Dexia : 12 milliards de pertes

THOMAS,PIERRE-HENRI

Page 19

Mardi 21 février 2012

Finance 2011 a été une « annus horribilis » pour le groupe

Dexia SA, l’ancienne maison mère de Dexia Banque (qui n’a plus rien à voir avec elle puisque la banque belge est désormais aux mains de l’Etat), doit dévoiler jeudi ses résultats 2011, l’année « horribilis » au cours de laquelle le groupe a été obligé de se saborder, vaincu par la crise de la zone euro. Le quotidien français Les Echos a divulgué à la grosse louche les chiffres que Dexia devrait publier cette semaine. Ils sont impressionnants : le groupe franco-belge devrait en effet boucler l’an dernier sur une perte abyssale de 12 milliards d’euros !

Ce n’est toutefois pas une réelle surprise. Déjà, dans un communiqué publié le 9 novembre, et qui se rapportait aux comptes du groupe à l’issue des trois premiers trimestres de l’an dernier, Dexia annonçait la couleur : le groupe franco-belge avouait que les divers éléments exceptionnels qui l’avaient secoué aboutissaient, après neuf mois, à un impact négatif de 10,5 milliards d’euros.

Il s’agissait surtout de 4 milliards sur la vente de Dexia Banque, 2,7 milliards de dépréciation sur son portefeuille d’obligations grecques et 3,6 milliards sur des cessions d’actifs (des ventes de portefeuille obligataires et des produits financiers aux Etats-Unis), plus l’une ou l’autre dépréciations d’actifs supplémentaires.

Mais depuis septembre, les pertes grecques se sont encore alourdies puisque l’on parle d’une décote de 70 à 80 % sur les titres grecs, et non plus de 55 % comme cela avait été calculé fin septembre.

Des pertes aggravées aussi par le fait que Dexia SA s’est engagé dès l’an dernier dans la cession de la BIL, sa filiale à Luxembourg, et de DexMA, une importante société en France (le véhicule de refinancement des prêts aux collectivités). Ces deux ventes sont encore loin d’être finalisées (de même d’ailleurs que celle de la filiale turque Denizbank) mais les normes comptables imposent déjà à Dexia d’acter la probable moins-value d’un milliard d’euros sur DexMA. Faisons le compte : 4 milliards sur Dexia Banque, 3,6 milliards sur les cessions d’actifs, 3,5 milliards sur la Grèce et 1 milliard sur DexMA : on atteint bien les 12 milliards.

D’où une question posée par certains analystes : Dexia devra-t-il se recapitaliser ? A fin septembre, avec 10,5 milliards de pertes, Dexia avait calculé que ses fonds propres réglementaires atteignaient encore 9 milliards d’euros, et ses fonds propres selon les normes comptables internationales IFRS chutaient à 1,1 milliard. Si jamais ceux-ci devaient tomber à zéro, ne faudrait-il pas convoquer une assemblée d’actionnaires et décider de remettre de l’argent dans Dexia ?

Certaines sources estiment qu’on ne devrait pas en arriver là. Mais des analystes s’interrogent : « Avec une action qui se traite à 30 cents (la capitalisation boursière de Dexia est d’environ 600 millions d’euros aujourd’hui, NDLR) s’il fallait remettre 2 milliards au capital, les actionnaires seraient fortement dilués, » note Dirk Peeters, analyste auprès de KBC Securities.

Quant aux actionnaires, à quelques heures de la publication des résultats, ils ne désirent pas commenter. « Cette information sur la perte de Dexia n’est pas officielle. Dexia est une société cotée. Nous sommes tenus au secret », précise le porte-parole du ministre des Finances Steven Vanackere.

Les chiffres

D’où vient l’essentiel des pertes de Dexia ?

La vente de Dexia Banque

L’achat par l’Etat belge de Dexia Banque aboutit à une perte de 4 milliards : Dexia Banque avait en effet 8 milliards de fonds propres et l’Etat l’a achetée 4 milliards.

Les cessions d’actifs

En mai dernier, Dexia avait décidé d’accélérer la vente de certains actifs : la cession de son portefeuille de produits financiers américains s’est soldée par une perte de 1,9 milliard, à laquelle il faut ajouter 1,7 milliard de provisions sur d’autres cessions.

La Grèce

Dexia SA, hors Dexia Banque, détient 2,9 milliards d’euros d’obligations grecques, sur lesquelles le groupe devrait prendre environ 75 % de pertes (2,2 milliards). Mais il faut y ajouter le coût consécutif au débouclage des instruments dérivés qui couvraient le risque de taux sur ce portefeuille. Ce qui devrait porter la perte totale sur la Grèce à environ 3,5 milliards d’euros.