économie La crise politique pourrait se doubler d’une crise financière
DEMONTY,BERNARD
Page 8
Vendredi 23 avril 2010
Cette crainte est confirmée par les cabinets ministériels en charge des affaires économiques et budgétaires. « On est attentifs et inquiets, dit un membre de cabinet. Il est clair qu’il va y avoir des mouvements sur les marchés des obligations et que la crédibilité financière du pays pourrait être atteinte. Je serais étonné que les marchés ne bougent pas. Actuellement, la Grèce focalise l’attention médiatique et celle des marchés, mais cela peut bouger très vite. Il faut être prudent. La crise tombe très mal. »
La situation dérange aussi beaucoup de monde, au gouvernement fédéral. « On commençait enfin à avancer sur les dossiers socio-économiques, comme les pensions ou l’harmonisation des statuts ouvriers-employés dit un ministre. L’attitude du VLD est regrettable. Les libéraux flamands ont toujours dit que les dossiers socio-économiques étaient leur priorité, mais la conséquence de leur attitude, c’est l’abandon de ces dossiers. »
Pour un autre ministre, les dossiers cruciaux ne manquent pas, pour ces prochaines semaines. « Il y a les pensions, la préparation de l’accord interprofessionnel, le vote de l’ajustement budgétaire, le suivi des mesures de crises, et le maintien de la vigilance sur le secteur bancaire. Sans parler de la présidence européenne. C’est loin d’être anodin. »
Les partenaires sociaux ont la même analyse et sont inquiets. Après leur communiqué commun, appelant à une solution rapide, les patrons et les syndicats demeurent sur la même longueur d’ondes. « Cette période était la seule, depuis plusieurs années, où il y avait moyen d’engranger des avancées très importantes pour le pays, dit Rudy Thomaes, administrateur délégué de la Fédération des entreprises de Belgique. Non seulement il n’y avait pas d’élections en vue et, en outre, nos appels au gouvernement visant à avancer sur des dossiers importants commençaient à être entendus. Nous pensions vraiment que des dossiers importants pouvaient être bouclés avant la présidence belge de l’Union. Je pense aux pensions, au budget, ou à l’énergie. Je crains que ceci tombe à l’eau, parce qu’on ne retrouvera sans doute pas un tel climat avant longtemps. »
Le responsable de la fédération patronale constate également, au sein des entreprises étrangères, des décisions peu favorables à la Belgique. « Il ne faut pas sous-estimer la gravité des problèmes politiques belges et leurs conséquences. Chaque jour, il y a des décisions dans les quartiers généraux des multinationales étrangères qui ont des conséquences négatives pour le pays, qu’il s’agisse d’investissements qui nous échappent, ou d’extensions d’activités abandonnées en raison de l’instabilité politique. » Rudy Thomaes conclut : « Je ne veux pas dramatiser, mais le grand public et le gouvernement ne doivent pas sous-estimer la gravité de la situation. Il faut que les partis politiques parviennent à s’entendre. Fréquemment, le gouvernement appelle les partenaires sociaux à trouver des accords sur des dossiers très complexes, mais aujourd’hui c’est le contraire. On leur demande de résoudre la crise, dans l’intérêt de l’économie. »
Anne Demelenne, secrétaire générale de la FGTB, partage l’avis du représentant des patrons : « Nous sommes habitués à traiter des dossiers compliqués. Nous espérons aujourd’hui que le gouvernement fera de même. »
La responsable syndicale appelle, comme les autres partenaires sociaux, à une sortie de crise aussi rapide que possible. « Qu’on ne s’y trompe pas : nous ne sommes pas sortis de la crise économique. Actuellement, en Belgique, il y a 350 pertes d’emploi par jour. Il faut absolument retrouver une stabilité politique et institutionnelle. C’est indispensable. »
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