ECOLES: UN RESEAU PROVINCIAL... IMPERMEABLE?, UN PROFESSEUR POUR MOINS DE DOUZE ELEVES

DEPAS,GUY

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Jeudi 16 février 1995

Écoles: un réseau provincial... imperméable?

Banderilles dans le décret Lebrun? Le nouveau «ministre» de l'école secondaire et supérieure de la province plaide pour l'unité du «PO».

Un André chasse l'autre: André Gilles succède à André Krupa à la barre de l'Enseignement provincial liégeois (EPL). Hier, devant le parlement provincial exceptionnellement réuni dans l'auditorium de l'institut supérieur paramédical (le Barbou), le nouveau député permanent a donné sa leçon inaugurale. Le titre de sa déclaration politique était accrocheur: «son passé plaide pour lui, son avenir nous appartient», disait-il, faisant référence à l'objet de ses compétences. Et outre son slogan, son programme n'est pas neutre dans le débat politique sur la réorganisation de l'école en communauté française. Il peut être résumé ainsi: unité de pouvoir et de structure, pour un enseignement technique-professionnel de qualité et revalorisé. André Gilles plaide donc pour un enseignement soudé dans le giron provincial - imperméabilité du réseau -, socialement accessible, en prise sur l'économie et les besoins du citoyen.

Le «rénové» se banalisant, les premiers degrés de l'enseignement secondaire technique ont-ils perdu leur spécificité? C'est une raison pour la leur rendre dans l'intérêt même des enfants concernés, lance le chef de l'EPL... Notre force, dit-il, est d'intégrer dans un tout cohérent les enseignements technique et professionnel de type long et de type court, ainsi que l'enseignement de promotion sociale. Le rendement éducatif et la rentabilisation des infrastructures, martèle le député permanent socialiste, postulent le maintien de l'ensemble sous la tutelle d'un seul pouvoir organisateur. Les sept établissements provinciaux d'enseignement supérieur compris? André Gilles ne différenciant pas, c'est comme un crochet du... gauche à l'estomac du PSC Lebrun.

TROIS QUARTS DE SIÈCLE

L'EPL fête cette année-ci ses 75 ans. Il est contemporain de l'industrialisation de la province de Liège dont il a quasiment partagé le berceau. Comptait-il 24 inscriptions en 1920? Il draine aujourd'hui plus de 30.000 élèves a rappelé André Gilles. En trois quarts de siècle, il a donc connu une progression spectaculaire mais, dans la foulée de la désaffection ressentie depuis le début des années 80 pour le secondaire professionnel et technique - dont il est le principal support en pays liégeois -, l'enseignement de promotion sociale qu'il dispense aussi a pris une importance croissante (encadré ci-contre).

Or, bien qu'il se dise convaincu de l'intérêt de ce type d'enseignement de réinsertion sociale - un rôle essentiel - le député permanent n'est pas adepte d'un idéalisme stérile: La cohabitation de publics différents n'apporte pas toujours des résultats souhaitables, constate-t-il. Et de s'interroger sur l'opportunité de rationaliser le partage d'infrastructures spécialisées et correctement équipées entre les terminales du secondaire, le supérieur et certaines formations de promotion sociale. Cela, sans aliéner l'unité de pouvoir organisateur, s'entend!

Défenseur de l'enseignement technique - voie royale vers l'université - André Gilles verrrait par ailleurs d'un oeil plus que favorable l'établissement de passerelles entre l'enseignement supérieur et le degré terminal professionnel qui n'a accès au supérieur que via l'enseignement de type court.

LES PROFS À L'USINE?

«Dans mon école, la théorie je la pratique.» Toute la justification de l'enseignement technique et professionnel se trouve dans cette phrase, en phase sur la revendication de l'économie pour une complémentarité entre «l'usine et l'école».

S'il estime que l'économie ne peut être la seule finalité de l'école - le développement de liens entre l'économie et l'enseignement doit être indissociable de la mise en oeuvre d'un projet qui forme le citoyen dans sa globalité -, André Gilles n'en nourrit pas moins le projet d'améliorer encore la relation entre la formation et la production. Dans cette optique, il est souhaitable, dit-il, que des enseignants aussi puissent réaliser des stages en entreprise... Mais qui, ce temps durant, fera la classe? Sa suggestion peut faire du chemin: les profs à l'atelier et les travailleurs à l'estrade.

GUY DEPAS

Un professeur pour moins

de douze élèves

L'EPL se flatte d'avoir conservé taille humaine. Ses limites sont celles de la province de Liège, hors la communauté germanophone, et la distance séparant les établissements du siège du pouvoir de décision (Liège) est faible.

Pour 30.083 étudiants inscrits (dont 13.466 en enseignement de plein exercice), l'EPL entretient un effectif de près de 3.000 agents, dont 2.600 professeurs subsidiés dispensant un enseignement secondaire technique et professionnel, supérieur de type court et type long (4 ans d'études et plus), ainsi qu'un enseignement de promotion sociale.

Compte non tenu de l'institut provincial de formation d'agents de services publics - école de police, etc. - le réseau est fort de 31 institutions: seize établissements d'enseignement secondaire; sept écoles supérieures dont une seule, l'ISIL, est de type long; huit institutions d'enseignement de promotion sociale.

L'enseignement de plein exercice comprend:

dans l'arrondissement de Liège, l'ISIL (549 inscrits), six instituts supérieurs de type court (4.919 étudiants) et onze établissements secondaires (4.597 élèves); dans l'arrondissement de Verviers, deux établissements secondaires (1.629 élèves); dans l'arrondissement de Huy, deux écoles secondaires (1.226 élèves) et, dans l'arrondissement de Waremme, un seul étabissement secondaire (1.326 élèves).

G. D.