ECHANGE DE SERINGUES:CA CONTINUE PRESCRIPTION D'HEROINE:TROP TARD

RENETTE,ERIC; GUTIERREZ,RICARDO

Page 18

Mercredi 15 octobre 1997

L'expérience était menacée par manque de subsides

Echange de seringues : ça continue

L'appel au secours lancé juste avant les vacances par les membres du réseau «Toxicomanie» et par le responsable du contrat de sécurité de Liège a été entendu : l'expérience d'échange de seringues usagées permettant de réduire les risques de contamination auprès de la population toxicomane pourra être prolongée.

On se souviendra que la ville de Liège avait fait office de pionnière en la matière grâce au soutien des pharmaciens liégeois qui avaient décidé d'adhérer, dès 1994, à un programme d'échange de seringues usagées. S'ajoutant à trois « comptoirs» d'échange gérés par le réseau, une septantaine d'officine récoltent ainsi le matériel usagé (détruit gratuitement par le CHU par après) et distribuent autant de seringues saines. Ce sont ainsi 61.000 seringues usagées qui sont maintenant récoltées chaque année, réduisant d'autant les risques pour les toxicomanes mais aussi pour la société au sens large puisque ces 61.000 porteurs de virus potentiels ne traînent pas n'importe où. Face au succès de la formule, le problème intervenu avant les vacances était d'ordre strictement budgétaire. L'expérience jusqu'alors subsidiée par la Communauté française (900.000 F par an via l'ASBL Modus Vivendi) se retrouvait sans moyens d'exister.

Un accord vient d'intervenir et c'est... la Communauté française qui va dorénavant s'occuper de l'achat des seringues. Un achat groupé qui devrait permettre d'obtenir des prix de gros mais qui s'inscrit aussi dans une extension de la formule vers d'autres villes demandeuses (après étude de faisabilité). Les modalités pratiques ne sont pas encore clairement définies mais devraient l'être incessemment. Le contrat de sécurité et le réseau ayant raclé leurs fonds de tiroir pour permettre aux échanges de se poursuivre momentanément, ils disposent heureusement encore d'un petit stock...

É. R.

Prescription d'héroïne : trop tard ?

Liège entend répondre à la détresse de ses toxicomanes... Face à l'échec des politiques répressives, les autorités communales s'engagent, peu à peu, dans la voie d'une expérience de distribution contrôlée d'héroïne (nos éditions de samedi). Objectif : «décriminaliser» et socialiser les héroïnomanes rebelles à toute autre forme de traitement (sevrage, méthadone,...). Cela dit, la mise en oeuvre du projet, qui doit d'abord être expérimenté à échelle réduite en milieu scientifique, n'est pas pour demain. Les plus optimistes avancent l'échéance de janvier 1999. Un délai jugé inacceptable par l'ex-sénateur Ecolo Germain Dufour, qui côtoie au quotidien les victimes de «l'héro», à Liège.

L'idée d'une légalisation contrôlée de l'héroïne fait enfin son chemin, constate Germain Dufour. Il s'en réjouit. Mais il regrette amèrement que les initiateurs du projet n'entrevoient guère d'application concrète de l'expérience avant le début de 1999 et, dit-il, pour 200 «privilégiés» seulement.

A entendre l'ex-sénateur Ecolo, la montagne accouche d'une souris... Et 1998 verra des gars et des filles morts inutilement dans la fleur de l'âge.

Germain Dufour insiste : Il y a urgence, dit-il, dans la mesure où l'héroïne écoulée à Liège ces derniers mois est plus trafiquée et «polluée» que jamais. Tous les citoyens malades de drogue le savent, poursuit le frère capucin. Les plus conscients de ces jeunes dépendants virent au Vesparax, s'approvisionnant tantôt au marché noir tantôt en pharmacie par le biais d'ordonnances de complaisance, ou pire, virent à la cocaïne. Et comme son prix est plus élevé, bonjour la violence !

Bref, l'ex-sénateur se montre des plus pessimiste : En janvier 1999, la légalisation contrôlée d'héroïne n'aura plus de clients. Mais notre bonne conscience sera sauvée.

R. G.