Dialogues du Dom Juan *Théâtre de la Vie Une épure dialectique centrée sur les dialogues du Dom Juan
FRICHE,MICHELE
Page 38
Mercredi 10 novembre 2010
Une épure dialectique centrée sur les dialogues du Dom Juan de Molière : le nouveau spectacle de Claudia Gäbler et d’Herbert Rolland, sur un tréteau nu raffiné dans le traitement de la lumière et du son, repose sur trois comédiens gourmands du texte de molière, hors de la sphère psychologique, dont un excellent Dominique Rongvaux.
Dans un même immeuble, trois femmes, qui ne se connaissent pas, aiment le même homme. Trois générations différentes (50, 30 et 20 ans) qui vont entrer en guérilla par e-mails interposés. Intelligente, drôle et touchante, cette comédie mise en scène par Daniel Hanssens dissèque la jalousie, sentiment paradoxal qui ronge autant qu’il exalte. 80 minutes de bonheur.
Un savoureux spectacle des Royales marionnettes, remettant le mythe du grand homme à sa juste place avec l’aide d’un Tchantchès qui prend soudain conscience de l’horreur des croisades. Hilarant, ce spectacle iconoclaste ne cesse de surprendre, grâce à la mise en scène de Bernard Massuir et au formidable bagout des deux interprètes, Didier Balsaux (coauteur et sculpteur des marionnettes) et Mélanie Delva. Dès 11 ans.
Présentée en 1988 à l’Atelier Sainte-Anne, couverte de prix, la Tragédie comique est de retour. Yves Hunstad y campe un personnage de théâtre qui a bien de malheurs avec l’acteur chargé de l’interpréter. Seul sur scène, il est tantôt le personnage, avec son nez de théâtre, tantôt l’acteur au visage démasqué. Il fait vivre le Grand Hasard, l’Enfance, la dame du 3e rang, le chef indien, le diable, les aiguilles du temps, la physique et même l’Amour.
Dans la salle, le public rit, le public pleure. Et quand il sort du théâtre, il en est tout chaviré
Dans la pure tradition des Baladins, c’est en musique et avec des moyens sans prétention mais non sans magie que se déploie une soyeuse balade au pays d’histoires ancestrales, inspirées des contes de Gougaud. On y croise des lutins magiciens, des bossus têtus, des grenouilles boulimiques et bien d’autres créatures réjouissantes, souvent hilarantes.
Dans un subtil équilibre entre réel et fiction, jouant magistralement avec les codes du théâtre et de la représentation, voici une fable terrible, où l’imaginaire des protagonistes prend corps sur le plateau. Sans jugement ni morale, Le chagrin des ogres nous plonge au cœur du malaise adolescent, qui n’est jamais que le reflet du malaise d’une société toute entière. Un bouleversant spectacle de Fabrice Murgia, porté par trois jeunes comédiens magnifiques.
Adaptée du roman de la Suédoise Katarina Mazetti, cette comédie romantique papillonne avec légèreté pour conter l’histoire d’amour entre deux êtres que tout oppose, une bourgeoise citadine et un agriculteur peu doué pour les mondanités. Le sujet est bateau mais le jeu naturel des comédiens et la mise en scène vitaminée en font un moment frais et croustillant comme tout.
Seule en scène, Jamila Drissi s’est inspirée de sa mère, héroïne ordinaire d’une cité du Borinage, pour dessiner une pièce touchante, loin de tout misérabilisme, hommage à toutes ces mères qui ont connu l’exil et choyé leurs enfants malgré la misère. Envoûtante, la comédienne incarne une douzaine de personnages.
Orson Welles ? Un rôle à la mesure de la carrure et de la faconde d’Armand Delcampe : Le voici, dans la pièce de Richard France, le lendemain de ses 70 ans, en quête de fonds pour terminer son film Don Quichotte, réduit à enregistrer des pubs : 24heures en studio, rebobinant ses souvenirs, en tête à tête avec son technicien (excellent Alain Eloy) qui lui recompose sa voix d’antan. Coups de gueule, sursauts d’orgueil, de lassitude, de compassion. De beaux éclats d’acteurs.
Un duel non-moucheté, un débat de choix de vie entre un père, immigré, athée, intégré à l’Occident, et son fils, né chez nous, adepte d’un Islam militant : sans manichéisme, avec un peu de didactisme, deux hommes s’affrontent. Et derrière les mots qui mêlent poésie orientale et sarcasme violent, surgissent deux êtres blessés. Une très belle écriture et interprétation d’Hamadi et de son fils Soufian El Boubsi.

