La Communauté, pouvoir aveugle ?

BOUILLON,PIERRE

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Lundi 30 janvier 2012

Ecole Le budget d’aide aux écoles en difficulté sert essentiellement Bruxelles

La Communauté française tient-elle assez compte des spécificités locales en matière scolaire ? Adapte-t-elle suffisamment ses politiques aux besoins du terrain, forcément variables d’un lieu à l’autre ?

La question a été posée la semaine dernière, lors du débat lancé par Jean-Claude Marcourt (PS) sur le redressement wallon.

Le ministre de l’Enseignement supérieur propose de régionaliser l’école (il en fait un « élément fondamental » de son plan W). Le Liégeois estime cela nécessaire pour « la réponse aux besoins locaux » (Le Soir de mardi).

« Il y a des différences entre ce que la Wallonie souhaite et ce que Bruxelles souhaite », dit-il.

Sous-entendu : la Communauté, rigide, serait sourde aux besoins spécifiques du terrain.

Vrai ? Nous avons mis la main sur une analyse des moyens que la Communauté engage pour épauler les écoles en difficulté (anciennement, on parlait de discriminations positives ; dites désormais : écoles en encadrement différencié.)

Ces écoles reçoivent plusieurs types d’aides. Elles bénéficient d’un encadrement supplémentaire et de subventions plus élevées. Notre tableau évoque aussi les agents ALE qui prennent en charge les enfants du fondamental qui ne maîtrisent pas le français. Il évoque aussi les classes-passerelles qui accueillent les primo-arrivants (enfants débarquant chez nous sans bagage scolaire et/ou sans maîtrise du français).

Dans la population totale du fondamental (486.808 élèves), Bruxelles représente 22,48 % (chiffres de janvier 2011). Or, sur l’encadrement dévolu aux écoles en difficulté, la capitale prend 51,57 % (chiffres du budget 2011). En aides financières, elle prend 48,85 %. Pour l’adaptation à la langue, elle prend 57,76 %. Pour les classes-passerelles, elle prend 42,42 %.

Pour le secondaire, les taux sont comparables.

Bruxelles « boulotte » donc l’essentiel du budget consacré à l’encadrement différencié, en bénéficiant d’une part (très) supérieure à son poids démographique.

C’est vrai aussi pour les bâtiments scolaires. Motif : la pénurie de places (on estime qu’il faudrait en créer 18.000 d’ici 2020 pour absorber le boom démographique bruxellois).

Ainsi, sur les 560 millions affectés sur 30 ans à la rénovation des bâtiments, 26,8 % seront dirigés vers Bruxelles ; et sur les 140 millions affectés sur 30 ans à la construction de nouveaux bâtiments, là… 58 % serviront la capitale.

Au cabinet de Marie-Dominique Simonet (CDH), la ministre de l’Education, on voit dans tout cela le signe que les politiques de la Communauté épousent naturellement les réalités du terrain – Bruxelles concentre les difficultés sociales et bénéficie logiquement de soutiens plus appuyés.

Message-ricochet : régionaliser l’école romprait la solidarité et abandonnerait la capitale à ses (énormes) difficultés.

Pas de traitement de faveur

Au cabinet, on souligne que Bruxelles ne jouit pas d’un traitement de faveur. Les écoles en difficulté sont généralement situées en milieu urbain et l’encadrement différencié sert les cités francophones (Bruxelles, Liège, Charleroi, Mons…) au prorata exact de leurs difficultés et de leurs populations d’élèves.

On souligne encore : par rapport à Bruxelles, la Wallonie a la ruralité pour spécificité, ce dont la Communauté tient compte en accordant aux écoles rurales des régimes adaptés (normes de maintien d’écoles plus basses, encadrement adapté aux petites classes).

Message-conclusion : on peut reprocher bien des choses à la Communauté. Mais elle ne serait pas ce pouvoir aveugle et rigide, dont on parle en certains cénacles régionalistes.