Di Grégorio, le mouton noir de Cofidis

GHERAILLE,JEAN-MARC

Mercredi 11 juillet 2012

La journée de repos ne l’a pas été. La traditionnelle agitation des rendez-vous familiaux et médiatiques a été balayée par l’affaire Di Grégorio. Un coureur interpellé dans son hôtel par la gendarmerie et mis en examen pour suspicion de dopage, ce n’est pas si courant.

Paradoxalement, les suiveurs du Tour de France appréhendent toujours avec une pointe d’inquiétude une journée de repos. Non pas par peur de perdre le rythme ou la crainte de la page blanche mais parce que, ces dernières années, ces journées prétendues plus relax ont régulièrement été chahutées par des affaires ou des rumeurs de dopage. Et cela n’a pas loupé.

En 2008, c’était la double affaire Rasmussen-Vinokourov, finalement tous les deux exclus avec armes et bagages. Depuis le début du Tour, nous avons déjà eu droit aux relents de l’affaire Armstrong et des accusations de l’USADA, puis le prêt curieux de Vinokourov à Kolobnev durant Liège-Bastogne-Liège 2010. Et voilà maintenant un… dopé. En tout cas, un coureur fortement suspecté de se charger.

Hier, alors que les nuages ont longtemps menacé avant d’arroser les splendides coteaux du Mâconnais, c’est donc l’équipe Cofidis qui s’est retrouvée comme épicentre du jour. « A l’insu de son plein gré. » En effet, même si le coureur français Rémy Di Grégorio a été interpellé à son hôtel, mardi matin, à Bourg-en-Bresse, l’affaire n’a a priori rien à voir avec le Tour de France 2012. Sauf que sa caisse de résonance en fait une affaire d’Etat et très médiatisée. Visiblement dans le viseur de la juge d’instruction marseillaise (NDLR : sa ville d’origine) Annaïck Le Goff depuis des mois, l’ancien grand espoir français a été emmené dare-dare et manu militari vers Marseille et l’Office central contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique. Autrement dit ceux qui chassent les trafiquants de produits dopants.

On ne peut pas dire que Rémy Di Grégorio (27 ans), un grimpeur en très nette perte de vitesse, survole la Grande Boucle. Totalement anonyme, peut-être envisageait-il un coup lors des étapes de montagne et avait-il besoin d’un « petit remontant ». Selon des sources judiciaires, la formation Cofidis, à laquelle appartiennent les Belges Zingle et Ghyselinck, n’est pas concernée par l’affaire. Elle a évidemment suspendu de manière préventive (mais sans doute rapidement définitive) Di Grégorio qui touche 250.000 euros par an.

« Consternation, stupeur et colère sont les premiers mots qui me sautent à l’esprit, a déclaré Yvon Sanquer, le manager de l’équipe Cofidis. Consternation car tous nos coureurs sont affectés par la nouvelle, stupeur car même si on sait que cela se produit, c’est toujours choquant et colère car c’est un gâchis pour lui, pour l’équipe et pour le partenaire qui vient de se réengager jusqu’en 2016. Il s’agit d’une démarche personnelle qui ne remet pas en cause l’éthique de l’équipe, ni sa présence au départ de mercredi. »

L’enquête remonterait à la saison dernière lorsqu’il officiait sous les couleurs d’Astana. Une rumeur circulait hier sur une perquisition en cours dans l’hôtel de l’équipe kazakhe, mais il n’en a rien été. Une réalité : deux autres acteurs, sans doute les fournisseurs indélicats, ont aussi été mis en garde à vue pour 48 heures à Marseille.

Le cyclisme doit continuer à chasser ceux qui n’ont toujours pas compris. Christian Prudhomme, le patron du Tour, abondait dans ce sens : « Le message est clair à ceux qui pensaient que la lutte contre le dopage perdait de sa vigueur : les instances ne relâchent pas l’effort, ni l’UCI, ni l’Agence française antidopage, ni les autorités de santé publique. Ceux qui trichent se font prendre tôt ou tard et ça nous va très bien. A priori, c’est un cas isolé, donc son équipe ne subira aucune sanction. »

réaction

Romain Zingle : « C’est un bon mec »

Après une sortie matinale de deux heures, le Belge Romain Zingle, équipier du Français chez Cofidis, a été convoqué à une réunion de crise dans l’hôtel. « On n’était au courant de rien, dit-il. Rémy Di Grégorio n’avait pas pris part à l’entraînement avec le groupe mais cela arrive de temps en temps. On nous a appris qu’il s’était fait prendre par la police, tout seul, en dehors de l’hôtel. Les médecins et les directeurs sportifs de l’équipe vont être convoqués, mais on n’en sait pas plus. On s’informe grâce à la télévision et à Internet. » Le cycliste wallon de 25 ans n’a pas vu un seul policier de la journée. Il n’a pas été contrôlé et sa chambre n’a pas été fouillée.

« Apparemment, ça s’est passé dans un contexte extérieur à l’équipe. Les autorités le suivaient depuis plusieurs mois après son départ d’Astana. Je ne comprends pas trop, Rémy est un bon mec, j’ai encore rigolé avec lui lors du souper de lundi soir. Et là, il pourrait être suspecté de dopage. Je suis sous le choc, comme tout le reste de l’équipe. On a vraiment le moral dans les chaussettes. Ce mercredi, ça va être difficile, notamment avec les médias. Et aussi avec les spectateurs ou les regards d’autres coureurs. »