La tribu des édinautes

COUVREUR,DANIEL

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Mercredi 16 décembre 2009

Edition Sandawe, une start-up belge pour permettre à la jeune BD d’exister

Nouveau record en vue pour l’édition de bande dessinée en 2009 avec plus de 4.600 albums parus en langue française. Difficile pour un jeune auteur d’exister sur ce marché saturé de nouveautés. Pour offrir une visibilité aux talents prometteurs, Patrick Pinchart, ancien rédacteur en chef du journal Spirou, cofondateur du site ActuaBD et pionnier du multimédia chez Dupuis, vient de fonder Sandawe.

Cette maison d’édition fait le pari d’impliquer les internautes dans le processus de financement, de promotion et de diffusion des albums. Le principe est simple : l’auteur soumet son projet de bande dessinée à l’équipe éditoriale de Sandawe. Les meilleurs titres sont mis en ligne. Ensuite, les internautes sont invités à réagir et à soutenir financièrement les albums qui soulèvent leur enthousiasme. C’est ce qu’on appelle le « crowdfunding » : chaque personne finance le projet à hauteur de ses envies et de ses moyens.

L’ambition de Sandawe est claire : transformer lecteurs en édinautes (lire ci-dessous) et créer ainsi une communauté où chacun participe directement à la création et au succès de l’album. En remerciement de son implication dans le processus éditorial, la tribu des édinautes bénéficiera de faveurs particulières. Les noms des contributeurs seront crédités dans l’album et ils recevront des cadeaux (albums collectors, dédicaces, ex-libris…).

Pour Patrick Pinchart, l’intention est de faire connaître les œuvres alors qu’elles sont encore en gestation et, par là, de limiter le risque éditorial, tout en créant un sentiment d’appartenance au projet artistique de l’auteur.

Les premiers auteurs sélectionnés par Sandawe seront dévoilés sur la Toile en janvier 2010. Les œuvres plébiscitées par les édinautes pourront être publiées en version papier dans l’ensemble de la francophonie. Les albums seront également disponibles sous forme numérique.

Fondateur et directeur éditorial de Sandawe, Patrick Pinchart se porte « garant de la qualité des projets proposés à la communauté ». Sa longue expérience du monde de l’édition chez Dupuis, le géant de la bande dessinée tous publics, devrait être un atout. A ses côtés, le directeur général de Sandawe, Lionel Frankfort, est un expert en ventes couplées de livres et de CD, ce que l’on appelle dans la presse les « produits-plus ». Le troisième pilier de la société, Dimitri Perraudin, se range parmi les précurseurs de la gestion de bases de données informatiques. Avant de se lancer dans l’aventure de Sandawe, il avait créé une plateforme de e-commerce utilisée par de nombreuses entreprises en Belgique.

Basée à Waterloo, en Brabant wallon, Sandawe compte également s’associer à différents partenaires comme Actua BD, référence en ligne de la bande dessinée avec une quarantaine de chroniqueurs et de critiques spécialisés.

Selon Patrick Pinchart, Sandawe va souffler un vent frais sur la création de bande dessinée dans l’Europe francophone. « Les maisons d’édition traditionnelles fondent généralement leur politique sur des études de marché, parce qu’elles doivent produire des best-sellers pour répondre aux impératifs de rentabilité. Cela permet de financer le personnel, les infrastructures commerciales, les campagnes de promotion, etc. Sandawe repose, au contraire, sur l’engagement des lecteurs. Du coup, nous sommes ouverts à tous les styles et à tous les genres, pourvu que les projets plaisent à un nombre suffisant de lecteurs et pas nécessairement au plus grand nombre. Ce système de financement novateur ouvre à la diversité de création et d’auteurs. Le choix du lecteur peut aussi être conformiste. Mais j’ai confiance dans les édinautes pour défendre ce qu’ils aiment et non ce qui est le plus vendeur ou le plus populaire. Même si l’un n’exclut pas l’autre. »

Sandawe fait un pari, celui de retrouver le métier premier de l’éditeur : découvrir les talents de demain. La start-up compte sur les milliers d’édinautes appelés à la rejoindre pour créer le buzz autour des jeunes auteurs qu’elle aura choisi de mettre en avant.

www.sandawe.com

lexique

Sandawe : Le nom est emprunté à un peuple tanzanien de la vallée du Rift, dont l’origine remonte aux racines de l’humanité. Les Sandawe possèdent le gène LO, celui des ancêtres communs à tous les hommes. Ils ont un mode de vie libre et pacifiste. Les Sandawe n’ont pas de chef, pas de propriété, respectent profondément les enfants. Leur langue sonne comme des clics de souris. Les fondateurs de la maison d’édition communautaire Sandawe ont adopté leurs principes de vie.

Edinautes : Sur le Net, la communauté de Sandawe se composera d’édinautes. En clair, il s’agit d’auteurs, de lecteurs, de journalistes spécialisés, de libraires, d’éditeurs… Ces édinautes participent au choix des œuvres éditées. Plus ils seront nombreux à soutenir un titre, plus le succès public potentiel de l’album sera garanti. Les édinautes apportent leur soutien financier aux auteurs, dialoguent avec eux, utilisent tous les moyens possibles pour les promouvoir. En échange de leur passion, ils récoltent une partie des bénéfices en cas de succès commercial de l’album qu’ils ont défendu.

Crowdfunding : Financement de projets par des particuliers qui interviennent chacun en fonction de leur capacité financière, même si celle-ci est modeste.