Edvard Grieg , le nationaliste tranquille
MARTIN,SERGE
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Mercredi 8 août 2007
Le 4 septembre, on célébrera le centenaire de la mort du compositeur norvégien. Sera-ce l’anniversaire méconnu de l’année ?
A Troldhaugen, sa vie s’écoule selon un rythme régulier : composition et révision d’œuvres anciennes au printemps et au début de l’été ; excursions estivales à pied dans les montagnes ; tournées de concerts à l’automne et en hiver. L’homme s’intègre complètement à la nature que le musicien vénère.
Ses débuts sont pourtant tout différents. Issu de la bonne bourgeoisie de Bergen, où son père est consul d’Angleterre, Edvard part, à ses 15 ans, étudier au Conservatoire de Leipzig, où il s’ennuie ferme. Au point de demander un changement de professeur pour travailler avec E. F. Wenzel, qui lui refile son admiration pour Robert Schumann.
C’est lors de sa deuxième visite à Copenhagen (capitale de la vie culturelle à l’époque) que se situe la rencontre décisive avec Rikard Nordraak, le chantre du nationalisme norvégien. Et d’emblée, ce jeune homme d’éducation classique s’enthousiasme pour la musique populaire de son pays. La mort prématurée de Nordraak fera de Grieg le champion de la musique norvégienne. Sa grande « Ballade » pour piano deviendra une des premières manifestations de ses convictions nouvelles : elle est conçue comme une série de variations sur une mélodie norvégienne.
Edvard Grieg envisage un instant d’écrire un opéra avec le poète Bjørnson – celui-ci restera inachevé. Mais la grande aventure théâtrale de sa vie sera la musique de scène pour le Peer Gynt d’Ibsen, à laquelle il travaillera plus d’un an. Les deux suites d’orchestre qu’il en tira feront le tour du monde et lui vaudront une immense notoriété. Il ne reviendra pourtant qu’épisodiquement à l’orchestre, et souvent en orchestrant des œuvres primitivement conçues pour le piano (« Danses symphoniques », « Suite Holberg »). C’est plutôt au chant et au piano qu’il réservera l’essentiel de son activité. Il avait épousé une de ses cousines, la chanteuse Nina Hagerup : elle sera le modèle privilégié pour ses lieder (près de 140). On devrait plutôt parler de songs, pour mieux refléter leur filiation populaire.
S’il a écrit dès 1868 un spectaculaire concerto pour piano, très proche dans sa structure de celui de Schumann mais beaucoup plus emporté, Grieg, au piano, restera un amateur de la forme brève, celle de ses neuf cahiers de « Pièces lyriques », images de l’instant qui, dans leur pudeur et leur nostalgie, vont beaucoup plus loin que leur apparente superficialité. Grieg y développe une écriture pianistique qui annonce déjà les ressources de l’impressionnisme. Tout comme dans son quatuor en sol mineur, écrit dix ans avant son homonyme de Debussy.
Tout Grieg réside dans cette façon de faire glisser les choses, d’ouvrir des portes tout en conservant son secret intime.
En attendant Leif Ove Andsnes…
Au livre. La bibliographie de Grieg est dominée par l’ouvrage de John Horton, publié chez Fayard dans une traduction de Piotr Kamiski.
Au disque.
– DG a publié, il y a quelques années, une belle édition Grieg illustrée par des tableaux de Munch. Trois disques majeurs en subsistent aujourd’hui : Peer Gynt (Bonney, Eklof, Orchestre symphonique de Göteborg, Neeme Jarvi), Lieder (Von Otter, Frisberg), Sonates pour violon et piano (Augustin Dumay et Maria Joao Pires).
– Sonate pour violoncelle et piano, quatuor à cordes ; Mørk, etc. (Virgin).
– A paraître : Concerto pour piano, Ballade, Pièces lyriques (extraits) ; Leif Ove Andsnes (EMI). Ce sera sans doute le grand disque de piano de l’année Grieg, associant aux remarquables versions existantes du concerto et des pièces pour piano une interprétation très attendue de la grande
« Ballade ».
Concert Grieg « Peer Gynt » (plus « Pelléas et Mélisande », de Sibelius) ; Cécile Scheen, Orchestre
« Peer Gynt » (plus « Pelléas et Mélisande », de Sibelius) ; Cécile Scheen, Orchestre philharmonique de Liège, Hannu Lintu ; au Conservatoire de Liège le samedi 8 septembre. Infos et réservations : 04-220.00.00.
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