Énergie Les projets de parcs éoliens se multiplient, à Huy-Waremme

DE BAST,ANNE-CATHERINE

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Mardi 1er septembre 2009

Pour : « aucun effet néfaste »

Les opposants aux implantations d’éoliennes se multiplient, que leurs arguments soient fondés ou non. Et se fédèrent, même. Plus rare : un Waremmien a choisi de nager à contresens en créant un comité proéolien. Comité qui peine à trouver des adeptes… « J’en parle avec un tas de personnes qui sont d’accord avec moi, constate Olivier Haesevoets, 33 ans, un peu amer. Mais qui ne veulent pas s’impliquer davantage. C’est plus facile d’être contre l’éolien, on dirait ! »

Ce comité, il tente de le mettre sur pied pour réagir à l’invasion de groupes anti éoliennes. « Leurs excuses sont bidons ! Les nuisances sonores, par exemple. J’ai fait le test, je me suis rendu au pied des éoliennes de Villers-le-Bouillet. On n’entend rien. Et à quelques centaines de mètres non plus. »

Autre argument qu’il démonte : l’effet stroboscopique dû à l’ombre portée des machines. « Cette ombre ne mesure pas plusieurs centaines de mètres, comme ils le prétendent ! Et puis, elle se déplace… Elle ne peut donc pas gêner les gens longtemps. Il y a des éoliennes en Allemagne et au Danemark depuis des années, et on n’a jamais constaté d’effets néfastes pour le cerveau. C’est surtout l’argent, le problème. Un parc éolien ne rapporte pas directement aux habitants. L’initiative de Villers-le-Bouillet est intéressante : s’approprier une éolienne et proposer aux citoyens d’acheter des actions. Parts qui rapportent 7 % par an, c’est plus qu’un compte épargne ! »

Facile à dire, pour un citoyen vivant sur un territoire qui n’est concerné par aucun projet éolien ? « A vol d’oiseau, je suis à 2 ou 3 kilomètres des éoliennes de Berloz. Je les vois depuis ma rue, et cela ne me dérange pas. Au contraire, j’aurais bien voulu installer une éolienne domestique, avec quelques voisins, mais cela n’a pas été possible. »

Pour le Hesbignon, tout n’est qu’une question de logique. « Bien sûr, il ne faut pas que la Wallonie devienne un ventilateur géant, mais c’est important de développer la production d’énergie verte, comme les centrales hydroélectriques ou les panneaux photovoltaïques. »

Contre : « pas rentable »

Quatre potentielles éoliennes à Modave, Dix-neuf à Strée. Dans le Condroz, les riverains commencent à saturer. Sébastien Lejeune, de Modave, vient même de créer un comité pour informer la population. « Les promoteurs organisent des réunions. Mais ceux qui n’y vont pas ne sont au courant de rien. Moi, je compte faire du porte-à-porte pour expliquer mon point de vue sur le projet. Il faut pousser les gens à ouvrir les yeux… » Le Condrusien ne constate que les effets négatifs de l’implantation d’éoliennes sur le territoire. « Je me sens plus écolo que la plupart des gens. Mais ce genre de parc n’est pas rentable. On produit de la fausse énergie verte, vu les quantités astronomiques d’énergie qu’il faut dépenser pour assurer la production, ne fût-ce que pour construire une éolienne et la placer. » Dès lors, oui à l’éolien, mais offshore, en pleine mer. Là où on ne gêne personne et où les vents sont nettement plus importants. « Les parcs on shore, soit sur terre, ne créent pas d’emplois. Ils défigurent le paysage. La législation est floue. Les seuls qui en tirent profit sont les promoteurs ou les propriétaires qui louent leurs terrains. Les riverains, quant à eux, en souffrent mais n’en retirent aucun avantage. »

Dans le même état d’esprit, pour Sébastien Lejeune, les éoliennes citoyennes, à l’image de celle de Villers-le-Bouillet, sont une pure perte pour leurs actionnaires. « Ce n’est pas rentable. En fait, ils paient deux fois ! Car les machines sont construites avec le fonds des abonnés. Ce fonds est constitué par une contribution prélevée sur chacune de nos factures pour la recherche en énergie verte. On fait vraiment n’importe quoi avec l’argent des contribuables. »

D’autres solutions, plus rentables, se profileraient donc : créer un parc éolien offshore, développer des centrales hydroélectriques, les panneaux photovoltaïques, la biomasse.

Sur ce point-là, au moins, pro et anti-éoliens semblent d’accord…

De Berloz à Ouffet, les promoteurs traquent le moindre plateau

Petit tour d’horizon des projets en cours d’élaboration ou de finition…

Berloz. Trois éoliennes sont en cours de construction, le long de l’E40. Selon la SPE, elles seront opérationnelles en octobre.

Geer. Deux sociétés, Air Energy et la SPE, convoitaient le territoire hesbignon, pour prolonger le parc berlozien. Elles ont fini par s’associer : entre 5 et 7 éoliennes pourraient sortir de terre, à cheval sur les deux communes.

Lincent. Un parc éolien de 6 machines ? C’est le projet que tente de mener à bien Electrabel. Un projet ambitieux, car en tout, la société souhaite implanter 29 moulins le long de l’E40, sur les territoires de Lincent, Hannut, Hélécines, Landen et Saint-Trond. Un chiffre qui sera sans doute revu à la baisse. Le dossier a été transmis à la Région wallonne, qui n’a pas encore rendu son avis.

Hannut. Quatre ou cinq éoliennes devaient s’implanter à Cras-Avernas. Au grand dam des Hannutois, qui s’y sont fermement opposés : le parc était situé bien trop près du noyau d’habitat. Résultat, de 4 ou 5 machines, on pourrait passer à 2 ou 3, et elles glisseraient au nord de l’autoroute. La demande de permis d’urbanisme pourrait tomber dans les prochaines semaines.

Héron. Electrawinds et Aspiravi souhaitent s’associer pour créer un parc de 9 éoliennes sur Héron et de Fernelmont. « J’aimerais que la Région wallonne se positionne, insiste Eric Hautphenne, bourgmestre. Actuellement, côté implantation, on fait n’importe quoi ! Le secteur économique dicte sa loi, ce n’est pas très sain… »

Burdinne. Electrabel compte planter 8 mâts sur la crête paysagère, à cheval sur Burdinne et Fernelmont. Pour Luc Gustin, le mayeur, il n’en est pas question. « Nous sommes fermement opposés au projet, qui défigurerait le parc Burdinale-Mehaigne. » La société va tout de même tenter le coup. Une réunion d’information préalable à l’étude d’incidence devrait être organisée prochainement à Fernelmont.

Modave. Electrabel projette de construire quatre éoliennes au lieu-dit les trinitaires. L’étude d’incidence est en cours. Une demande de permis d’urbanisme devrait être introduite d’ici quelques semaines. La commune étudie l’opportunité de s’approprier une éolienne et d’en vendre les parts aux citoyens.

Tinlot. Deux projets sont en cours d’élaboration dans la commune. L’un est mené par Alternative Green, qui compte planter 9 mâts le long de la N66. Et l’autre par l’association SPE-Electrabel, pour 10 machines, de l’autre côté de la voirie. Deux réunions d’informations ont eu lieu coup sur coup, en juin. Actuellement, les deux promoteurs réalisent les études d’incidence. « Concrétiser les deux projets, ce n’est même pas pensable, souligne Cilou Louviaux, la bourgmestre. Nous leur avons demandé de faire un projet commun, mais ils n’ont visiblement pas réussi à se mettre d’accord. »

Ouffet. Les pâles de 7 éoliennes pourraient bien y balayer le ciel, d’ici quelques mois. Electrawinds, le promoteur, réalise actuellement une étude d’incidence, préalable au dépôt de la demande de permis. La commune, elle, souhaite des retombées directes pour les citoyens, en terme d’avantages énergétiques.

Oreye : le ministre dit oui à quatre moulins

La Région wallonne avait dit non à huit éoliennes à Oreye, le ministre fraîchement élu Philippe Henry vient d’en accepter quatre… Un désaveu pour les fonctionnaires ? Pas du tout, dit-on : il se serait basé sur une récente information, à savoir un rapport de Belgocontrol. L’entreprise publique en charge de la sécurité du trafic aérien craignait que l’implantation de ces éoliennes perturbe les radars de l’aéroport de Bierset, tout proche. Crainte qu’une nouvelle expertise a révélée infondée. Belgocontrol a donc rendu un second rapport, positif, celui-là.

Mais histoire de jouer la carte de la prudence, le ministre a tranché : seules quatre éoliennes devraient être plantées le long de l’E40, au lieu des huit demandées.

Pour coller aux exigences de la commune, l’une d’elle devrait être citoyenne : les habitants pourront acheter des parts, suivant l’exemple de Villers-le-Bouillet.

L’association Vent contraire, qui s’était opposée au projet, pourrait introduire un recours au conseil d’État, une fois les motivations connues et analysées. Même chose pour les trois communes voisines, Remicourt, Crisnée et Waremme, qui avaient rendu un avis négatif.