ECONOMIE Le commerce divise le monde

REGNIER,PHILIPPE

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Mardi 23 septembre 2003

ECONOMIE

Le commerce divise le monde

Patatras ! Le grand sommet de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) s'est terminé par un échec spectaculaire. Tout sépare les pays riches et les pays pauvres lorsqu'on parle de commerce.

Cela s'est passé dimanche, au dernier jour prévu de la réunion qui se déroulait à Cancún, une ville du sud du Mexique au bord de la mer des Caraïbes (voir notre article, Junior nº105). Les ministres des 148 pays membres de l'organisation (le Cambodge et le Népal sont devenus membres de l'OMC à Cancún !) essayaient depuis cinq jours de se mettre d'accord. Ils n'ont pas réussi.

Les sommets de l'OMC ont lieu tous les deux ans. A Cancún, les ministres voulaient s'entendre sur les moyens d'aider le commerce entre tous les pays de la planète. En donnant ce coup de pouce aux ventes et aux achats d'un pays à l'autre, ils espéraient favoriser la croissance économique. Cela devait améliorer le bien-être de tous, créer des emplois... Les délégués des pays riches avaient aussi promis, avant d'arriver au Mexique, qu'ils feraient un effort pour aider les pays pauvres du Sud et, surtout, leurs centaines de millions de petits paysans fort démunis.

« NON ! »

Mais c'était mal parti. En arrivant à Cancún, chacun s'est accroché à ses priorités. Malgré des heures et des heures de réunions, ils n'ont pas pu se mettre d'accord sur un compromis. Les pays riches voulaient surtout pouvoir vendre plus facilement leurs marchandises à l'étranger. Ils voulaient aussi que leurs entreprises puissent plus facilement ouvrir des usines ou des bureaux à l'étranger, en mettant au point un règlement que tout le monde devrait respecter.

Mais les pays pauvres ne l'entendaient pas de cette oreille. Ils se sont organisés en plusieurs groupes pour dire : « Non ! » aux pays du Nord. Eux voulaient surtout parler d'agriculture, puisque c'est le métier de la plus grande partie de leurs populations. Ils voulaient pouvoir vendre plus facilement leurs produits dans les pays riches et que ceux-ci cessent de « sponsoriser » leur poulet, leur maïs, leur coton, etc. : grâce à cela, quand ces aliments arrivent sur un marché d'un pays pauvre, ils sont très bon marché et le fermier de ce pays, qui ne reçoit pas la même aide, ne parvient plus à vendre ses produits !

Fâchés, de nombreux pays d'Afrique et d'Asie ont alors dit qu'ils allaient quitter le sommet. Mais beaucoup de monde croyait encore que les discussions allaient se prolonger durant toute la nuit et même peut-être un jour, deux jours de plus...

Echec fatal ?

Mais les Mexicains, qui organisaient les travaux, ont tout à coup décidé qu'il valait mieux arrêter de discuter, puisqu'il n'y avait apparemment pas moyen de se mettre d'accord. Les ministres se sont donc séparés. Aucun pays n'a perdu, puisque personne n'a dû faire de sacrifice. Mais personne n'a gagné non plus, puisqu'on n'a rien décidé. L'OMC aura beaucoup de mal à se relever de l'échec de Cancún.

PHILIPPE REGNIER