Des Lemmings et des hommes
MAKEREEL,CATHERINE
Page 38
Lundi 18 janvier 2010
Théâtre La période des soldes est celle des festivals et des reprises
Le meilleur exemple de ces écritures insolites reste le Groupe TOC. On le retrouve à l’affiche des Édition(s) Limitée(s) avec un objet fabuleusement saugrenu : Mon Bras (mobile) de Tim Crouch, histoire d’un enfant qui décide un jour de vivre le bras levé. Ce geste insensé donnera soudain un sens à sa vie. Il deviendra même ce geste jusqu’à l’autodestruction. Tandis que son corps moisit de l’intérieur, la scène arty de New York en fera une star. Les TOC ne font qu’une bouchée de cette écriture joueuse, entre conférence et performance. Partagé entre trois acteurs, le monologue implose : l’un raconte, un autre illustre par gestes et un autre joue les parents, les profs, le psychiatre. À la fois témoins et preuves vivantes, les comédiens mettent leur corps en situation, comme on met un bras en l’air. Outre ce bras, la pièce soulève de multiples questions : A l’heure où s’évanouissent les idéologies et les religions, comment se construire ? Dans un monde régi par le culte de la célébrité, y a-t-il un salut hors de la personnalité, de l’individualité ?
Sur le même mode de l’exposé scientifico-philosophique, on se réjouit également de retrouver l’excellente Causerie sur le lemming de François-Michel van der Rest et Elisabeth Ancion. Une causerie qui dépassera bien vite le sujet du petit rongeur des régions arctiques pour déborder sur la guerre froide, les Inuits, la mystérieuse composition des « bifi », les yeux des Barbie et, in fine, l’état du monde en général et notre état d’être humain en particulier. Du délire comique à l’angoisse existentielle franchement glaçante.
Pour faire son marché de spectacles originaux et contemporains, Isabelle Jonniaux, programmatrice du 210, est allée fureter un peu partout, du côté de la France mais aussi et surtout parmi les chantiers couvés par l’L à Ixelles et présentés au dernier VRAK Festival (lire ci-contre). Dans une démarche commune pour soutenir la jeune création et avec un goût partagé pour les formes surprenantes, le VRAK et Édition(s) Limitée(s) travaillent main dans la main pour assurer une continuité, de la création et à la diffusion, aux jeunes artistes repérés.
C’est ainsi qu’Isabelle Jonniaux a découvert Nadine Fuchs et Marco Delgado au VRAK l’année passée et programme aujourd’hui leur spectacle de danse au titre marathonien, Manteau long en laine marine porté sur un pull à encolure détendue avec un pantalon peau de pêche et des chaussures pointues en nubuck rouge.
À raison de deux spectacles par soir, les Édition(s) Limitée(s) ne se résument pas au théâtre mais entremêlent les formes scéniques avec, notamment, une projection du « Nosferatu » de Murnau, nourrie par une musique jazz improvisée en live par cinq musiciens, et un parcours déambulatoire, Les Puces, pour confronter le spectateur à ses manies et obsessions dans un face-à-face très sensoriel. Plaisirs et décalages illimités.
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