Des milliers d’emplois perdus depuis janvier

DEMONTY,BERNARD

Lundi 2 avril 2012

ANALYSE Est-ce le retour des dégâts sociaux dans les entreprises belges ? Quelques indices ne laissent rien augurer de bon. Depuis le début de l’année, faillites et restructurations se multiplient. Elles sont médiatisées au cas par cas, mais si on les globalise, le pays paye actuellement un lourd tribut. L’arrêt du haut-fourneau de Charleroi chez Carsid (lire ci-dessus) est évidemment dans toutes les têtes, avec ses mille emplois perdus. Mais à cela s’ajoutent aussi, toujours en Wallonie, les deux plus grosses faillites de ces dix dernières années : celle de Durobor, le 6 février dernier, et celle des laboratoires Thyssen, le 18 janvier. La première a coûté 353 emplois et la seconde, 334 emplois. La semaine dernière a également été très difficile. Aux pertes d’emplois annoncées chez Carsid, se sont ajoutées des restructurations chez Gsk (45 emplois à Wavre), chez Merck (27 emplois à Overijse), et chez Techniver (80 emplois menacés à Namur). Si l’on additionne les faillites et restructurations depuis le début de l’année, on arrive à plus de 5.000 emplois perdus ou gravement menacés. La Wallonie, qui a subi deux grosses faillites depuis le début de l’année, souffre particulièrement. L’institut Graydon, spécialisé dans l’analyse de données d’entreprises, relève que le nombre d’emplois menacés à cause d’une faillite a augmenté de 103 % en Wallonie sur les deux premiers mois de cette année, comparés aux deux derniers mois de l’année dernière. Une situation qui risque de se répercuter sur les chiffres du chômage, dans quelques semaines. C’est d’autant plus dommageable que la Wallonie s’était très bien redressée l’an dernier, puisque son chômage avait décru de 3 %, alors que la Flandre affichait une baisse de 6 % et que Bruxelles stagnait. Plusieurs phénomènes expliquent cette dégradation de la situation. Il y a d’abord la baisse de la croissance, qui frappe la Belgique. Sur l’ensemble de l’année 2011, la croissance s’est élevée à 1,9 %. Mais depuis la fin de l’année dernière, les observateurs constatent une dégradation de la conjoncture. Sur l’ensemble de l’année 2012, la Belgique devrait même afficher une croissance négative. C’est en tout cas l’avis de la Commission européenne qui chiffre à – 0,1 % l’évolution de l’économie en Belgique. Le bureau du Plan, l’organisme belge de prévision, table, lui, sur une croissance légèrement positive. Un autre phénomène joue également : le climat d’austérité qui pèse sur le pays. « Je crains qu’on entre dans une période où les restructurations vont se multiplier, dit Claude Rolin, le secrétaire général de la CSC. Le cas de Carsid est lié à des problèmes plus anciens, même s’il touche à la question du type d’industrie que l’on veut avoir. Mais il y a d’autres éléments qui n’incitent pas à l’optimisme. Je pense à la politique d’austérité qui va sans doute conduire à des reports d’investissements. » A cela pourrait s’ajouter une consommation privée en berne. Le dernier baromètre économique réalisé par l’Institut Itinera pour Le Soir démontrait que la confiance des ménages s’était particulièrement détériorée. Elle atteint même des niveaux proches des pires moments de la crise financière de 2008. Reste à voir ce que ces mauvaises nouvelles auront comme impact sur le climat social. La proximité des élections sociales (fin mai) conduit généralement à des tensions. De premières étincelles ont été recensées la semaine dernière. La plus symbolique, sans doute, et qui traduit le climat ambiant : les employés de Bekaert ont débrayé après l’annonce d’une hausse de 30 % du salaire du patron. Ses émoluments atteignent désormais 1,78 million d’euros par an. Des nouvelles qui passent plus mal que jamais, en pleine récession, et à l’heure où le groupe négocie la suppression de 600 emplois.BERNARD DEMONTY