DIEN BIEN PHU: COMME DANS UN LIVRE D'HISTOIRE

BRADFER,FABIENNE

Page 8

Mercredi 20 mai 1992

«DI EN BI EN PHU»

Comme dans un livre d'Histoire

Aux abords d'un camp retranché d'une des collines de Diên Biên Phu, le 13 mars 1954 à 17 heures, une demi-heure avant que le Vietminh ne déclenche la bataille qui durera 57 jours: un petit groupe de soldats français commandé par un sergent (Luc Lavandier), attend. Un caporal (François Négret) s'assied près deux. Au même moment, à Hanoï, un journaliste et romancier (Donald Pleasence) cherche un scoop... C'est à ce moment d'histoire que le cinéaste-écrivain Pierre Schoenderffer, ancien combattant et prisonnier de Diên Biên Phu, donne rendez-vous.

Schoenderffer, qui a consacré une grande part de son oeuvre à ce conflit («317e section», «Crabe-Tambour»), n'omet aucun détail. Avec la précision de l'historien et le ton didactique d'un prof', il conte, heure par heure le déroulement des événements. Les images défilent, la bataille se précise comme dans un livre d'histoire. Tout est là, la guerre, l'honneur, l'horreur. Pourtant, ce conflit nous échappe car le cinéaste ne traduit ni la folie, ni le dérisoire de cet engagement humain. Et l'âme des soldats, héros d'une cause perdue d'avance, reste insaisissable, évaporée dans une orchestration à grand spectacle.

Voulant dresser un hymne à l'honneur, Schoenderffer a essayé de donner une dimension humaine à son film mais son manque d'audace et son goût des conventions l'ont empêché de nous livrer le principal: le mélange d'absurdité, d'imbécillité et de courage.

F. B.