développement durable Comme un nouveau noyau dur

DE MUELENAERE,MICHEL

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Lundi 13 juillet 2009

Faire de la Wallonie le « fer de lance du développement durable au niveau européen et mondial ». Telle est la profession de foi du nouveau gouvernement wallon. Au-delà de l’emphase des mots et de deux points d’interrogation majeurs – en auront-ils les moyens, et en auront-ils le courage et la volonté ? –, la coloration générale du programme bouclé ce dimanche est bien celle-là.

En l’absence d’un terme plus « vendeur », et plus compréhensible par le public, l’idée de base est d’assurer un développement plus équilibré aujourd’hui – plus respectueux de l’homme et de l’environnement – sans compromettre l’environnement, le bonheur et le développement des générations futures. Donc en n’épuisant pas toutes les ressources, en réduisant les gaspillages, en développant les technologies d’avenir, l’utilisation des ressources renouvelables, etc. Concept transversal, le développement durable traverse la déclaration de politique régionale. L’économie, avec son injection à dose de cheval dans le plan Marshall rebaptisé « 2.vert » et les alliances emploi-environnement (ci-dessous), mais aussi l’aménagement du territoire où l’on parle de « gestion parcimonieuse de l’espace » et de protection du « rural non urbanisable ». L’étalement urbain et la multiplication des zonings feront place à l’assainissement et la réhabilitation des friches industrielles, à une politique de reconstruction de « la ville sur la ville », de densification des noyaux urbains.

Manière de recréer des liens sociaux, de booster les villes, de modifier les usages en matière de mobilité (réduire les déplacements et favoriser les transports en commun, le vélo et la marche).

Economie toujours : les marchés publics contiendront des critères environnementaux, sociaux et éthiques. Ils privilégieront les produits et services provenant de circuits courts, de productions locales, les matériaux, produits et techniques dont les plus respectueux de l’environnement.

Le gouvernement donnera l’exemple

Ce n’est pas le seul domaine dans lequel les pouvoirs publics promettent qu’ils montreront l’exemple. On annonce aussi des plans de mobilité pour les fonctionnaires, des économies d’énergie dans les bâtiments régionaux et locaux. Le gouvernement promet de privilégier, dans les cantines de l’administration et des organismes sous sa tutelle, les produits bio, locaux et de saison et issus du commerce équitable.

Durable aussi, la politique du logement – l’accent sur la rénovation, les économies d’énergie, sur des critères (proximité, mobilité, performance énergétique et environnementale, etc.) pour les nouveaux logements. Dans la recherche : on explorera les énergies alternatives, le captage et stockage du CO2, les critères de durabilité des agrocarburants et la production d’énergie au départ de déchets, les modes de productions, de consommation et de mobilité les plus écologiques.

Le programme annonce que les pouvoirs publics investiront progressivement une part croissante de leurs fonds dans des véhicules financiers qui répondent à des critères de durabilité environnementale, éthique et sociale (20 % en 2012, 30 % en 2014, etc.).

Le développement durable étant enfin affaire de mesurage et de pilotage, la déclaration annonce la mise au point d’« indicateurs qui permettent de mesurer le développement humain et l’empreinte écologique, afin de guider et d’évaluer l’action du gouvernement, en complément du produit intérieur brut ».

alliance verte Créer des jobs en isolant les immeubles

Le terme est désormais passé dans le langage courant. La Wallonie aussi annonce qu’elle s’y mettra : aux « alliances emploi-environnement ». Première alliance annoncée : l’énergie. L’équation : pas mal de bâtiments publics mériteraient un lifting. Et beaucoup de logements en Wallonie sont vétustes et mal isolés (70 % des logements ont plus de 40 ans, 30 % des logements wallons ne sont pas équipés de double vitrage, 55 % n’ont pas d’isolation de leur toiture). Coûteux.

Pour les propriétaires et locataires mais aussi pour l’environnement. Un gros effort pour économiser l’énergie permettrait de réduire ces factures tout en créant des emplois.

La méthode ? Le gouvernement annonce un « plan pluriannuel d’économies d’énergie et de construction durable » pour les bâtiments publics et privés, résidentiels et non résidentiels. Ce plan comportera des objectifs chiffrés et des normes en matière d’économie d’énergie (en commençant par l’isolation) et d’amélioration environnementale.

Le secteur de la construction sera-t-il en mesure de répondre aux demandes ? Cela fera l’objet d’un « contrat » avec le gouvernement en concertation avec Bruxelles, et d’une meilleure organisation de la formation et de la reconversion des travailleurs.

Il faut, dit la déclaration wallonne, « investir en priorité dans la formation aux métiers d’avenir liés à l’efficacité énergétique des bâtiments, à la construction durable, au conseil en matière énergétique et plus généralement dans les métiers liés au développement durable et aux économies d’énergie ».

Des primes de des prêts

Mais il faudra aussi que le public – propriétaires comme locataires – puisse mettre en route les travaux. Que fera-t-on ? Encourager les systèmes de tiers investisseurs et les partenariats public/privé et public/ménage. Les autorités accompagneront les ménages, surtout à bas revenus, et soutiendront les projets collectifs de rénovation. L’accès à l’information ? Il y aura des « conseillers logement » et des « conseillers énergie » dans toutes les communes. Leur mission : informer et conseiller la population à propos de leur logement (les primes, les normes, les procédures…).

Les primes ? Elles feront l’objet d’une évaluation « en fonction de leur rapport coût-gain énergétique et de leur accessibilité aux personnes les plus sensibles aux augmentations des coûts énergétiques ». Certaines d’entre elles seront modulées « en fonction des revenus et, dans la mesure du possible, de la composition des ménages ». Afin d’être sûr que l’argent est utilisé à bon escient, des primes seront conditionnées à la réalisation d’un audit énergétique. Les travaux jugés prioritaires : l’isolation, la ventilation et l’installation de systèmes de chauffage performants.

Le gouvernement annonce enfin un grand plan de rénovation énergétique dans le secteur du logement public.

L’extension du prêt à taux zéro aux travaux de réhabilitation des logements. Et, en fonction des possibilités budgétaires, une diminution des droits d’enregistrement liée à l’acquisition des maisons « basse énergie » ou « passives ».

Les alliances à venir :les écotechnologies, les énergies renouvelables, l’assainissement des friches et des sols pollués, la réduction des émissions polluante, la gestion de l’eau, le traitement des déchets, la mobilité durable, l’agro-alimentaire durable.

environnement Un effort supplémentaire pour le climat

Beaucoup de sujets, mais pas de véritable révolution dans le dossier de l’environnement, malgré l’arrivée d’Ecolo dans l’équipe gouvernementale wallonne. En matière de climat et de qualité de l’air, on notera l’engagement de réduire les émissions wallonnes de gaz à effet de serre « de 30 % d’ici 2020 et de 80 à 95 % d’ici 2050 ». A cette fin, un décret « climat » sera rédigé qui inscrira dans la législation des objectifs généraux et sectoriels de réduction des émissions, ainsi que les instruments à mettre en œuvre pour y parvenir. Ce sont surtout sur l’efficacité énergétique des bâtiments et la mobilité (réduire la demande et encourager l’utilisation des transports en commun), que les efforts porteront.

En matière de qualité de l’air, la déclaration porte l’attention sur les microparticules émises par le trafic automobile, le chauffage des bâtiments et les activités industrielles. Objectif d’ici 2020 : réduire cette pollution diffuse et des pollutions industrielles de moitié, dit le gouvernement wallon, en faisant un effort tout particulier dans les zones à risque (vieilles industries, circulation intense).

Un nouveau plan wallon des déchets

Autre objectif chiffré : 10 % de réduction de la production des déchets industriels et ménagers au cours de la législature. Les autorités wallonnes s’attelleront rapidement à la rédaction d’un nouveau plan wallon des déchets jusqu’en 2020 où l’on retrouvera le souci de réduire la montagne de déchets à sa source, de booster la réutilisation, promouvoir encore le recyclage et de limiter l’incinération. L’exécutif nouveau annonce sa volonté de poursuivre la et amplifier la politique d’assainissement et de réhabilitation des friches polluées, en privilégiant les friches de grandes dimensions. On dynamisera aussi l’assainissement et la reconversion des friches industrielles urbaines et périurbaines très peu ou pas polluées, « à potentiel de redéveloppement élevé ». Poursuite aussi du côté de l’assainissement des eaux (travaux d’égouttage, collecteurs et stations d’épuration publiques) et de la politique forestière. En matière de biodiversité, la Wallonie veut au moins doubler à l’échéance 2014 le pourcentage de la surface du territoire ayant le statut de réserves naturelles. Les associations environnementales voulaient que ce chiffre soit multiplié par huit…

On annonce enfin, « le renforcement » de la législation sur les antennes GSM : une norme de 3 volts par mètre maximum avec un « objectif-cible » de 0,6 v/m.