Détente à tous les étages

REGNIER,PHILIPPE

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Samedi 19 septembre 2009

Défense Volte-face sur le bouclier

Il n’y a guère qu’en Pologne que certains font grise mine. Ailleurs, c’est l’apaisement et les échanges d’amabilités : les signes de détente « Est-Ouest » se sont multipliés, vendredi, au lendemain de l’annonce par Barack Obama de l’abandon du projet de bouclier antimissiles en Europe de l’Est tel que conçu par George Bush.

Après que le président russe Medvedev eut qualifié la décision de « responsable », jeudi soir, le Premier ministre Poutine a signifié hier qu’elle était « juste et courageuse ». Il affirme que le président Obama a « annulé le projet de construction d’un système de défense antimissile en Europe ». Ce n’est pas tout à fait vrai – une version allégée, plus flexible, reste prévue, revue à l’aune d’une menace iranienne jugée moins pressante. Les louanges moscovites pourraient dès lors précéder un rapprochement russo-américain sur plusieurs dossiers à l’ordre du jour : les négociations sur le nucléaire iranien, menaces de nouvelles sanctions à la clé, les pourparlers en vue de nouveaux accords de désarmement ou encore la guerre en Afghanistan.

Quoi qu’il en soit, Moscou a déjà annoncé qu’il renonçait pour sa part au déploiement de missiles dans l’enclave russe de Kaliningrad, à la frontière de la Pologne. La menace du déploiement de ces missiles avait été brandie par Medvedev en juillet si Barack Obama confirmait les plans de son prédécesseur.

Toujours dans la même veine – et la concomitance de toutes ces annonces fait penser à un scénario soigneusement écrit… – le nouveau secrétaire général de l’Otan, le Danois Anders Fogh Rasmussen, a pratiqué une vigoureuse politique de la main tendue en direction de la Russie. Dans son premier discours majeur depuis son entrée en fonction en août, prononcé à Bruxelles, il a proposé que l’Otan étudie avec la Russie la proposition Medvedev d’esquisser une nouvelle architecture européenne de sécurité. Et il a réitéré l’idée, déjà formulée en 2008 mais très théoriquement, de relier les systèmes de défense antimissile des Etats-Unis, de l’Otan et de la Russie « en temps opportun ». Et de plaider en faveur d’un « partenariat stratégique avec la Russie », sans exclure la « possibilité » qu’un jour la Russie… intègre l’Otan.

Enfin, en République tchèque, le soulagement est général, rapporte une partie de la presse locale : 70 % de la population était opposée à l’installation du radar géant autour de la ville de Brdy. En Pologne, par contre, où les dirigeants avaient tant applaudi au parapluie « offert » par Bush – à leurs yeux, contre la Russie –, la presse conservatrice hurlait hier à la « trahison ».