ENJEUX,HORS-JEU LA SAGA INACHEVEE DES SNELDERS

DONNAY,JEAN-LOUIS

Page 25

Lundi 23 septembre 1996

ENJEUX, HORS-JEU

La saga inachevée des Snelders

Le regard d'Eddy renvoie l'image d'une profonde admiration. Attablé face à son père alors que ses partenaires du Germinal se préparent à affronter Molenbeek, le fils écoute religieusement René Snelders débiter les étapes de sa vie. Une vie consacrée aux affaires. Et à un hobby. Grâce à sa réussite professionnelle, cet entrepreneur a pu réaliser son rêve : emmener au sommet un club dont il porta, enfant, les couleurs.

Onze années auront suffi au Germinal pour passer de la P 3 à la D 1. Avec le concours de Jos Verhaegen, son associé dans la construction, Snelders porte à bout de bras, depuis près de deux décennies, ce club situé dans une banlieue de 30.000 âmes à laquelle il a même offert 3 matchs de coupe d'Europe, deux contre le Celtic Glasgow, en 1991 et un, il y a deux semaines, face à Casino Graz. La population ne lui renvoya jamais l'ascenseur.

J'ai compris que notre oeuvre serait vouée, tôt ou tard, à l'échec le jour où nous avons disputé notre tout premier match en D 1, confesse le chef-maçon du Germinal. Le calendrier nous avait offert un somptueux prologue sous forme d'un derby contre le FC Malinois. Le grand Malines avec Preud'homme, Albert et tous ses champions. L'assistance à ce match était de 4.500 spectateurs. Jamais, depuis lors, nous ne sommes parvenus à attirer, en moyenne, plus de 3.000 personnes payantes, abonnés compris. Il est impossible, chez nous, de boucler un budget en équilibre, fût-il ramené comme le nôtre à 60 millions par saison !

Jusqu'en 1995, le duo Verhaegen-Snelders pouvait encore espérer réaliser de temps à autre un coup fumant en matière de transfert. L'arrêt de Luxembourg a ruiné ses dernières illusions.

Bosman nous a plumés. Nous sommes parvenus, une dernière fois, à sauver les meubles grâce au transfert de Deflandre. Mais nous sommes juste rentrés dans nos frais. Nous avons, aussi, dans cette aventure, perdu pas mal d'amis qui avaient investi, à notre demande, dans l'achat de joueurs.

Rejoint par Van Wellen, l'ex-président de Cappellen, «Versnel» continuera à assumer cette mission impossible quelque temps encore, avec la volonté de déboucher sur une fusion avec des clubs voisins, seule porte de sortie honorable pour le foot métropolitain.

Lancé lui aussi dans le business, Eddy Snelders n'entend pas, pour sa part, hypothéquer son avenir pour le ballon rond.

Je suis effrayé par les sommes englouties par mon père, à fonds perdus, dans ce club. Mais c'est sa passion et je la respecte. Je ne crois pas, pour ma part, que je prendrai le relais. Le virus est pourtant ancré dans la famille puisque mes deux fils jouent déjà, ici, en cadets. Mais les sacrifices ont leurs limites.

Pour l'heure, Eddy entretient encore l'espoir, ténu, d'atteindre les 600 matchs en D 1. Sa blessure aux muscles abdominaux l'empêchera sans doute de réaliser son voeu. Son compteur est bloqué à 584 rencontres, celui de Mommens à 586.

JEAN-LOUIS DONNAY