H & M et Levi Strauss bannissent le sable (et la silicose) de leurs jeans

PADOAN,BERNARD

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Jeudi 9 septembre 2010

Les grands fabricants de vêtements et les chaînes de distribution sont régulièrement pointés du doigt pour les conditions de travail dans lesquelles sont produits chemisiers, chaussures, robes ou pantalons qui garnissent les rayons des surfaces commerciales de ce côté-ci de la planète. Dans les ateliers des pays les plus pauvres, les petites mains de l’industrie de l’habillement triment dur, et pour des salaires de misère, sans qu’il soit fait grand cas de leur santé.

Ainsi, ils étaient nombreux les travailleurs qui avaient maudit les « créateurs » de mode occidentaux qui avaient mis au goût du jour, il y a quelques saisons de cela, les jeans « délavés ». La Turquie s’était fait une spécialité de l’opération qui consiste à projeter du sable sous haute pression sur le tissu pour le blanchir artificiellement. De la silice cristalline respirée en grandes quantités par les ouvriers du secteur, et qui a provoqué d’innombrables cas de silicose (comme au bon vieux temps des mines de charbon…) chez les ouvriers turcs, une maladie entraînant la détresse respiratoire et, dans les cas les plus sévères, la mort. Certes, Ankara avait interdit ce procédé de fabrication sur son territoire en 2009. Mais la production s’était aussitôt déplacée vers des pays moins regardants : Bangladesh, Pakistan, Egypte ou Chine.

C’est donc avec soulagement que la Fédération Internationale des Travailleurs du Textile, de l’Habillement, de la Chaussure et du Cuir a accueilli l’annonce faite mercredi par la chaîne suédoise H & M et le fabricant américain Levi Strauss, deux géants, qu’ils renonçaient à commercialiser des jeans « sablés ». Une décision rare pour des groupes tiraillés entre la maximisation du profit et le souci de projeter une image « éthique ». Les deux groupes ont appelé leurs concurrents à se joindre à leur mouvement, en recourant à des techniques alternatives (comme l’utilisation de lasers). Les esprits les plus critiques diront que le moment est d’autant mieux choisi pour jouer les entreprises responsables que les créateurs ont décidé de jeter le « délavé » aux orties : aujourd’hui, le jeans se doit d’être porté bleu foncé et si possible agrémenté de trous.