Le rattachement à la France a cessé d’être un tabou

DEMONTY,BERNARD

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Mardi 29 juillet 2008

Enquête Les mentalités évoluent, tant en Wallonie qu’outre-Quiévrain

SELOn un sondage Ipsos réalisé pour Le Soir et La Voix du Nord, 49 % des Wallons sont favorables à un rattachement en cas d’éclatement du pays. Les Français y sont ouverts à 60 %.

Non, le rattachisme n’est pas une idée fantaisiste de quelques groupuscules francophiles. D’après le sondage réalisé par Ipsos pour Le Soir et La Voix du Nord du 18 au 25 juillet dernier, 49 % des Wallons sont favorables au rattachement de leur région à la France en cas d’éclatement du pays. Un résultat en progression spectaculaire sur quelques mois : une enquête de l’UCL, réalisée entre le 10 octobre 2007 et le 15 janvier 2008, évaluait la proportion de Belges en faveur de cette issue à 29 %.

Et de l’autre côté de la frontière ? L’idée fait également son chemin. D’après le sondage, 60 % des Français sont favorables à cette idée. Ce sentiment est même en progression : un précédent sondage, réalisé par Ipsos pour le Journal du Dimanche, indiquait, en novembre 2007, que 54 % des sondés étaient favorables au rattachement. Certes, les Français ne sont pas informés de tous les tenants et aboutissants de la situation belge, mais le rattachement ne leur paraît manifestement pas, a priori, farfelu.

P.12 l’édito

Les Wallons sont-ils favorables à un rattachement de la Wallonie à la France ?

Le rattachisme fait son chemin

Le rattachisme fait son chemin

Les Wallons ne sont pas rattachistes par principe. Mais en cas de disparition du pays, ils sont 49 % à se dire favorables à une union avec la France. La proportion atteint 70 % auprès des Wallons pour qui la disparition du pays ne fait plus de doute. Ceux qui ne pronostiquent pas la fin du pays sont 39 % à pencher pour le rattachement. En un an, la proportion de Wallons favorables au rattachement a fortement augmenté. Lors d’un sondage réalisé par l’Université catholique de Louvain entre octobre 2007 et janvier 2008, ils étaient 29 %. L’enquête Ifop, réalisée pour Le Soir et La Voix du Nord au début de ce mois, indique donc une progression de 20 % de l’option du rattachement. (B. Dy)

Les Français sont-ils favorables à un rattachement de la Wallonie ?

Le rattachement séduit plus de Français

La presse française s’est fait abondement l’écho des problèmes communautaires qui agitent notre pays. Est-ce pour cela que les Français sont plus favorables au rattachement, en cas d’éclatement de la Belgique ? D’après notre sondage, 60 % des Français seraient favorables à l’union. Une hausse de 6 % par rapport au sondage Ifop réalisé en novembre 2007. Le lieu de résidence des Français influe peu sur leur opinion. Dans la Région Nord – Pas-de-Calais, ils sont 64 % à se dire favorable au rattachement, contre 57 % en Ile-de-France et 61 % dans le reste du pays. Les opinions politiques ont peu d’influence : tant les sympathisants du PS que ceux de l’UMP sont 61 % à se dire ouverts au rattachement. (B. Dy)

La Belgique va-t-elle disparaître ?

L’avenir du pays suscite des doutes croissants

Les Wallons qui pensent que la Belgique va disparaître restent minoritaires. Ils sont 23 %, contre 59 % qui pensent le contraire. En revanche, les rangs des premiers s’étoffent : lors d’un précédent sondage, réalisé par l’Université catholique de Louvain entre octobre 2007 et janvier 2008, les personnes qui croyaient en la disparition du pays étaient seulement 16 %. Ce qui frappe, c’est le nombre d’indécis : ils sont 18 %, contre 6 % dans le précédent sondage, ce qui prouve que le doute s’installe. Les plus jeunes sont les plus nombreux à croire à la fin du pays – 30 % –, contre 20 % chez les 50 ans et plus. Les aînés sont pourtant les plus enclins à estimer que la crise politique actuelle est très grave. (B. Dy)

La crise actuelle est-elle grave ?

Les aînés sont plus inquiets

Les Wallons sont unanimes : la crise que traverse la Belgique est grave. Ils sont 93 % à le penser. Pour 49 % des sondés, la crise est même très grave, et pour 44 %, elle est assez grave. Plus les Belges sont âgés, plus ils sont inquiets : à la question de savoir si la crise est très grave, 56 % des plus de 50 ans répondent par l’affirmative. Le jugement est plus mesuré chez les jeunes : ils sont 40 % à penser que la crise est très grave. Entre les deux, les 35 à 49 ans sont plus sereins : ils pensent, à 45 % que la crise est très grave. Les plus inquiets sont les habitants de la province de Liège : ils sont 94 % à juger que la situation est grave. Les plus « zen » sont les Luxembourgeois, qui sont 86 % à penser que la crise est grave. (B. Dy)

« Lorsque nous aurons fait cette expérience ultime et si, comme, je le crains, cette expérience avorte,

« Lorsque nous aurons fait cette expérience ultime et si, comme, je le crains, cette expérience avorte, alors… nous serions justifiés à nous tourner vers la France et aucun reproche ne pourrait nous être adressé, car cette expérience, nous la ferons en toute loyauté… Alors nous lui dirions : Maintenant France au secours ! Et croyez le bien, elle viendra ! » Charles Plisnier, écrivain et Prix Goncourt, discours au Congrès wallon, 1945

« A l’école, on nous bourrait le crâne avec des histoires de Belge sorti du tombeau. C’était la théorie

« A l’école, on nous bourrait le crâne avec des histoires de Belge sorti du tombeau. C’était la théorie de Pirenne : avant 1830, la Belgique avait toujours existé… C’était idiot. Je n’ai rien contre les Flamands, je suis un peu flamand moi-même. Je me méfie du centralisme français. Mais il ne me déplairait pas de voir une Wallonie française, avec certaines précautions » George Simenon, romancier

« … J’irais plus loin ; c’est une région qui fait honneur à la culture française… C’est dire l’estime,

« … J’irais plus loin ; c’est une région qui fait honneur à la culture française… C’est dire l’estime, l’affection, l’amitié que nous éprouvons pour vous… » « … Aujourd’hui, ce ne sont pas des visiteurs étrangers qui sont présents à l’Elysée mais des compagnons, des frères… » Jacques Chirac, président de la République française, à l’occasion de la visite d’une délégation liégeoise, le 3 juin 1996

« S’ils étaient consultés demain sur l’éventuel rattachement des francophones de Belgique à la France,

« S’ils étaient consultés demain sur l’éventuel rattachement des francophones de Belgique à la France, 95 % des habitants de l’Hexagone répondraient favorablement… » Jacques Attali, ancien conseiller spécial de François Mitterrand

Ceci n’est pas un pays

René Magritte, le grand homme de Lessines, n’aurait pas fait mieux. C’est un œil français aux idées claires qui vous le dit. La Belgique n’est-elle pas devenue en un an une œuvre d’art surréaliste, un tableau du non-sens politicien ? A la manière de « Ceci n’est pas une pipe », même peinte et dépeinte, la Belgique n’est pas un pays. Dans le sens où Magritte l’entendait. La teneur du message et la trahison des images nous apparaissent, à nous les Français du Nord, comme un décalage insupportable et pour tout dire, un furieux gâchis.

Car nous avons un problème de taille avec vous. Dans notre région, nous aimons la Belgique, telle qu’elle est. Chaleureuse et accueillante, travailleuse et innovante, à Hal et Tubize, à Ostende et Arlon. Bon sang, débrouillez-vous, internez Bart De Wever, mais ne nous la changez pas ! Forcément, écrit comme ça, ça peut sembler un tantinet anachronique.

Pour autant, ne prenez pas cet hymne pour un cliché bas de gamme livré sur un coup de fatigue avant la route des vacances. C’est bêtement sincère.

La preuve avec notre sondage et ces 64 % d’habitants des départements du Nord et du Pas-de-Calais prêts à accueillir dans la République les Wallons en cas d’éclatement de la Belgique. A l’inverse, si on avait posé la question d’un éventuel rattachement de la Flandre aux natifs des Flandres françaises, d’Armentières à Dunkerque, l’observateur aurait pu être étonné par le résultat…

Les Nordistes, qui se ruent le week-end sur les plages ou dans les vallées ardennaises, qui travaillent sur les zones industrielles de Tournai ou Ypres, ont compris depuis longtemps que Flamands et francophones, de Wallonie ou de Bruxelles, ne se ressemblent guère. Et chez nous, vous croyez qu’un Normand ressemble à un Provençal, un Basque à un Alsacien ?

Sans refaire l’histoire du pays, pourquoi ne considérez-vous pas votre multiculturalisme et votre multilinguisme comme une chance ?

Petite question subsidiaire, un brin irrespectueuse, avec un sujet qui chiffonne. En cas de rattachement de la Wallonie à la France, que deviendront Albert II et Paola ? Avouons que notre solution de 1793 était sans doute un peu radicale. Un Français qui vous veut du bien.

méthodologie

Commanditaire : Etude réalisée par l’Ifop pour Le Soir et la Voix du Nord.

Echantillon :

– Echantillon de 955 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

– Echantillon de 510 personnes, représentatif de la population wallonne âgée de 18 ans et plus.

La représentativité des échantillons a été assurée par la méthode dite des quotas :

– sexe, âge, profession du chef de famille après stratification par région et catégorie d’agglomération pour la France.

– sexe, âge, statut de l’interviewé après stratification par région pour la Wallonie.

Mode de recueil :

Les interviews ont eu lieu par téléphone en France et par questionnaire autoadministré en ligne (Cawi – Computer Assisted Web Interviewing) en Wallonie.

Dates de terrain :

Du 18 au 22 juillet 2008 pour la Wallonie.

Du 24 au 25 juillet 2008 pour la France.