Des jeunes jugent les centres fermés

HUWART,ANNE-CECILE

Page 6

Mardi 22 janvier 2008

« Un jour, ma fille a commencé à menotter sa poupée avec du fil. Elle voyait les policiers faire cela avec les gens du centre et voulait les imiter. »

Les témoignages du même genre se sont succédé à la barre du tribunal d’opinion réuni la semaine passée. Sur la sellette : la politique de détention de mineurs étrangers dans les centres fermés. Il en existe six en Belgique. De nombreux experts dénoncent les conditions d’enfermement qui ont des conséquences sur le développement psychique des jeunes.

Ce tribunal fictif d’opinion était une initiative d’un groupe de citoyens belges engagés dans la promotion et la défense des droits fondamentaux. Le jury était composé de douze jeunes de 12 à 17 ans, francophones et néerlandophones, encadrés par des professeurs, des éducateurs et des responsables du projet « What do you think ? » de l’Unicef Belgique.

Experts et témoins se sont enchaînés pendant deux jours. Comme cette jeune fille originaire d’Europe de l’Est, aujourd’hui âgée de 19 ans, qui passa 13 jours au centre fermé de Steenokkerzeel en 2003. Au milieu de son récit, elle éclata en sanglots : « Pourquoi ces centres existent-ils ? Je ne comprends pas, il faut que cela s’arrête ! On ne mérite pas ça, personne ne mérite ça ! »

Le jugement a été rendu ce samedi 19 janvier : « Le tribunal d’opinion enjoint à la Belgique de mettre fin immédiatement à la détention de mineurs étrangers en centres fermés et à remplacer le régime actuel par un régime alternatif conforme aux normes internationales, qui ne fasse pas appel à la détention ».

Les jeunes « procureurs », Jennifer et Quentin, se sont dit « soulagés » et « satisfaits que les deux jurys aient tiré les conclusions qui s’imposaient ».

Les organisateurs se sont dits enchantés par le déroulement de ce tribunal. « Nous avons le sentiment d’avoir atteint nos objectifs, explique Benoît Van Keirsblick, coorganisateur du tribunal d’opinion. Nous avons pu donner la parole à des personnes qui n’ont pas souvent l’occasion de se faire entendre. »

Malheureusement, l’Etat fédéral a refusé de participer à ce tribunal pour avancer ses arguments…