Finances estime que cet argent sert à de nouveaux investissements. Ici, outre d'éventuels ennuis avec l'administration des contributions, l'entrepreneur, suspect d'avoir réalisé des bénéfices doit passer au tiroir-caisse...

Propos recueillis par

CHRISTINE SIMON.

Adresse du Club des créateurs d'entreprises de Wallonie: Chambre de commerce de Namur, 117, avenue Gouverneur Bovesse à 5100 Jambes (081/22.15.40).

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