Diana : comment expliquer l’inexplicable ?

n.c.

Jeudi 24 mai 2012

Le meurtre de Diana, étranglée et découpée par sa mère, a plongé la Belgique dans l’horreur. Entre problème psychologique et souffrance, le psychiatre Gérald Deschietere avance des pistes et pointe la rareté de lieux « où déposer la détresse humaine ».

Éviter qu’un tel drame se reproduise nécessite de le comprendre et surtout de « ne pas s’exonérer de nos tendances au mal sur autrui » explique Gérald Deschietere, chef du service psychiatrie d’urgence et de crise à Saint-Luc. « Ces pulsions peuvent être présentes en chacun d’entre nous sans que nous le sachions ou sans bien évidemment que nous agissions. »

Peut-on prévenir un tel acte ? « Aucune explication causaliste univoque ne tient face à l’infanticide » explique le psychiatre. « Il s’agit de pouvoir repérer des fragilités, biographiques, sociales, qui ne déterminent pas nécessairement un « futur » passage à l’acte. » S’il est impossible de prédire ce type de comportement, une personne peut tout de même être hospitalisée sans son consentement. « Si nous estimons que cette personne répond aux critères de la loi pour être privée de liberté en vue de soins » précise Gérald Deschietere qui pourtant « refuse un contrôle systématique de la santé mentale de tous les parents. Ce serait une atteinte grave à la liberté et selon moi, en plus inefficace. »

Après le drame Lhermitte, la Belgique est de nouveau sous le choc. Gérald Deschietere précise toutefois qu’ » il n’y a pas de plus en plus de « cas » similaires. Le nombre d’infanticide n’augmente pas. » Néanmoins, le psychiatre estime qu’« il faut arrêter de penser que tous les parents souhaitent tout le temps le meilleur pour leurs enfants. Ce n’est pas toujours le cas. Et il faut pouvoir accueillir ce genre de propos sans vouloir « enfermer » tout le monde. Là est le défi. » Un défi qui dépasse les prérogatives de l’hôpital. « Nous croyons à des réponses techniques alors que prendre soin des enfants, c’est prendre soin du temps de travail, des crèches, des transports en communs. C’est une politique plus large que celle fixée sur un objectif précis. C’est l’intérêt commun. Je vois en salle d’urgences psychiatriques beaucoup de situations où il ne s’agit pas de psychiatrie mais de détresse humaine. Et les lieux pour déposer cette détresse semblent se restreindre ». Face à la solitude et la souffrance, Gérald Deschietere rappelle que les citoyens peuvent avoir un rôle thérapeutique. « Concrètement, ils peuvent tout et rien à la fois : offrir du temps et un regard à ceux qui semblent ne pas être bien. »

Jennifer Fileccia (St.)