DU THEATRE CHEZ LES ARISTOS FONTENEAU SERAIT A VENDRE A NIVELLES GAESBECQ PAN D'UNE IMMENSE FORTUNE FERME DES VIGNES A NODEBAIS

MEUWISSEN,ERIC

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Vendredi 16 août 1991

DU THÉ ATRE CHEZ LES ARISTOS...

La vie de château-ferme pour «Poil de carotte». L'occasion pour nous de vous présenter les sites et surtout leurs propriétaires.

UN REPORTAGE

d'Éric Meuwissen

Du 18 août au 1er septembre, «Poil de carotte», le célèbre récit de Jules Renard (adapté au théâtre en 1900), sera joué dans nos murs. La comédie de celui qui a longtemps considéré le théâtre comme le «dépotoir de la littérature» poursuivra son périple de château-ferme entamé le 19 juillet, à Fernelmont. Et cela à l'initiative de la Compagnie des Galeries. Une compagnie qui, à la différence de Jules Renard, ne considère pas le théâtre comme un «exercice inférieur».

L'idée est en fait excellente de monter une pièce célèbre, en plein air, pendant les vacances. Une pièce courte, sans sophistication inutile et qui se contente pour décor d'une belle façade de demeure ancienne avec une prédilection pour les fermes-châteaux. La Compagnie des Galeries a bien choisi ses endroits. Pensez donc: le château de Rixensart, le domaine provincial d'Hélécine, le château de Fonteneau à Nivelles et les magnifiques fermes-châteaux de Nodebais et d'Ittre.

L'occasion pour nous de vous présenter ces différents théâtres d'un soir. Rixensart et Hélécine étant bien connus, nous avons préféré vous décrire le château de Fonteneau à Nivelles et les deux fermes-châteaux d'Ittre et de Nodebais.

À notre tour et en avant-spectacle, nous vous invitons à découvrir le décor naturel de la pièce mais aussi les propriétaires de ces belles demeures. Vous apprécierez alors d'autant mieux toute la saveur de la célèbre réplique de Poil de carotte: Tout le monde ne peut pas être un orphelin. Car derrière les murs de nos castels de circonstance, on ne trouvera pas beaucoup d'orphelins.

Un véritable bijou nommé «ferme des Vignes» à Nodebais (Beauvechain)

La ferme des Vignes à Nodebais? Les anciens du village ne la connaissent pas. Ah! vous voulez peut-être parler de la ferme des Liégeois rue de l'Étang. La ferme du monsieur qui s'amuse à traverser le village avec un attelage de... quatre chevaux. Soit le nouveau propriétaire, Pierre van Schevensteen, qui a préféré l'appeler la ferme des Vignes. Ça fait sans doute plus... classe.

Mais d'où vient donc cette appelation si bizarre? Si l'on en croit Pierre van Schevensteen, l'appelation daterait des ducs de Bourgogne. À cette époque, il semblerait que l'endroit était entouré de vignes.

ACQUISE EN VENTE PUBLIQUE

POUR QUATRE MILLIONS

On sait très peu de choses de l'histoire de cette belle ferme blanche de type brabançon. Elle remonterait au XVIIIe siècle. Elle appartenait à la famille Dewaet. Et plus précisément à Alfred Dewaet (1863-1942). Ce dernier fut bourgmestre de Nodebais et habitait en face de l'église la «Maison aux lions» que les anciens du village surnomment encore le «Petit Château».

En 1943, la ferme passa par héritage à Jules-Oscar Dewaet (1890-1958), un industriel d'Etterbeek. À partir de cette date, les propriétaires de la ferme ne résideront plus à Nodebais. Et la ferme sera louée jusqu'à sa vente en 1986. D'abord par le fermier Brasseur et puis à partir de 1944 par le fermier Van Mollen.

À cette époque, la ferme était entourée de 80 ha de terres agricoles (dont 60 ha à Nodebais). Elle passa ensuite par héritage à la veuve d'Oscar Dewaet décédée juste avant la vente, puis à sa fille Huguette Dewaet. C'est elle qui décida de la mettre en vente publique en 1986.

UN INDUSTRIEL DU TEXTILE,

AMOUREUX DES CHEVAUX

Pierre van Schevensteen, directeur général de Sotrotex, une société d'import-export de prêt-à-porter italien sise à Bruxelles, s'en porta alors acquéreur. À en croire les anciens propriétaires, les enchères furent acharnées. Quoi qu'il en soit, il semble que Pierre van Schevensteen racheta la ferme et les terres d'1,5 ha pour un montant d'à peu près 4 millions. Un prix peu élevé à l'époque. Si la vente publique avait dû avoir lieu aujourd'hui, nous a confié un spécialiste en la matière, ce bâtiment partirait aux environs de 8 millions.

Pourtant, la ferme n'était pas délabrée. Jusqu'à la fin, le fermier Van Mollen l'avait bien entretenue. Ceci dit, le propriétaire actuel l'a complètement retapée. Il en a fait un vrai bijou. Et on peut affirmer que les frais de restauration se sont élevés à plusieurs dizaines de millions. La façade fut sablée. Les toitures refaites, les étables transformées en écuries de grand luxe avec musique classique pour les chers équidés du propriétaire. Le tout, aime à préciser M. van Schevensteen, sans aucun subside, la ferme n'étant pas classée.

Le dimanche 18 août, à 21 heures. Réservations: 010-86.07.48.

Fonteneau serait à vendre à Nivelles

A vendre; nord de Nivelles; château classique; style Louis XVI; 480 m2; garage et annexe; parc 6 ha. Voilà ce qu'on pourra peut-être lire un jour dans les petites annonces des journaux. Car le château de Fonteneau à Nivelles serait à vendre. Son prix: de l'ordre d'une quarantaine de millions.

Son propriétaire, Cédric de Prelle de la Nieppe, sous directeur général de de Nestlé Belgilux, souhaiterait s'en séparer. Il l'a hérité récemment de sa tante, Jeanne Gonzalès de Linarès, qui avait épousé en seconde noces Edmond de Prelle de la Nieppe.

Cédric de Prelle préfère vivre dans la ferme voisine du «Petit Baulers» (chemin du Paradis). Une ferme beaucoup plus confortable qu'il a restaurée avec beaucoup de goût. Et de fait, la ferme avec sa belle tour colombier datant du XVIIe siècle a fière allure.

UN ILOT DE VERDURE CLASSÉ

AUX PORTES DE NIVELLES

Le château de Fonteneau n'est donc pas habité, même s'il est toujours meublé. Il est gardé par un concierge-jardinier qui y maintient en permanence une température de 15 degrés, histoire de le protéger de l'humidité.

Le château date du milieu du XVIIIe siècle. Il appartient aux Prelle de la Nieppe depuis la première moitié du XVIIIe siècle. Charles de Prelle, le grand-père de l'actuel propriétaire, fut procureur général près de la cour d'appel de Bruxelles.

Après avoir appartenu aux de Prelle de la Nieppe, la propriété est passée à Eugène du Bois, écuyer, comte romain, marié à Jeanne de Prelle de la Nieppe. C'est son fils, l'écrivain et ardent francophile Albert du Bois qui a agrandi le château.

Ce dernier est entouré d'un beau parc classé de 6 ha (qui en 1927 en comptait encore 14 ha). Un parc qui jouxte d'ailleurs celui du château de la Potte, également classé et qui appartient à François de le Hoye, gentleman-farmer de son état. Le tout formant un bel îlot de verdure classé aux portes de Nivelles (chaussée de Bruxelles, en face du Colruyt).

UN THE ATRE DE VERDURE

POUR LA COMÉDIE FRANCAISE

Mais le plus curieux, c'est qu'à l'extrémité du parc du château de Fonteneau se trouve un petit théâtre de verdure. Soit un théâtre à trois niveaux en hémicycle construit à l'époque par le célèbre homme de lettres, le comte Albert du Bois (1872-1940). Un théâtre où la Comédie française est d'ailleurs venue se produire. Ce théâtre est aujourd'hui malheureusement couvert de ronces. Et c'est donc dans la cour du château qu'aura lieu la représentation de la pièce de Jules Renard. On devrait pouvoir y accueillir pas moins de trois cents personnes.

Le vendredi 23 août à 21 heures. Réservations: 067-21.97.85.

Gaesbecq, un pan d'une immense fortune à Ittre

Ittre est une véritable terre de seigneurs. Et la ferme de Gaesbecq n'est qu'un des joyaux de leur couronne foncière. Aux aristocrates d'hier ont succédé ceux d'aujourd'hui. Et parmi eux, l'actuel propriétaire de la ferme de Gaesbecq, Ferdinand Jolly, fils du vicomte Réginald Jolly. Agé de 32 ans, il est le légataire universel de la richissime et célibataire châtelaine d'Ittre, Isabelle de Geradon (1907-1984). Il faut dire que la mère d'Isabelle était une Lippens et son grand-oncle un des fondateurs des AG (assurances).

LE PETIT-NEVEU HÉRITE SEUL

D'UN IMMENSE PATRIMOINE

La propriété à Ittre, c'est un peu l'histoire d'une grande famille. Une famille qui aurait pour noms 't Serstevens, Lippens, Jolly, de Geradon, de Lichtervelde...

Au début du XIXe siècle, la famille 't Serstevens racheta à Ittre plus de 1.000 ha dont le château de Baudémont en 1815. Le château passa ensuite par mariage dans la famille des Lichtervelde. Ces derniers possédaient en 1930 une propriété de 400 ha, qui comptait encore 200 ha au début des années 70.

Quant au château d'Ittre, il fut racheté au marquis Charles-Maximilien de Trazegnies - qui possédait d'ailleurs la ferme de Gaesbecq - par les 't Serstevens en 1855. Reconstruit en 1885, il aboutit par héritage à Isabelle de Geradon.

Le château était encore entouré en 1932 d'une propriété de plus de 600 ha. Au début des années 70, la propriété d'Isabelle de Geradon ne comptait plus que... 330 ha. Décédée en 1984, c'est son petit-neveu Ferdinand Jolly (né en 1959) qui hérita du tout. Et cela à la très grande fureur de ses oncles (les vicomtes Alain et Hubert), père (le vicomte Réginald), frère et soeur. Il hérita d'un patrimoine fantastique qui s'élèverait à plusieurs centaines de millions. On y trouvait notamment quelques centaines d'hectares de terre, le bois d'Ittre, le château et les fermes de La Tour, de La Motte et de