Ecole Elèves violents, vif débat Demotte et Nollet coincent Hazette

BOUILLON,PIERRE

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Jeudi 3 avril 2003

Ecole

Elèves violents, vif débat

Demotte et Nollet coincent Hazette

PIERRE BOUILLON

De l'aveu d'un ministre de la Communauté française, la polémique sur le projet d'école pour élèves violents vire à la crise la plus grave de la législature. La collision est frontale, en effet, entre le MR Pierre Hazette (Enseignement secondaire) et ses collègues PS et Ecolo. Hier, les chefs de cabinet ont à nouveau tenté de déminer le dossier. En vain. Le point sera évoqué ce jeudi en exécutif.

Le Centre de rescolarisation que souhaite créer Hazette serait destiné aux adolescents mineurs exclus d'une école pour faits de violence et aux élèves que n'accepte plus aucun établissement.

Lundi, dans un texte commun, Rudy Demotte (PS, Budget) et Jean-Marc Nollet (Ecolo, Enseignement primaire) ont démoli ce projet de ghetto et émis des alternatives : amplifier des dispositifs existants (équipes de médiation dans les écoles...) et créer un pool de profs/éducateurs qui se précipiteraient dans les écoles où il y a des incidents.

Entre ces deux visions, on n'a pas (encore ?) trouvé d'intersection. Au demeurant, Hazette se dit seul habilité à gérer son projet. Il l'indiquait dans « Le Soir » d'hier : en novembre, il a publiquement exprimé l'idée de créer une école pour élèves violents. Selon lui, Pascal Dochain, préfet de l'athénée ixellois Jacquemotte, aurait illico répondu présent et dit son envie de créer dans son école une section de ce type.

Que le projet ait été bâti en duo, c'est sûr. Mais formellement, Hazette ne crée rien lui-même. Le Centre de rescolarisation est un projet d'établissement, officiellement porté par l'athénée. Le ministre se borne techniquement à le financer et à le signer. Ce n'est pas, dit-il, une « affaire d'exécutif ».

Ses collègues se disent pourtant en mesure de le coincer. Pour ce centre, Hazette sollicite 250.000 euros. L'aval de Demotte est requis. Nollet, lui, nous signale que la seule signature de Hazette en bas du projet d'établissement ne suffira pas : Jacquemotte ayant une section primaire, son paraphe sera requis. Et il ne l'aura pas, jure Nollet. Lequel juge très grave le fait que Hazette ait divulgué le nom de Jacquemotte. On voudrait assassiner l'école qu'on ne s'y prendrait pas autrement.

En attendant, la liste des opposants au projet s'étire et, avec elle, une série de surnoms terrifiants. Willy Decourty, maïeur d'Ixelles, parle d'un Sing-Sing. Régis Dohogne (CSC), d'un Lantin. Robert Manchon (CGSP), d'un pavillon des cancéreux.

Le maïeur d'Ixelles rappelle qu'il y a eu des faits de violence, en novembre, à Jacquemotte, et que le travail de pacification auxquels se sont, depuis, livrés la commune, les jeunes, les enseignants sera ruiné par ce projet.

Dohogne plaide la dispersion des élèves durs au lieu d'une concentration de type carcéral où la délinquance entraînera la délinquance. Le leader de la CGSP- enseignement Bruxelles-Brabant ne cale pas devant l'idée de regrouper les élèves violents. S'il s'agit d'une école autonome, physiquement séparée de l'enseignement traditionnel, où les élèves sont regroupés par classes d'âge, où le passage serait temporaire, bien défini, et où les enseignants seraient volontaires. Le projet de Hazette, ce n'est pas ça. Il veut créer un pavillon des cancéreux à Jacquemotte. Cela, c'est non.·