Le Trilogiport a enfin son permis
MOREL,PIERRE
Page 18
Mardi 13 septembre 2011
Economie Si tout va bien, la plateforme logistique fonctionnera à plein fin 2015
Forte de son permis, la direction générale des Voies hydrauliques (DG02) du Service public de Wallonie (SPW) va dès lors pouvoir entamer les travaux d’aménagement de la plateforme multimodale et de son importante zone d’isolement. Mais aussi construire ses accès, dont le raccord aux voies ferrées du site ArcelorMittal de Chertal et un pont sur la Meuse qui sera l’unique point d’accès au site pour les 875 camions quotidiens attendus en plein fonctionnement.
Les travaux débuteront quand le SPW aura pu intégrer les changements imposés par le permis à son projet initial (ci-dessous), sans doute début 2012. Ils doivent, quoi qu’il arrive, s’achever au plus tard fin 2015, sous peine de perdre les fonds européens Feder (près de 20 millions d’euros sur les 45 que coûteront les travaux) dont dispose le projet.
Comme on le lira ci-dessous, le permis et les nombreuses conditions qu’il impose est un véritable exercice d’équilibriste entre les visées économiques du projet et le souci de la qualité de vie des riverains, dont certains ne cachent pas qu’ils iront, quoi qu’il arrive, en recours.
« Ce fut un processus basé sur l’écoute de l’ensemble des acteurs concernés, riverains compris, souligne Philippe Henry. Nous sommes allés très loin dans le détail pour rendre le Trilogiport moins nuisible pour l’environnement, mais aussi pour rendre le permis inattaquable. »
« On a, tous, tenté de tirer profit de l’expérience du passé pour améliorer les choses, souligne Willy Demeyer, bourgmestre (PS) de Liège et président du Port autonome de Liège, gestionnaire du Trilogiport. C’est un grand jour pour le Port, pour Liège et pour la Région. »
Un permis largement conditionné pour satisfaire les riverains
Ainsi, la « zone d’intégration paysagère » (voir infographie) qui protège les riverains du site, est-elle encore renforcée à peu près partout où cela a été demandé et dépasse dès lors allégrement les 25 hectares initialement prévus. Par ailleurs, des liaisons en modes doux (cyclistes et piétons) devront également être prévues en plusieurs endroits du site.
Mais c’est surtout au niveau de l’épineuse problématique des accès que de sévères conditions sont imposées au demandeur. Notamment : il est obligatoire que le pont d’accès (dit « Pont Nord ») sur la Meuse soit achevé avant de pouvoir mettre la plateforme en service. C’est également le cas de la desserte ferroviaire. Cela doit éviter l’important trafic de camions dans le village qu’aurait entraîné une mise en service de la plateforme avant celle du pont. Il sera néanmoins permis aux concessionnaires des différents terrains logistiques et portuaires d’y effectuer des travaux (construction de bâtiments et hangars, par exemple) avant la mise en service du pont.
Par ailleurs, ce même pont devra être configuré afin qu’une troisième branche puisse, à terme, y être greffée pour absorber directement le trafic en provenance des Pays-Bas. Initialement, il est en effet prévu d’obliger celui-là à aller faire un fastidieux demi-tour sur le pont d’Argenteau, au sud, pour venir emprunter le pont Nord.
De l’autre côté, la liaison du site avec le pont de Haccourt (sur le canal Albert), souhaitée par Visé, beaucoup moins par Oupeye, sera réalisée. Mais elle sera interdite aux camions par des portiques et ne pourra être utilisée pendant le chantier. Des nouvelles liaisons de voiries sont aussi prévues, vers la clinique de Hermalle par exemple, pour éviter un trafic de transit à Hermalle ou à Devant-le-Pont (Visé).
Autre point : la liaison ferroviaire à construire entre le site de la plateforme et les voies ferrées du site ArcelorMittal de Chertal sera bordée de merlons afin d’en réduire les nuisances.
D’autre part, et ce n’est pas la moindre des impositions, le permis délivré institue la création d’un comité d’accompagnement chargé du suivi du chantier mais aussi de celui de l’exploitation de la plateforme. On y retrouvera des représentants des communes de Visé et Oupeye, de l’administration wallonne, du Port autonome de Liège, des Voies hydrauliques, de l’entreprise adjudicatrice, des concessionnaires, et des riverains.
Au nombre de 8 sur les 25 membres, ces riverains seront pour moitié issus du Comité de Village de Hermalle et des Bassimosans de Visé (soit les opposants historiques au projet). C’est ce comité qui sera, notamment, chargé de veiller au respect de la charte environnementale (bruit, qualité de l’air, mobilité) qui sera négociée entre le Port autonome et les entreprises qui s’installeront sur le site. Le ministre Henry promet aussi « un dispositif de veille sonore et de la qualité de l’air ». Suffisant, tout cela ? On verra…
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