Le PTB a-t-il pris le pouvoir à la FEF ?

VOOGT,FABRICE

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Mercredi 4 mai 2011

Enseignement supérieur Délégués « muselés »

La première fois que ça m’a heurté, c’est quand je suis entrée dans un des bureaux de la FEF. Au mur, il y avait un portrait de Staline et un drapeau soviétique trônait dans la pièce. » Christophe pensait qu’il s’agissait d’un simple clin d’œil. En discutant avec d’autres membres de la FEF, la Fédération des étudiants francophones, il est arrivé à une autre conclusion : le PTB, le Parti du travail de Belgique, et le Comac, le mouvement des jeunes du PTB, auraient « infiltré » la FEF.

A peine élue conseillère fédérale à la FEF, Nathalie dit, elle, avoir fait l’objet de prosélytisme de la part de membres de la FEF, sympathisants du PTB. D’abord autour d’un verre, ensuite lors d’une formation donnée par le premier permanent de la FEF à tous les nouveaux conseillers fédéraux : « L’historique de la FEF était truffé de références communistes. Ce qui a achevé de m’interpeller, c’est de voir des photos de l’album du PTB-Comac après leur congrès : il y avait énormément de conseillers fédéraux de la FEF sur les images. » Officiellement, seule la secrétaire générale de la FEF est membre du Comac, mais d’autres membres du bureau, l’« exécutif » de la FEF, manifesteraient régulièrement, par leur discours ou leur présence à des réunions, leur attachement au PTB ou au Comac.

« La forme tue le fond »

Selon plusieurs étudiants interrogés, la mainmise du PTB, du Comac ou de leurs sympathisants aboutit à une forme de confiscation du pouvoir par le bureau aux dépens de son organe décisionnel, le conseil fédéral, où siègent les représentants des universités et des hautes écoles qui ont choisi de s’inscrire à la FEF.

Présidé par un membre du PTB, ledit conseil serait devenu une chambre d’entérinement des décisions prises par l’équipe du président. Exemple : la campagne « Wendy contre-attaque » aurait été décidée par le bureau alors qu’« elle aurait dû l’être par le conseil fédéral ». L’équipe dirigeante se montrerait autoritaire, voire intimidante quand il s’agit de défendre la « ligne ». Julien évoque ainsi des « manœuvres » de l’équipe du président Michaël Verbauwhede, réélue samedi dernier, destinées à étouffer la contestation, à la veille de la double élection du week-end : celle du bureau et celle du conseil fédéral.

« Une liste se présentait contre l’équipe dirigeante pour l’élection du bureau, raconte Julien. On a débauché un membre de la liste opposée pour qu’elle ne soit plus statutaire en lui offrant, en échange, une place au Comité exécutif de la FEF ». Les tensions seraient telles que certaines universités ou hautes écoles menaceraient de se retirer de la FEF.

Du grain à moudre pour Jean-Claude Marcourt (PS), ministre de l’Enseignement supérieur ? On le sait irrité par les positions de la FEF et son influence comme organe de concertation et son futur décret participation aurait, dit-on, pour objectif de briser le quasi-monopole de la FEF.

« Nous continuons à partager les revendications de la FEF, qu’il s’agisse du coût des études, de l’accès aux études ou de la participation étudiante, tiennent à préciser les étudiants interrogés. Mais la forme finit par torpiller le fond. » Et d’exiger que le conseil fédéral retrouve sa souveraineté, que des mesures soient prises qui limitent l’influence des partis sur les décisions de la FEF et que le bureau soit davantage transparent dans sa gestion et dans les processus de ses décisions par la publication régulière d’un rapport de ses activités.

Le président de la FEF dit ne pas comprendre ces réactions, rappelant que son équipe qui, comme le conseil, représente plusieurs tendances politiques, a « été élue sur un programme » et que son « objectif est d’unifier le mouvement étudiant » à l’heure où « ses intérêts sont menacés par une série de décrets du ministre Marcourt ».