DIAGONALE Des caves dans les combles d'Electrabel pendant la Fête nationale

CONDIJTS,JOAN

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Mercredi 25 août 2004

DIAGONALE

Des caves dans les combles d'Electrabel pendant la Fête nationale

Bruxelles, mercredi 21 juillet 2004. Alors que les derniers patriotes battent les pavés du quartier royal, encore éblouis par les prouesses pyrotechniques de la Fête nationale, sur les toits de l'îlot situé derrière le palais du Roi, deux ombres se glissent dans la nuit. Les deux hommes ont profité d'un échafaudage de la rue de Namur pour gagner le haut des bâtisses. Parmi les immeubles qui forment le quadrilatère bordé par le boulevard du Régent à l'est, la rue de la Pépinière à l'ouest et la place du Trône au nord, figurent les sièges de Tractebel et d'Electrabel. Les individus ont jeté leur dévolu sur le second...

Leur escalade les conduit, en effet, à s'introduire par effraction au dernier étage du centre névralgique de l'électricien belge. Le huitième. Le niveau de la direction générale. Les deux individus en ressortent avec trois ordinateurs « portables » sous les bras. Et s'évanouissent dans la cité.

Mardi 22 juillet, vers 7 heures du matin. Les préposés à la sécurité du bâtiment d'Electrabel découvrent les traces de l'effraction nocturne. La police de Bruxelles est prévenue et une patrouille se rend sur les lieux. Opportunément. Sur les toits, les enquêteurs retrouvent une carte d'identité... Quatre heures plus tôt, à trois heures et demie, des policiers surprenaient deux individus en pleine tentative de vol dans la rue Philippe de Champagne, une artère proche de la place Rouppe. Deux suspects « mis au frais » jusqu'à l'aube. Et jusqu'à la trouvaille sur les toits d'Electrabel : vérification faite, la carte d'identité perdue appartient à l'un des deux hommes de la rue Philippe de Champagne.

Les deux suspects, déjà connus des services de police, ont été déférés au Parquet, entendus et remis en liberté. L'enquête suit aujourd'hui son cours. Et une plainte a été déposée par Electrabel.

A priori, un cambriolage banal. Sinon qu'il intervient dans une période encore marquée par l'« Electragate » : en février dernier, Jean-Pierre Hansen, président du conseil d'administration d'Electrabel et directeur général des opérations du groupe français Suez (la maison mère de l'électricien belge), introduisait, en soirée, trois spécialistes du « dépoussiérage » (recherche de micros) et des tests d'intrusion informatique. A l'insu de Willy Bosmans, le patron d'Electrabel. Pourquoi ? Selon M. Hansen, l'opération visait à protéger les intérêts de l'entreprise dans la perspective d'une menace d'OPA de l'espagnol Iberdrola sur Suez. Le hic ? Les « plombiers » auraient outrepassé leur ordre de mission. Simple dérapage ou « exercice » téléguidé ? Acte illégal ? L'enquête est en cours. Et une commission rogatoire avait été envoyée à Paris en avril dernier : Gérard Mestrallet, patron de Suez, avait été entendu par les policiers belges.

Existe-t-il un lien entre les visites nocturnes de février et de juillet ? Improbable. Mais l'incident dérange Electrabel qui a décrété un black-out sur le sujet. Pas de commentaires, nous répond d'ailleurs le boulevard du Régent...

JOAN CONDIJTS