Drogue Environ 20% des élèves âgés de 15 à 16 ans ont déjà consommé de l'herbe ou du haschich Le joint de cannabis se banalise chez les ados

DORZEE,HUGUES

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Mardi 12 mars 2002

DrogueEnviron 20% des élèves âgés de 15 à 16 ans ont déjà consommé de l'herbe ou du haschich

Le joint de cannabis se banalise chez les ados

Environ 40% des jeunes âgés de 17 à 18 ans ont déjà consommé des drogues douces. Les plus jeunes sont également attirés par le cannabis, comme le révèle le Rapport belge 2001 des drogues.

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L'usage «récréatif» des drogues, du cannabis en particulier, est en hausse chez les jeunes belges. C'est ce que révèle le rapport 2001 sur les stupéfiants diffusé, ce lundi, par l'Institut scientifique de Santé publique (ISSP). Ce volumineux document (220 pages), réalisé avec l'appui de tous les acteurs de terrain (universités, Infor Drogues, administrations, police fédérale...) dresse un bilan essentiellement statistique et épidémiologique de la consommation de drogue en Belgique.

Il fait notamment le point sur la législation, les effets sur la santé, le marché de la drogue et aborde plusieurs thèmes spécifiques (comme la drogue en prison ou les traitements médicaux). Il s'inscrit, enfin, dans un cadre plus large (le Réseau européen d'information sur les drogues et toxicomanies, REITOX) et apporte, aux décideurs publics, un aperçu «objectif» de la réalité belgo-belge.

Le grand changement par rapport à l'année dernière, signale Francis Sartor, de l'ISSP, c'est évidemment la note du gouvernement fédéral sur les drogues. Une note du 19 janvier 2001 sur l'usage, la production et la vente de stupéfiants qui, pour rappel, distingue les drogues «dures» des drogues «douces» et autorise, à certaines conditions (encore floues), la consommation de cannabis pour les adultes de plus de 18 ans. Annoncée en janvier 2001, cette décision politique n'a eu qu'un effet limité sur l'ensemble du rapport, précisent les auteurs.

Quoi qu'il en soit, les tendances précédentes se confirment: l'usage «récréatif» des drogues est en augmentation, particulièrement chez les jeunes. Petit aperçu chiffré.

·Cannabis. Le cannabis circule. Partout. De l'école à la rue. Et touche de plus en plus d'adolescents. Les études réalisées dans plusieurs écoles (Flandre, Wallonie, Bruxelles) démontrent que 12% des adolescents âgés de 15-16 ans ont fumé un joint durant le dernier mois. Environ 20% de leurs «aînés» (17-18 ans) ont également consommé. Plus interpellant encore: d'après ces études, menées entre 1998 et 2000, 22% des 15-16 ans et 40% des 17-18 ans ont déjà tenté l'expérience cannabique. Le rapport indique, en outre, que les garçons sont davantage attirés par ces drogues «illicites» que les filles.

La Belgique suit la tendance européenne, commente Mark Vanderveken, de la Concertation Toxicomanies Bruxelles, qui a participé à l'élaboration du rapport drogues 2001. On constate que la consommation de cannabis augmente partout quelle que soit la politique mise en oeuvre (légalisation, prohibition...).

·Héroïne. D'après les études réalisées en Communauté française, la consommation de stupéfiants en intraveineuse (héroïne) serait, quant à elle, en diminution: elle passe de 30- 34% en 1993-1994 à 20% en 1999. Cette baisse ne semble pas imputable à un changement de comportement des héroïnomanes mais semble lié à un relative diminution des héroïnomanes demandeurs de traitements, précise le rapport.

·Marché. L'héroïne provient en grande partie (80%) du Croissant d'Or (sud-ouest de l'Asie). La cocaïne est importée essentiellement d'Amérique latine (Colombie, Brésil..). L'aéroport de Zaventem, les ports de Zeebrugge et Anvers sont des plaques tournantes vers d'autres pays européens ( Pays-Bas, France...). Le cannabis vient du Maroc, de Colombie, du Nigeria et du Cambodge.

Les prix du marché sont globalement en baisse: en 2000, le cannabis est vendu à 4 euros le gramme contre 5 euros en 1996. Le prix des autres substances a également baissé: le haschich (5,6 euros au lieu de 3), l'héroïne (26,8 euros contre 49), l'ecstasy (7,3 euros au lieu de 12,4). Seule la cocaïne serait en hausse (60 euros le gramme contre 49 en 1996).

·Nouvelles drogues. Enfin, le rapport signale la mise sur pied, en Belgique, d'un système d'alerte efficace concernant l'émergence des nouvelles drogues synthétiques. Il s'agit, concrètement, d'un réseau de laboratoires toxicologiques chargé d'analyser ces substances nouvelles. Un dispositif bientôt complété par une veille socioculturelle et une veille clinique (analyses de sang et d'urine).·

REPÈRES

REPÈRES

ISSP. Le rapport belge des drogues 2001 est coordonné par l'Institut scientifique de santé publique (section épidémiologie) avec la contribution de nombreux intervenants (universités, Infor Drogues, ministère de la Justice, police fédérale, ministère de la Santé publique...).

Rapport. Quatre parties composent ce volumineux rapport (220pages): les stratégies nationales, la situation épidémiologique, les moyens pour réduire la demande et les tendances (usage de plusieurs drogues, traitement des toxicomanes et drogue en prison).

Epidémiologie. Le principal chapitre (situation épidémiologique) aborde des thèmes aussi divers que le marché des drogues, la santé, les conséquences sociales et les tendances (cannabis, drogues synthétiques, opiacés...).

Internet. www.iph.fgov.be/epdemio et iph.fgov.be/reitox. E-mail: birn@iph.fgov.be.