Ce que les migrants apportent

KIESEL,VERONIQUE

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Mardi 6 octobre 2009

Développement Le rapport du Pnud fait un sort à pas mal d’idées reçues

Dans nos pays du Nord, l’immigration n’a guère la cote ces temps-ci, le migrant étant surtout considéré comme une source de problèmes. Le Pnud (Programme des Nations unies pour le développement) a donc décidé de placer l’édition 2009 de son Rapport sur le développement humain – Lever les barrières : mobilité et développement humain – sous le signe de la migration. Avec une question majeure : l’immigration permet-elle d’augmenter le développement humain dans le pays de départ et/ou dans le pays d’arrivée ? Les réponses apportées sont souvent décoiffantes et bousculent les idées reçues.

Exemples. Alors que les pays développés ont l’impression d’être envahis, le rapport précise que la plupart des migrants ne franchissent pas les frontières nationales mais se déplacent à l’intérieur de leur pays. On estime qu’il y a 740 millions de migrants internes, soit plus de trois fois le nombre de migrants internationaux. Et parmi ces migrants internationaux, moins de 30 % se déplacent d’un pays en développement vers un pays développé.

Autre perception fausse : les migrants développent l’activité économique dans leur pays d’accueil et donnent plus qu’ils ne reçoivent : le taux d’emploi augmente sans encombrer le marché du travail local. Ainsi, en gardant les enfants de familles locales, les femmes migrantes facilitent le retour à l’emploi des mères de jeunes enfants

Par ailleurs, après étude, il apparaît que les gains pour les migrants peuvent être immenses : les migrants issus des pays les plus pauvres ont, en moyenne, vu leur revenu multiplié par 15, leur taux de scolarisation a doublé et leur mortalité infantile est divisée par 16 après une migration vers un pays développé.

La migration apporte aussi de solides bénéfices au pays de départ : l’envoi d’argent par le migrant améliore la vie de sa famille, et le migrant apporte souvent des idées neuves, des connaissances et des pratiques positives à son pays d’origine. Les femmes gagnent par exemple en autonomie et en taux de scolarisation.

Mais la migration n’est cependant pas la panacée : « La migration peut profiter à ceux qui partent comme à ceux qui restent, souligne Jeni Klugman, directrice du rapport du Pnud. Cependant, la migration ne saurait être la seule stratégie nationale pour accélérer le développement humain. Les pays doivent continuer à supprimer les obstacles au développement humain national, et la migration être perçue comme une éventualité dans le cadre d’une approche globale. »

Beaucoup estiment par ailleurs que la migration de travailleurs qualifiés – professeurs, médecins, etc. – prive les pays en développement de leurs meilleurs atouts. Ce n’est pas faux, mais cette migration est le symptôme et non la cause des problèmes. Au lieu de vouloir limiter cette « fuite des cerveaux », le mieux, estime le Pnud, serait de résoudre les problèmes structurels tels que le faible niveau des salaires ou la fragilité des institutions.

Mais la migration a aussi ses mauvais côtés : le candidat migrant est souvent appelé à faire d’importantes dépenses financières pour réussir à émigrer, et son départ peut être la source de nombreuses incertitudes et d’une séparation familiale.

Sans défendre une libéralisation à tous crins de la migration internationale, ce rapport du Pnud estime qu’il serait judicieux d’augmenter l’accès aux secteurs ayant une forte demande de main-d’œuvre, y compris pour des emplois peu qualifiés, et ce surtout dans les pays à la population vieillissante.

De plus, en facilitant l’accès et en diminuant le coût des démarches et des documents nécessaires, les pays du Nord pourraient enrayer les flux de migrants irréguliers, puisque les voies légales seraient plus simples et moins chères.

La Belgique garde son rang mais est en perte de vitesse

La Belgique figure au dix-septième rang mondial de l’indicateur de développement humain du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), conservant ainsi la même place que l’an dernier. Si la Belgique reste l’un des pays au monde où le développement humain est le mieux garanti (notamment en matière d’égalité des sexes), le Pnud s’inquiète toutefois de l’évolution qualifiée d’« inquiétante » sur le long terme.

« Entre 2000 et 2007, la Belgique a connu, avec une hausse de + 0,13 % par an, la plus faible progression des pays de l’OCDE en matière de développement humain, juste devant les Etats-Unis », souligne Marc Destanne de Bernis, conseiller du Pnud à Bruxelles. En 1980, la Belgique occupait encore le douzième rang mondial en matière de développement, contre le dix-septième aujourd’hui.

Mis au point par les Nations unies, l’indicateur de développement humain (IDH) entend définir le bien-être global d’une population, en croisant diverses données comme son espérance de vie, son alphabétisation, son niveau de scolarisation, ou le PIB par habitant notamment (voir infographie).

Consacré cette année à la migration, le rapport du Pnud sur le développement humain souligne, pour la Belgique, les bénéfices liés aux flux entrants. « Seule l’immigration permet aujourd’hui à la Belgique d’accroître sa population », rappelle ainsi M. Destanne de Bernis.

Sur les 971.000 étrangers présents sur notre territoire, deux tiers sont des Européens, 14 % étant originaires d’Afrique. L’étude montre que les étrangers vivant en Belgique sont en moyenne mieux formés que la population locale, 31 % ayant fait des études supérieures, contre 27 % seulement parmi la population locale. (b)