DES LUNETTES CONTRE LE SOLEIL

NIVARLET,ALAIN

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Jeudi 2 août 1990

MÉDECINE PRATIQUE

DES LUNETTES

CONTRE LE SOLEIL

Bien les choisir: un casse-tête!

Savez-vous que chaque année, on vend sur la terre environ 200 millions de paires de lunettes solaires? Pour la Belgique, cette statistique n'existe pas, mais la question vaudrait la peine d'être posée: combien de foyers n'ont pas au moins une paire de lunettes de soleil à la maison?

Cet engouement répond certes autant à un phénomène de mode soigneusement orchestré par les fabricants qu'à un réel besoin de protection. N'empêche: regarder le soleil «dans les yeux» peut causer des dommages irréversibles. Chacun de nous conçoit donc plus ou moins confusément qu'il doit se protéger les yeux face à des illuminations intenses.

Cette méfiance naturelle est confirmée par les spécialistes. L'exposition répétée à un éclairage intensif - de source naturelle ou non - accélère le processus normal de vieillissement de la rétine, surtout si cette lumière comprend une forte dominante bleue.

La prévention paraît simple, puisque les lunettes de soleil existent, il suffit de les utiliser. Le problème est que les opticiens nous proposent actuellement plus de cent variantes de verres teintés, sans parler des innombrables produits bon marché vendus un peu partout, aux composantes douteuses ou inconnues des revendeurs. Et pour comble, il n'existe pas de législation en matière de filtres protecteurs des yeux. Comme le soulignait le Dr Janet Yoke, «on a simplement négligé la partie visible du spectre électromagnétique, persuadé qu'elle ne représente qu'une faible menace pour la vision humaine».

Comment s'y retrouver? Les ophtalmologues se méfient des lunettes solaires pour deux bonnes raisons. D'abord parce qu'elles n'offrent que rarement une protection adéquate, c'est-à-dire adaptée à la fois à l'utilisateur et aux constances. Ensuite parce que les yeux dissimulés derrière un filtre sombre deviennent plus fragiles: la diminution de lumière fait se dilater la pupille et expose ainsi la rétine de façon plus forte aux rayons qui la menacent.

Ces objections ne sont pas des raisons suffisantes pour s'exposer au soleil à tout va ou pour risquer un funeste éblouissement sur une route sinueuse. On peut donc recommander le schéma suivant.

Les personnes qui ont déjà des problèmes oculaires, en particulier les porteurs de lunettes, ont intérêt à consulter leur ophtalmologue et leur opticien avant de faire leur achat. Notons à ce propos que certains verres «blancs» offrent déjà, en eux-mêmes, un bon filtrage des UVA.

Les autres auront intérêt à acheter leurs lunettes solaires chez un opticien sérieux plutôt que dans la grande surface du quartier. Le critère serait ici que le vendeur sache exactement ce qu'il vous propose, car on n'achète pas des lunettes noires dans un sac! Un tuyau à cet égard: le prix des lunettes solaires est surtout fonction de leur monture, plus que de leurs verres...

Enfin, sur un plan plus médical, une mise en garde s'impose vis-à-vis des personnes âgées, pour qui l'exposition à la lumière vive signifie un risque accru de dégénérescence sénile de la rétine.

L'achat d'une paire de lunettes solaires semble bel et bien une bouteille à encre. Les verres teintés, en effet, devraient à la fois filtrer les infrarouges, une partie des ultraviolets et les fréquences gênantes du spectre lumineux visible. Quand vous achèterez vos prochaines lunettes, sachez donc que le résultat attendu n'est pas garanti, et que les bons matériaux coûtent cher. Malgré tout, si vous êtes sensibles au look irrésistible des regards voilés, le coup de chance n'est pas exclu: il existe aussi des protections honnêtes à bon marché. Mais ceci relève plus de la loterie que de l'optométrie. A vous de choisir.

A.N.