BOUILLON,PIERRE
Vendredi 4 octobre 1996
Du tirage, avant la manifestation étudiante de Charleroi
L'ULB conteste la FEF et fâche l'ULg
Cinq cent étudiants ont manifesté à Namur, jeudi, pour protester contre le décret figeant (jusqu'en 2001) le budget global des Hautes écoles à son montant 1996, et limitant les possibilités d'inscription des bisseurs-trisseurs.
Organisée par le REHN (supérieur namurois) et les Facs de Namur, cette action est un coup de semonce avant la manifestation de mardi (14 heures), organisée par la Fédération des étudiants francophones (FEF) où l'opposition au ministre Grafé prendra sa véritable mesure.
La FEF ne défilera pas seule. La liste des participants s'épaissit de jour en jour. Syndicats, Fapeo (parents de l'officiel), Unares (la fédération étudiante «concurrente»), ATD Quart-Monde et Ligue des familles ont déjà signalé leur présence. Les Jeunes FGTB et les Jeunes PS viennent de faire chorus.
Une (grosse) absence : mercredi, le Bureau des étudiants administrateurs de l'ULB (BEA) a confirmé qu'il ne défilera pas à Charleroi. Dans la foulée du discours tenu par son président Olivier Bontems, lundi, à la rentrée académique, le BEA dit regretter fortement le manque de moyens financiers mis à la disposition de l'enseignement. Mais relevant que ce problème est essentiellement structurel, il juge inutile de focaliser les revendications étudiantes sur le thème du refinancement.
Evoquant un décalage flagrant entre la FEF et ceux qu'elle est censée représenter, le BEA annonce qu'il ne suivra plus aveuglément des mots d'ordre qu'il ne partage pas et qui sont incompris des étudiants.
Le BEA précise enfin que Bontems ne prône pas de limitation de l'accès aux études.
En attendant, ces propos auront (re)fracturé le BEA, écartelé depuis quelques mois entre l'aile Bontems et une dissidence BEA-Interfac (cataloguée «plus à gauche»). Les deux camps venaient de pactiser. C'est (re)foutu. Fustigeant Bontemps, le BEA-Interfac juge que les réductions budgétaires ne sont pas inéluctables et résultent d'un choix politique.
Aucune réaction officielle à la FEF. Mais dans un courrier aux membres du Conseil fédéral (le «parlement» de la fédération), le président Gregor Chapelle parle de «faute grave». De propos contraires aux positions fondatrices de la FEF. On souligne encore que la «gravité des propos» de Bontems a mis le BEA en marge de la fédération.
Le Conseil fédéral se réunit le 17 octobre. La Fede n'y sera pas la dernière à exiger des comptes. Jeudi, les étudiants de l'ULG se sont dit abasourdis par le discours de Bontems. La Fede invite Chapelle à le rejetter publiquement. Repérant les membres du BEA comme les partisans acharnés de Chapelle lors de son élection de juillet, la Fede conclut : Chapelle a-t-il promis, à l'époque, un revirement de la FEF contre leurs voix ? On voudrait croire au contraire.
«STATU QUO... À LA HAUSSE»
Jeudi, en commission du Conseil de la Communauté française, Grafé a fait le point sur la rentrée dans le supérieur. Pas encore de chiffre définitif. Juste un «sondage». L'université perdrait 1 % d'étudiants. Dans les Hautes écoles, le ministre évoque un statu quo... à la hausse.
C'est-à-dire ? Les «HE» du réseau de la Communauté auraient perdu... 2 étudiants. Officiel subventionné : - 82. Réseau libre : + 11 étudiants. La filière pédagogique (les futurs profs) est en chute libre (- 20 %) au bénéfice comparable dans le social et le paramédical.
On indique encore que quatre HE auraient vu leur population enfler de 10 %. Celles-là, plus que les autres, vont vivre durement le blocage des enveloppes. C'est ce qui a conduit Ecolo, jeudi (au cours d'une conférence de presse dont l'actualité abondante nous a conduit à différer le récit à nos éditions de samedi), à rappeler l'engagement du député PS Jean-Marie Léonard à «apporter des correctifs » si des effets pervers étaient observés...
P. Bn.