Europe : quelle voie en 2050 ?

DE MUELENAERE,MICHEL

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Vendredi 16 décembre 2011

Energie La Commission élabore cinq scénarios pour décarboniser

A quoi ressemblera l’Europe de l’énergie en 2050 ? Et surtout les 27 pourront-ils combiner la nécessité de disposer de l’énergie indispensable à leur consommation, tout en diminuant leur dépendance énergétique à l’égard de l’étranger et en réduisant drastiquement leurs émissions de CO2 ? C’est l’équation à plusieurs inconnues que la Commission tente de résoudre dans sa « feuille de route » présentée ce jeudi à Bruxelles : un bouquet de cinq scénarios, sans aucune proposition d’objectifs contraignants.

Beaucoup moins de CO2. Premier constat : « La décarbonisation du système énergétique est techniquement et économiquement réalisable », indique la Commission. L’Europe va devoir, d’ici 2050 réduire ses émissions de CO2 de 80 à 95 %. Cet objectif peut se révéler moins coûteux que la poursuite des politiques actuelles, indique la « roadmap ». Dans tous les scénarios, et quel que soit le bouquet énergétique, insiste l’exécutif européen, il faudra tenir compte de quelques éléments clés : la demande en énergie renouvelable va croître, les économies d’énergie seront cruciales, le rôle de l’électricité va s’accroître, de même que les investissements, en revanche le recours aux carburants fossiles va diminuer.

L’efficacité énergétique. Il faut améliorer l’utilisation de l’énergie en mettant l’accent sur les économies d’énergie et de meilleurs processus de production, insiste le rapport de la Commission. Dans un scénario extrême, celle-ci se base sur une réduction de 41 % de la demande en énergie en 2050 comparé aux records atteints en 2005 et 2006. L’organisation européenne des unions de consommateurs, le Beuc, applaudit, tout en notant qu’il faut surtout « des factures claires permettant au consommateur de mieux connaître sa consommation, une meilleure information sur les économies d’énergies, un accès à des produits plus économes en énergie et de véritables incitants à changer de comportement ».

Pousser les renouvelables. Les renouvelables prendront une place croissance dans le « mix énergétique » européen. La part des énergies vertes dans la consommation finale d’énergie devrait passer à 55 % (30 % en 2030), voire 75 % en cas de politique de soutien forte et même à 97 % pour ce qui concerne l’électricité dans le scénario le plus ambitieux. Quel que soit le scénario, la technologie éolienne arrive systématiquement en tête des sources d’approvisionnement électriques en 2050 (de 33 à 49 % de la consommation électrique en 2050).

Investir rapidement. Plus vite on investira, moins cela coûtera, résume la Commission. « Les décisions d’investissements pour la mise en place des infrastructures nécessaires d’ici à 2030 doivent être prises maintenant, car les infrastructures construites il y a 30 ou 40 ans doivent être remplacées. Agir immédiatement permettrait d’éviter des changements plus coûteux dans 20 ans. » Par ailleurs, dit le rapport, les investissements d’aujourd’hui devraient permettre de garantir les meilleurs prix à l’avenir. « Les prix de l’électricité sont voués à augmenter jusqu’en 2030, mais ils peuvent reculer ensuite grâce à une diminution du coût d’approvisionnement et à des politiques d’économies d’énergies et au progrès technologique. »

Le nucléaire a sa place. Tout en se disant « neutre » par rapport aux choix de recourir ou non au nucléaire, la Commission élabore, outre un scénario zéro nucléaire, une hypothèse qui lie le recours tardif à la technologie de la capture et du stockage du carbone au maintien du nucléaire à hauteur de 18 % de la consommation finale d’énergie.

http://ec.europa.eu/energy/energy2020/roadmap/index_en.htm

REPÈRES

Dépendance énergétique

L’UE produit seulement 48 % de ses besoins en énergie et dépend de ses importations à des niveaux variables. Seul le Danemark est exportateur net. Les énergies fossiles représentaient les trois quarts des bouquets énergétiques dans l’Union en 2009 (pétrole 37 %, gaz 24 % et charbon 16 %), le nucléaire représentant 14 % et les renouvelables 9 %.

20/20/20

L’Europe s’est contrainte à réduire ses émissions de CO2 de 20 % par rapport à leurs niveaux de 1990 pour 2020. Elle s’est imposée de réaliser 20 % d’économies d’énergie et de porter à 20 % la part des renouvelables dans sa production d’énergie.

Paquet

Coïncidence, c’est hier que la Chambre belge a adopté le 3e paquet énergétique. Melchior Wathelet (CDH) a promis d’en faire « un outil central de sa politique énergétique qui sera axée sur la diversification des moyens de productions, la transparence de la structure des prix et la garantie d’un prix au consommateur qui reste dans la moyenne des pays voisins ».