DIVERGENCES A LA COMMISSION D'ENQUETE PARLEMENTAIRE:RECENSEMENT OU COMBAT? UN CENTRE D'INFORMATION SUR LES SECTES?

VANDEMEULEBROUCKE,MARTINE

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Samedi 8 juin 1996

Divergences à la commission d'enquête parlementaire : recensement ou combat ?

Un centre d'information sur les sectes ?

Comment réagir face au phénomène des sectes ?

Poser la question, c'est une fois encore devoir partir d'une définition des sectes et de leur dangerosité sociale. Et, comme ont pu le constater les députés membres de la commission d'enquête parlementaire, les approches des experts invités à témoigner sont parfois très différentes tant sur le plan méthodologique que philosophique.

Le professeur De Dobbelaere (KUL) a un point de vue assez proche d'Anne Morelli : les religions sont des sectes qui ont réussi. Autrement dit, toute définition des sectes (comme a tenté de le faire le Parlement français) renvoie inévitablement aux caractéristiques des religions reconnues voire des partis ou des mouvements politiques. Le prosélytisme, le recrutement de jeunes, la manipulation mentale ? M. De Dobbelaere renvoie à la catéchèse des catholiques. L'absence de contacts avec la famille ? Et les ordres monastiques ? répond le professeur qui craint que la commission d'enquête parlementaire ne se livre à une «chasse aux sorcières». M. De Dobbelaere préconise la création d'un institut d'information et de documentation sur les sectes analogue à la «Charity Commission» anglaise, celui-ci enregistrerait tous les mouvements religieux en toute indépendance, insiste le professeur De Dobbelaere qui se méfie du lobby anti-sectes très puissant aujourd'hui.

Interrogé par plusieurs parlementaires sur le pouvoir économique de certaines sectes (Moon, Soka Gakkai), le professeur reconnaît «ne pas avoir étudié» cette question. En revanche, il a assez analysé l'Eglise de Scientologie pour affirmer qu'il s'agit d'une «véritable église». Ce qui fait réagir aussitôt le président, Serge Moureaux : C'est volontairement que Ron Hubbard (NDLR : son fondateur) a transformé son mouvement en religion pour le rendre plus crédible et donc plus efficace !

- Quels critères utilisez-vous pour vérifier l'existence de la foi ? lui répond le professeur de la KUL. Vous n'êtes pas en mesure de vérifier si ce que dit Ron Hubbard est vrai ou faux.

Le deuxième témoin, le journaliste Alain Lallemand («Le Soir») n'entre pas dans ces considérations métaphysiques pour dénoncer le phénomène sectaire. Le point de départ de ses enquêtes dans notre quotidien, ce sont les plaintes des gens et les techniques de ces groupes s'apparentant à de la criminalité organisée. Mais Alain Lallemand pointe surtout du doigt la responsabilité des hommes politiques dans leur soutien aux sectes, qu'il soit volontaire ou non.

Les sectes ont des visées politiques en Belgique, affirme le journalistequi cite la présentation aux élections du «Parti de la loi naturelle» (une émanation de la secte Maharischi Manesh Yogi) et le Parti humaniste, soutenu par cinq députés PSC aux élections européennes de 94.

Mais le danger le plus grave est la manière qu'ont les sectes d'approcher le monde politique sans dévoiler leur identité véritable. La championne toute catégories dans ce domaine est l'Eglise de Scientologie (on a encore pu le constater, jeudi, au Parlement européen). Alain Lallemand détaille devant les députés l'organisation des services de renseignement de l'église dont les «fac sheets» aident tous les scientologues du monde dans leur assaut des médias et décideurs.

Faut-il avoir peur de ces services de renseignements ? Alain Lallemand cite un «avertissement» qu'il a reçu à la rédaction de la part de l'Eglise de Scientologie... si vous vous opposez à la scientologie, nous allons faire des recherches et nous découvrirons vos crimes pour les porter à la connaissance du public. Si vous nous laissez tranquilles, nous vous laisserons tranquilles.

Alain Lallemand reprend aussi l'idée d'un centre de documentation sur les sectes mais pas seulement pour les «enregistrer».

Cette institution aurait pour but d'évaluer auprès du public la dangerosité de certains mouvements et éventuellement d'ester en justice.

La Justice précisément était invitée aussi à s'exprimer ce vendredi après-midi. Mais avec le souci de la transparence qui la caractérise, ses représentants (M. Van Oudenhove, Procureur général près la cour d'appel de Bruxelles, M. Duinslager, magistrat national) ont préféré fermer les portes aux journalistes et au public !

MARTINE VANDEMEULEBROUCKE