Développement La 3 e conférence des Nations unies sur les pays les moins avancés (PMA) se poursuit à Bruxelles Le monde bouge, les travailleurs aussi
KIESEL,VERONIQUE
Page 8
Jeudi 17 mai 2001
Développement La 3e conférence des Nations unies sur les pays les moins avancés (PMA) se poursuit à Bruxelles Le monde bouge, les travailleurs aussi
Les migrations sont-elles un frein ou un coup de pouce au développement des plus pauvres? Tant le Nord que le Sud réclament en tout cas une meilleure réglementation du phénomène.
VÉRONIQUE KIESEL
A la fin du XIXe siècle et au début de XX e siècle, près de soixante millions d'Européens ont émigré vers les Amériques, l'Australie, raconte Rubens Ricupero, le très respecté secrétaire général de la Cnuced (Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement) . Mes parents en faisaient partie: en 1890, ils ont quitté l'Italie pour le Brésil. A cette époque, les grands pays étaient heureux de recevoir des travailleurs immigrés et, souvent, ils leur facilitaient le voyage. Aujourd'hui, cela a bien changé: les nouveaux immigrés sont souvent mal reçus ...
On estime aujourd'hui à 150 millions le nombre de migrants dans le monde. Les PMA sont touchés de plein fouet par ce phénomène: des millions de personnes quittent leur pays pour fuir de mauvaises conditions de vie, à la recherche d'un travail qui leur permettra de vivre dignement. Ce phénomène aide-t-il au développement de ces pays pauvres ou, au contraire, freine-t-il leur décollage?
Dans le cadre de la 3e conférence de l'ONU sur les PMA, qui se déroule actuellement à Bruxelles, des experts venus des quatre coins du monde ont tenté de répondre à cette question et de voir comment faire rimer immigration et développement.
Une de ses conséquences à priori positive pour les régions d'origine des travailleurs, c'est l'envoi d'argent aux proches restés au pays. Dans ce cas, l'exil de travailleurs permet à la fois de soulager leur pays d'une partie de la pression démographique, mais aussi de faire tourner l'économie locale. Au Mali par exemple, les émigrés envoient chaque année une somme totale de près de 110 milliards de dollars, soit 4,42 % du Produit national brut. En Erythrée, ce sont 141 milliards de dollars qui arrivent ainsi, 23,4 % du PNB!
Mais ces envois d'argent font parfois du dégât. Ils peuvent entraîner une hausse artificielle des prix, qui relance l'inflation , dit Manolo Abella, de l'Organisation internationale du travail.
Ces virements créent un fossé entre ceux qui ont de la famille à l'étranger et les autres. Ces effets peuvent se cumuler aux conséquences premières de l'émigration: dans certaines régions, le départ massif de la main-d'oeuvre à l'étranger a quasi réduit à néant l'agriculture.
«Le départ des meilleurs
ingénieurs nuit
au développement »
Il poursuit: Et le départ des meilleurs médecins et ingénieurs est dommageable pour le développement de ces pays. Et l'émigration, qui disloque souvent les familles, a un coût social élevé.
Du côté des pays industrialisés qui accueillent ces immigrants, la réalité n'est pas non plus toujours idyllique. Dans les pays du Nord, reconnaît le secrétaire d'Etat belge à la coopération au développement, Eddy Boutmans, on parle surtout de la migration illégale, qui est refusée par la classe politique. Certains souhaiteraient d'ailleurs que la coopération au développement se transforme en un outil de prévention de l'immigration. Je ne suis pas du tout d'accord avec cette façon de voir. La coopération ne doit pas servir à résoudre nos problèmes mais ceux des pays en développement. Il ne faut pas oublier non plus que l'immigration «légale» contribue à la richesse de notre pays, même si ces travailleurs immigrés connaissent parfois des problèmes d'exclusion. Il faudrait mieux les intégrer. Ils pourraient notamment jouer un rôle important dans notre coopération dans leur pays d'origine.
La France a, elle, déjà commencé à intégrer ses immigrés dans du codéveloppement. Des accords ont déjà été passés en ce sens avec le Maroc, le Sénégal, les Comores et le Mali. Dans ce dernier pays, les émigrés en France ont mis sur pied avec succès de véritables projets locaux de développement avec l'aide d'ONG françaises.
Enfin, tant les pays du Nord que ceux du Sud réclament une régulation de l'immigration, pour éviter aux travailleurs du Sud de se faire exploiter de façon indigne, et aux pays du Nord de se retrouver avec une population marginale. L'Organisation internationale pour les migrations a d'ailleurs établi des propositions d'action allant dans ce sens.
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