Dexia sera recapitalisé pour le 7 novembre

THOMAS,PIERRE-HENRI; DEMONTY,BERNARD

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Mercredi 31 octobre 2012

Banques France et Belgique négocient encore pour trouver un accord

Le gouvernement abordera le dossier Dexia ces prochaines heures. Certes, les négociations ne sont pas terminées entre la France et la Belgique sur ce sujet délicat. Mais « cela urge ». D’ici au 7 novembre, la France et la Belgique doivent en effet avoir conclu un accord sur une nouvelle recapitalisation du groupe (après celle intervenue en octobre 2008), pour un montant qui devrait être compris entre 5 et 7 milliards d’euros. « Une décision sera prise avant la fin de la semaine prochaine », confirme une source gouvernementale.

1Pourquoi cela urge-t-il ? « Si l’on veut encore avoir une maîtrise sur le processus, il faut en effet prendre une décision avant le 7 novembre », dit une source proche du dossier. Dexia est en train de clôturer ses comptes du troisième trimestre. Ils seront présentés ce 7 novembre au conseil d’administration et publiés le lendemain. Des comptes qui, très vraisemblablement, seront à nouveau dans le rouge : Dexia a vendu des filiales avec pertes au cours des derniers mois, et continue à devoir payer assez cher (500 millions d’euros par an) pour bénéficier de la garantie des Etats. Or, au fil des mois, les fonds propres du groupe se délitent. Les capitaux propres de Dexia maison-mère sont passés de 19,2 à 2,7 milliards d’euros entre fin 2010 et fin 2011. Et au niveau groupe, les fonds propres totaux sont devenus négatifs (- 2,3 milliards au 30 juin). Car lorsque ces derniers mois Dexia a vendu ses filiales, le groupe a, presque à chaque fois, acté des pertes.

Les réviseurs qui doivent valider les comptes sont également mal à l’aise sur la valorisation de DCL, la filiale française. Elle est inscrite pour 5 milliards dans les livres. Mais que vaut-elle ?

Et puis, cette recapitalisation est aussi un des éléments essentiels du plan que Dexia doit présenter à la Commission européenne. « Imaginer que l’on arrivera à conclure un accord global sur la restructuration du groupe avec la Commission sans renforcement de capital serait naïf », avait d’ailleurs déclaré notre ministre des Finances Steven Vanackere à la fin du mois d’août.

Aujourd’hui, les actionnaires n’ont donc plus le choix : il faut soit « remettre au pot », soit liquider la société. Et une liquidation serait catastrophique car les créanciers se retourneraient contre les Etats qui ont garanti Dexia. Actuellement, la France et la Belgique y sont pour environ 74 milliards d’euros (20 milliards d’anciennes garanties datant de 2008 et 54 milliards sur les garanties octroyées en 2011).

2De combien Dexia a besoin ? Entre 5 et 7 milliards d’euros, disent plusieurs sources.

Pourquoi ne peut-on pas être plus précis à ce stade ? Parce que la France et la Belgique négocient encore, et que le montant définitif dépendra de l’issue de ces négociations.

On discute encore du coût des garanties définitives que les Etats vont octroyer au groupe. Aujourd’hui, Dexia ne peut pas être bénéficiaire parce que pour bénéficier de cette garantie, il doit dépenser 500 millions d’euros par an.

Si Dexia ne doit plus payer beaucoup pour ses garanties, et si les marchés se normalisent, le groupe pourrait retrouver le chemin des bénéfices. Ces bénéfices seraient utilisés pour conforter son capital au fil des ans. Mais si Dexia doit payer plus pour ses garanties, cette capacité bénéficiaire disparaît. Il faudrait donc mettre davantage au départ…

3Ce qui coince Le calendrier devient pressant, mais les négociations entre le trésor belge et français sont loin d’avoir abouti. « Je crois que nous devrions avoir un accord au finish, juste avant le conseil du 7 novembre, » pronostique une source proche des négociations.

Plusieurs points ne sont toujours pas tranchés. Les garanties, d’abord. La Belgique avait, lors du sauvetage de Dexia en octobre 2011, accepté de supporter l’essentiel de la charge (60,5 % du total des garanties, soit 54 milliards sur 90 milliards d’euros). Mais notre pays n’est plus partant pour se mettre un tel poids sur le dos. Le coût de ces garanties et le montant total dont Dexia a besoin (est-ce 90 milliards, ou un peu moins ?) sont également un sujet de friction entre la France et la Belgique.

Et la cession de DexMA (le véhicule de refinancement des prêts aux collectivités françaises) est aussi un point sensible. Car dans cette opération, Dexia conserverait les crédits toxiques (environ 12 milliards d’euros) qui commencent à mal tourner. Certaines communes refusent de payer, d’autres vont en justice. Comment répartir ce risque entre Dexia, la France et la Belgique. Est-ce que l’Europe consent à ce que Dexia puisse proposer à ces communes de remplacer ces crédits par d’autres moins dangereux ?

On le voit, beaucoup de questions doivent encore être tranchées d’ici à la fin de la semaine prochaine. Mais dans une semaine, Dexia devrait être recapitalisé.

P.5 Les autres discussions budgétaires

en pratique

Hausse de la dette en vue

Le gouvernement s’apprête à injecter des montants importants dans Dexia. Une tuile pour les travaux budgétaires ? En théorie, oui : le gouvernement fédéral cherche actuellement 3,7 milliards d’euros pour boucler son budget 2013. Cette nouvelle ardoise tombe donc au plus mauvais moment. En pratique toutefois, cette opération n’aura pas d’impact sur le budget car l’Etat va emprunter pour financer son investissement. « Il ne faudra donc pas trouver 6 à 10 milliards en plus des 3,7 », dit une source gouvernementale. Pour autant, ce n’est pas une bonne nouvelle pour les finances publiques : le taux d’endettement de la Belgique est déjà l’un des plus élevés d’Europe. Il est proche des 100 % du produit intérieur brut. Dans quelques jours, cet endettement, actuellement de 367 milliards d’euros, va encore s’alourdir.