Bernard Devos : « Assez de privilèges de caste »
BERKENBAUM,PHILIPPE
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Vendredi 13 mars 2009
Enseignement Le délégué général aux droits de l’enfant demande que pro et anti-décret mixité rangent les armes
Elle prouve surtout qu’un certain nombre de parents veulent conserver leurs privilèges de caste. Car en réalité, le décret n’a rien changé. Dans les écoles où il n’y avait pas assez de places pour tous, une certaine forme de loterie existait déjà, mais tout le monde n’avait pas accès aux billets. Seules les familles privilégiées, mieux cultivées et informées y avaient droit.
Il n’a pas assez anticipé les conséquences qu’il risquait d’entraîner. Mais le gros point noir, à savoir les inscriptions multiples, est aussi un grand point positif : elles montrent que la logique des réseaux est dépassée, que ce qui prime est la volonté des parents d’inscrire leurs enfants dans des écoles de qualité, quelles qu’elles soient. Cela ouvre la voie à un système de gestion collective des choix individuels, sur une base régionale et en interréseaux.
A Gand, ils ont opté pour un système centralisé où les parents indiquent leurs choix prioritaires dans une liste de 20 écoles et le tri s’opère par ordinateur selon des critères déterminés : mixité sociale, proximité géographique, etc.
Je souhaite qu’on n’en revienne pas à un système inégalitaire basé sur une double liberté : celle des parents d’inscrire leur enfant où bon leur semble et celle des écoles d’inscrire qui elles souhaitent. Car les enfants des familles qui n’ont aucun moyen de faire entendre leur voix se retrouvent dans les écoles dont personne ne veut. Tous les parents doivent pouvoir formuler des choix pour l’éducation de leurs enfants. Mais si ces choix ne sont pas possibles pour tous, il faut les modérer.
Non ! Pourquoi y a-t-il des écoles-ghettos ? Parce qu’on a laissé Bruxelles s’enfermer dans un système inégalitaire depuis des années. La seule chose qui fait sortir les jeunes de leurs quartiers, c’est l’école. Or on les laisse s’enfermer à l’école avec leurs semblables. Résultat : on rassemble dans un lieu clos des populations homogènes qui cumulent toutes les difficultés. Ce n’est pas acceptable. Il faut un brassage des populations, pour que les plus forts entraînent les plus faibles vers le haut. Partout où cela se passe, on observe que les plus forts se renforcent eux-mêmes dans leur apprentissage. Qui parle de nivellement par le bas ? Si la mixité sociale n’a pas lieu à l’école, elle ne se passera pas ailleurs. Et les privilégiés auront toujours peur de prendre le métro.
Il faut retrouver un peu de sérénité. L’effet positif du décret a été de redonner dignité et confiance à ceux qui croyaient n’avoir aucune chance de réussite. Il ne faudra pas qu’ils soient stigmatisés, que ceux qui sont entrés par la grande porte soient éjectés par les fenêtres. Je demande une trêve, le temps pour le politique de ramener tout le monde autour de la table pour trouver des solutions pour l’avenir.
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