DES MANGAS OSES INCITENT A LA PEDOPHILIE DRAGON BALL AFFRONTE LA MORALE ET LE CODE PENAL

VANDEMEULEBROUCKE,MARTINE; DE MUELENAERE,MICHEL; DU BRULLE,CHRISTIAN

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Mercredi 26 mars 1997

Des mangas osés incitent à la pédophilie

Pornographiques, des bandes dessinées japonaises pour adultes sont dans le collimateur de la « mondaine». Saisies et poursuites se multiplient!

Le parquet de Bruxelles a déclaré la guerre aux «mangas» pour adultes! Pour le ministère public, les ébats «amoureux» des héros de papier sont intolérables car ils mettent clairement en scène des mineurs d'âge: la plupart du temps des collégiennes en uniforme et chaussettes blanches.

Mais ces BD ne sont pas les seules à faire l'objet de saisies. Depuis quelques semaines, la «mondaine» a également saisi chez certains libraires des cassettes vidéo présentant des dessins animés d'une rare violence sexuelle ainsi que des CD-ROM du même cru.

Un exemple parmi d'autres. La cassette intitulée «Sailor guerrières» à la jaquette relativement sobre en ce qui concerne les dessins est nettement plus expressive au niveau du texte. On apprend qu'il s'agit du «Mystère du démon érotique» ou encore de la «version intégrale non censurée». Quant à l'aventure proposée, il s'agit des «cinq Sailor en plein enfer du vice».

Au verso, une mise en garde relativement petite met en garde les «consommateurs» et précise que la cassette «n'est en aucun cas destiné aux enfants»... Une interprétation que ne partagent pas les autorités judiciaires: pour elles, c'est de la pédophilie.

A Bruxelles, on tenait la diffusion de ce type de manga à l'oeil depuis le mois de janvier. Il y a d'abord eu la plainte d'une mère de famille dont le fils de 14 ans était rentré à la maison avec une bande dessinée du genre explicitement pornographique. Une première perquisition a ainsi été menée par la PJ chez le libraire qui avait vendu le manga en question.

Puis il y a eu d'autres descentes à Bruxelles et à Uccle. Chaque fois des centaines de mangas, de cassettes et de CD-ROM ont été saisis. Chaque support a été analysé par les enquêteurs. Les scènes de viols sur des mineurs y sont monnaie courante et assorties de violences.

Au parquet, deux dossiers relatifs à des pédophiles font également état de mangas retrouvés chez eux lors de perquisitions. Et à la police de Bruxelles, on enquête sur un marchand de glaces qui aurait écoulé pareille littérature.

C'est sur base de l'article 386 bis du Code pénal que les perquisitions ont été entreprises. Cet article précise que quiconque aura détenu ou proposé... à des mineurs d'âge des images, des figures ou des objets indécents de nature à troubler leur imagination sera passible de poursuites. La loi parle aussi clairement d'objets (...) qui représentent ou impliquent des mineurs...

Le parquet va mener systématiquement de telles poursuites à charge des libraires proposant ce genre de littérature. Cela se fera à coup de citation directe devant le tribunal. Les contrevenants s'exposent à des peines allant de 6 mois à deux ans de prison et/ou à une amende comprise entre 1.000 et 5.000 francs (à multiplier par 200).

Mais pourquoi ne pas poursuivre l'importateur ou le distributeur ? Tout simplement parce qu'en ce qui concerne les mangas pornographiques, la plupart des libraires qui les proposent s'approvisionnent directement à l'étranger, et principalement en France.

CHRISTIAN DU BRULLE

«Dragon Ball» affronte

la morale et le Code pénal

Dragon Ball et les autres mangas ne se lisent pas que dans les cours de récréation. Des magistrats, des libraires, des parents, ont découvert à leur tour ces bandes dessinées japonaises qui font un malheur chez les enfants de 6 à 10 ans. Et la lecture de certains numéros les a fait sursauter. Depuis avril 1996, des plaintes ont été adressées auprès des autorités judiciaires et plus particulièrement auprès du parquet bruxellois. Le parquet général de Bruxelles a ouvert une information pénale à ce sujet. Des éditeurs ont été entendus.

Que reproche-t-on à Sangoku, Bulma et autres héros de «Dragon Ball» ? De contrevenir aux articles 383 et suivants du Code pénal relatifs aux outrages publics aux bonnes moeurs et à la pornographie enfantine. Et, plus concrètement, de contenir des incitations à la pédophilie. Les plaignants incriminent particulièrement des planches où, par exemple, une héroïne exhibe son sexe ou ses seins en échange d'un cadeau de la part d'un «pépère» très pervers. C'est un vieux sénile et obsédé, ricane Lucas, huit ans et demi. Ce sont des pédophiles qui ont écrit cela, ajoute Maxime, neuf ans, manifestement bien informé par les «grands».

Violence, sexe, il n'en a pas fallu plus pour solliciter l'intervention des adultes.

- Cela se vend très bien, confirment les libraires que nous avons contactés. Mais rares sont les parents qui lisent les petits bouquins. Un libraire d'Ohain a pris un jour la peine de les parcourir. Sa réaction a été immédiate. Il a annoncé, à l'entrée de son magasin, qu'il ne vendrait plus les « Dragon Ball» et autres mangas qu'aux enfants accompagnés de leurs parents. Il n'en a plus vendu depuis lors...

Selon les libraires, les enfants forment entre 80 et 100 % de la clientèle. Mais d'autres mangas prennent la relève pour les plus âgés. Et l'infrastructure audiovisuelle suit. Le parquet de Bruxelles, qui a déjà saisi quelques exemplaires de «Dragon Ball» dans des librairies, attend une réaction du parquet général. La réponse judiciaire à ce problème de société n'est pas évidente. «Dragon Ball» choque-t-il la moralité ? Faut-il le censurer, voire l'interdire ?

Les mangas représentent un chiffre d'affaires considérable pour ceux qui les commercialisent. Des éditeurs comme Glénat ou J'ai lu diffusent sous la forme de petits livres ces BD au départ mal imprimées sur du papier bon marché. Mais ce sont aussi des dessins animés (sur Club RTL actuellement), des jouets, des vêtements...

Les mangas n'ont évidemment pas que des détracteurs. Leurs adeptes voient dans le procès fait aux mangas pour jeunes le signe d'un conflit de générations. Glénat, qui édite «Dragon Ball», estime que les plaintes s'inscrivent dans le courant émotionnel et réactionnaire actuel.

- Les pères-la-pudeur s'offusquent parce que Bulma montre sa petite culotte. Mais cela se fait depuis 50 ans, explique Paul Herman, ajoutant que «Dragon Ball» véhicule un message très positif. Pour Glénat, «Dragon Ball» et les mangas, c'est la littérature des jeunes de 1997 qui ne lisent plus les BD «classiques».

- Une littérature rien qu'à eux dans laquelle les parents n'entrent pas. Et que ceux-ci ne comprennent pas. Pour lui, la réduction abusive de l'équation manga = sexe + violence ne colle pas à la réalité complexe du genre.

Les défenseurs des mangas réfutent également l'argument selon lequel la violence et le sexisme de la plupart des mangas produiraient des effets d'imitation. Le Japon, disent-ils, n'est pas le pays où le taux de criminalité est le plus élevé du monde.

M. Vdm et M. d. M.