Des médicaments certifiés « halal »

DORZEE,HUGUES

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Samedi 3 mars 2012

Société Un complément alimentaire en vente libre en pharmacie

Capsules et ingrédients certifiés halal ». Depuis plus d’un an, un « alicament » (aliment ayant des vertus médicamenteuses) conforme aux prescrits de l’islam est en vente libre en pharmacie.

Le Perniso ©, c’est son nom, est un complément alimentaire qui, selon son fabricant, a des « effets positifs sur les articulations et sur le bon fonctionnement du système cardio-vasculaire ». Il est, en outre, composé d’éléments naturels à 100 % licites au regard de l’islam…

« Après avoir reçu la déléguée médicale et lu la notice, j’étais en rogne !, raconte ce médecin bruxellois qui souhaite rester anonyme. J’ai des patients issus de 36 nationalités différentes. Je m’efforce de les soigner avec la même égalité de traitement. Il m’arrive de composer avec certaines réalités : adapter un traitement en plein ramadan, par exemple. Sans plus. Quel business ! Et où va-t-on si le religieux s’immisce ainsi dans le domaine thérapeutique ? »

« C’est un produit breveté et ses bienfaits sur la santé sont prouvés, se défend Alexandre Coerten, le directeur de Perniso ©, filiale de la société allemande Pharmalink. L’Allemagne accueille une grande communauté turque d’où l’attention particulière accordée à la dimension halal. Nous assumons ce choix en offrant aux patients un produit qui respecte leurs convictions et des garanties, puisqu’il est vendu en officine. Notre équipe de seize délégués démarche donc les pharmacies et les médecins belges. Et nous n’avons jamais eu de problème. »

Ouverture de l’industrie

Le « halal » dans l’industrie pharmaceutique ? « C’est encore marginal, dit-on chez Parma.be, l’association de l’industrie du médicament. Parmi nos membres, une seule société met en avant le halal. Elle fournit des capsules entièrement végétales aux pharmaciens qui fabriquent leurs préparations magistrales. Mais nous restons ouverts. Car, si la qualité des produits reste notre priorité, la voix du patient doit également être entendue. »

« Avant de le mettre sur le marché, nous évaluons si tel médicament ou produit de santé est bien conforme en termes de sécurité, de qualité et d’efficacité. Mais nous ne tenons pas du tout compte de la dimension religieuse ou philosophique, dit-on du côté de l’Agence fédérale du médicament. Si tel anticoagulant est un dérivé de porc ou si tel vaccin est fabriqué à partir de cellules embryonnaires, nous n’avons pas à nous positionner d’un point de vue éthique. »

Le halal et la santé ? « Le marché se développe progressivement, explique pour sa part Salah Eldin, administrateur d’une société de certification halal. Mais les fabricants ont encore peur d’afficher le logo halal pour ne pas froisser les non-musulmans. Mais nous sommes régulièrement sollicités pour certifier les molécules, les posologies, les capsules d’emballage… En particulier pour des produits de santé destinés à l’exportation. Mais c’est sans commune mesure avec l’Asie du Sud, par exemple. En Malaisie, le halal est partout : dans la biotechnologie, la recherche, le médical, etc. »

Et parmi les musulmans belges ? « Entre ma religion et ma santé, j’ai choisi, réagit Mohamed, 48 ans, de Saint-Josse. Peu m’importe la composition de tel ou tel médicament ou de savoir s’il y a une infime part de produits soi-disant “non-sacrés” ». « Moi, ajoute Fatima, de Jumet, je regarde attentivement les notices, je m’informe sur le web. Et j’enlève toujours les capsules souvent à base de gélatine. »

MODE D’emploi

Ce qui est « licite », ce qui ne l’est pas

En islam, le mot « halal » signifie « permis » ou « licite » par opposition avec « haram », ce qui constitue un « péché ». Sont visés : les types d’aliments, le mode d’abattage des animaux, leur traitement, etc.

Une directive générale pour l’utilisation du terme « halal » sert de référence dans le monde : il s’agit du Codex Alimentarius (1997) adressé à titre consultatif à tous les Etats. Toutefois, une « marge d’interprétation » est laissée aux conseils de théologiens qui rendent des fatwas (conseils juridiques).

Ne sont pas halal tous les aliments issus des animaux et des plantes ci-dessous, ainsi que les dérivés (gélatines, exhausteurs de goûts…) : porcs et sangliers ; chiens, serpents et singes ; carnivores munis de griffes (lions, ours…) ; oiseaux de proie (aigles…) ; animaux protégés en islam (abeilles, piverts…) ou jugés répugnants (poux…) ; grenouilles, crocodiles, mulets… ; les plantes toxiques ou dangereuses, ainsi que les boissons alcoolisées et « enivrantes ».