DEUX CINEASTES BELGES VEULENT CREER UNE NOUVELLE GENERATION D'ACTEURS YVES HANCHAR ET HARRY CLEVEN:PEUPLER NOTRE CINEMA DE...

HONOREZ,LUC; D'ALIMONTE,BRUNO

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Mercredi 14 août 1996

Deux cinéastes belges veulent créer une nouvelle génération d'acteurs

Yves Hanchar et Harry Cleven : peupler notre cinéma de... nous !

Les réalisateurs de «La Partie d'échecs» et d'«Abracadabra» ont repris la direction artistique de l'école Parallax.

Si les films et les réalisateurs belges ont pu se faire un nom sur la scène internationale, il n'en va pas de même hélas ! pour nos acteurs qui doivent passer par Paris afin d'y ricocher jusqu'à Bruxelles. Pour quelques Philippe Volter, Harry Cleven, Marie Gillain, Benoît Poelvoorde, Alexandra Vandernoot qui parviennent à se creuser une niche dans la cinématographie francophone, on enrage de voir qu'une comédienne aussi talentueuse que Sabrina Leurquin, parmi tant d'autres, n'arrive pas à être populaire chez nous.

Or, l'image d'un ou d'une de nos compatriotes à l'écran est une manière de créer en soi un processus d'identification gratifiant et de savoir qu'on existe puisque la fiction donne un sens à notre image. Malheureusement, la Belgique, par un curieux phénomène masochiste, n'aime pas donner un label de popularité à ses acteurs.

UN COURANT D'AIR FRAIS

La plupart de nos films et de nos rares téléfilms prennent, presque toujours, pour vedettes des Français ou des Anglo-Saxons et laissent les miettes des rôles secondaires aux Belges. C'est une question de rentabilité et de diffusion internationale. Qu'on pourrait renverser si nos comédiens acquéraient la même stature - et c'est possible, voir Marie Gillain - grâce à des films qui les mettent en valeur.

C'est ce qu'ont pensé le réalisateur Yves Hanchar («La Partie d'échecs») et le réalisateur-acteur Harry Cleven («Abracadabra») en devenant, récemment, directeurs artistiques de l'école Parallax qui forme des interprètes pour le cinéma.

Jusqu'ici, depuis 19 ans, Parallax avait une très molle et incertaine réputation. Mais Hanchar et Cleven veulent changer cela et occuper le terrain de l'interprétation ailleurs qu'au Conservatoire ou à l'Insas. Ils veulent apprendre aux étudiants à jouer pour une caméra. Pour ce faire, comme le pensent souvent les acteurs de théâtre, il ne suffit pas de parler... plus bas, non, ainsi que le dit Cleven : C'est le travail sur les émotions qui est différent quand on est sur un plateau de ciné.

En deux ans, Parallax veut donner la meilleure initiation dramatique au 7e art et être à Bruxelles ce que les cours de la rue Blanche sont à Paris. Le nouveau Parallax n'a pas une idéologie scolaire. Les cours y seront donnés par les meilleurs cinéastes et acteurs dans tous les domaines. On y parlera aussi bien de la voix des Zap Mamma que de Shakespeare, de Pinter ou de l'intégration physique dans un scénario.

Comme, en France, Pascale Ferran, dans «L'Age des possibles», le fit avec des jeunes d'un cours dramatique, un metteur en scène sera aussi invité à utiliser les élèves de Parallax dans un court métrage annuel. Sous la houlette de Yves Hanchar et de Harry Cleven, une nouvelle génération, guidée par des anciens ou de nouveaux venus de notre 7e art, devrait faire passer un courant d'air frais.

Objection ! Ce genre de cours ne se transformera-t-il pas en une école de chômeurs supplémentaire ? Non, sursaute Yves Hanchar. Bien sûr, on ne peut rien promettre «garanti sur facture», notre métier ne fonctionne pas ainsi. Mais, si la qualité de nos acteurs augmente, grâce à notre école, on les utilisera plus et cela fera un effet boule de neige. Actuellement, il est difficile de trouver des acteurs réellement «cinéma» pour nos films. On doit faire des séances de casting invraisemblables pour trouver un interprète qui convienne. Un nouveau vivier ne serait pas mal venu.

Et Hanchar et Cleven savent de quoi ils parlent puisqu'ils préparent actuellement leur prochain film. Cleven, en avril, réalisera «Pourquoi se marier le jour de la fin du monde ?», l'histoire d'un homme qui découvre sa face sombre à cause de l'amour. Hanchar termine, lui, la première version d'un film qu'il tournera l'an prochain, un sujet contemporain, situé entre 1990 et l'an 2000, qui portraiture trois familles à travers leurs vacances.

Mais, pour l'instant, Parallax est le bébé qu'ils chouchoutent. Cette école privée, au minerval de 8.000 F par mois, fonctionne en groupes de jour ou du soir. Bourse et point de rencontres de nos futurs acteurs, du moins on l'espère, elle fonctionne du 30 septembre à fin juin. C'est une «entrée des artistes» où il faut aller avec ses rêves, mais où Hanchar et Cleven promettent que, quoi qu'il arrive, ces rêves ne seront pas des songes creux.

LUC HONOREZ

Parallax, 2, place Quetelet, Bruxelles (tél. 02-219.91.78).