« Une nouvelle lutte sociale pour sanctionner le système »

LAMBERT,EDDY

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Vendredi 5 juin 2009

Elections Deux jeunes Liégeois ont créé un mouvement abstentionniste

Thierry et Yvon se sentent en famille à l’Art Café, où nous les rencontrons, en Féronstrée, à Liège. Leurs idées, disent-ils, ont séduit la clientèle. « Il y a beaucoup d’abstentionnistes ici. »

Thierry Leroy, 36 ans, manœuvre plombier à la Ville de Liège, a créé il y a un an le MAP – le Mouvement abstentionniste et progressiste. Un deuxième membre l’a rejoint : son ami Yvon Laruelle – « Comme le bourgmestre assassiné en 1639 » –, 23 ans, manutentionnaire chez TNT.

Ni l’un ni l’autre, pourtant, ne s’intéressaient de près à la politique, moins encore à l’abstentionnisme. « Je votais comme tout le monde, sans chercher à comprendre le système, dit Thierry. J’écoutais les politiques mais ne lisais pas leurs programmes. »

C’est à la suite d’un accident de la vie qu’ils se prennent de passion pour la chose politique. Thierry perd sa compagne, avec qui il a eu une fille, et Yvon, sa mère. Ils se retrouvent déboussolés, fauchés, sans avenir.

Leur (r)éveil est progressif : ils courent les débats, les assemblées de parti, les rencontres citoyennes, ils surfent sur le web, et ils lisent. Thierry Leroy a un livre de chevet : La contre-démocratie, de l’intellectuel français Pierre Rosanvallon.

En 2007, il s’abstient de voter aux élections fédérales. C’est de cette façon qu’il a choisi d’exprimer sa voix contestataire. Mais abstention ne signifie pas abandon. « Il n’y a pas plus observateur de la vie politique que l’abstentionniste. Que vaut-il mieux pour la démocratie : voter sans connaître le système ou s’abstenir en connaissance de cause ? J’ai voté mais n’ai rien vu bouger. J’ai par contre vu se développer le clientélisme et l’affairisme. »

Cet habitant de Saint-Léonard ne crie pas haro sur la classe politique pour autant. « Il n’y a pas d’homme mauvais, c’est le système qui ne fonctionne pas bien. » Comme il dit, « la politique oscille entre utopie et démagogie », et lui caresse l’espoir utopique que l’abstentionnisme forme un jour un contre-pouvoir puissant. Qu’il devienne « la 5e Internationale d’où sortiront des leaders ».

La référence à l’internationalisme est voulue. Il est de ceux qui dénoncent le nouvel ordre mondial, annoncé par nos « prophètes » contemporains, dans lequel nous vivrions sous la dictature du privé. « On parle du manque de confiance du citoyen envers le politique. Mais le politique a-t-il confiance dans le citoyen ? Pourquoi ne lui dit-il pas la vérité ? A-t-il peur d’une révolte ? »

« Un syndicat du pauvre »

Pour revenir au MAP, son fondateur le définit comme un « syndicat du pauvre » – des sans-grade, sans-le-sou, sans-papiers, sans-emploi. « Il y a en Belgique quatre millions de personnes sous le seuil de pauvreté ou en difficulté, poursuit-il. Et donc, un potentiel de quatre millions d’abstentionnistes. Les gens se sont battus pour le droit de vote. Aujourd’hui commence une nouvelle lutte sociale pour sanctionner le système en place. »

Un reproche qu’il lui fait, c’est d’avoir transformé le vote en vote d’opposition. « Non plus pour des idées mais contre un parti. Que fait un homme politique ? Il radicalise sa base pour qu’elle le mène au pouvoir. La tactique de l’adversaire consiste à déstabiliser la base de l’autre en provoquant une crise de confiance. Le problème, c’est que la crise de confiance devient générale. »

Une impression de déjà-vu ?

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